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Afficher Une année sympathique sur une carte plus grande

lundi 24 novembre 2008

Fès (histoire de)


C'est la première fois du voyage que je remets le pied dans un endroit où j'ai déjà posé les yeux (j'ai fait du karaté étant ado). Mais à Fès plus que n'importe où ailleurs, bien prétentieux serait le visiteur occasionnel qui affirmerait être capable de se retrouver dans la gigantesque Médina, où pas une ruelle n'est rectiligne plus de 20 mètres, où les porches de maison se confondent avec les soutènements entre 2 bâtiments dont les toits sont 3 fois plus proches que les bases, où le roulis et le tangage sont simultanés, où l'on se contorsionne pour se faufiler entre les ânes ("Balak ! Balak !" préviennent les muletiers), les vendeurs ambulants et les carcasses de viande, où le ciel s'entre-aperçoit tel l'inutile et lointain couvercle d'une ville-fourmilière créée il y a 1200 ans par Moulay Idriss, un gars qui devait être aussi torturé et génial que l'architecte de la Place Rouge ou l'inventeur du Rubbik's Cube. C'est donc par le plus pur hasard que je reconnais la petite place des dinandiers ou le café à la table duquel Xavi et moi aimions reprendre notre souffle et faire retomber la fièvre en novembre 2006, lors d'un ouikène express qui avait la douceur d'une escapade mais pas la saveur de l'aventure. Fès est une ville impériale du Maroc : c'est la capitale morale qui est fière d'abriter la plus vieille université, la plus réputée bibliothèque, les plus expérimentés artisans ou les plus belles femmes du Maroc. On y déniche des fontaines publiques, on y esquive des fils de laine tendus sur toute une rue, on y balaie un coin de décharge pour y installer un stand de revente de vieilles télécommandes, on y devine un somptueux mausolée Moulay Idriss, malheureusement interdit aux non-musulmans. Je m'introduis furtivement dans une tannerie à l'odeur âpre des peaux de moutons, chèvres, vaches ou dromadaires dont on ôte la laine avant de les passer dans de multiples bains à ciel ouvert et de les étendre sur les toits, où j'accède en feignant l'habitué pour contempler les cellules d'abeilles que constituent les bains ou les abeilles elles-mêmes, répétant depuis des siècles les mêmes gestes dans des conditions très difficiles et victimes des éclaboussures de chaux et autres produits toxiques utilisés. Les peaux de bête sont ensuite colorées (jaune du safran, bleu de l'indigo, vert de l'amande, rouge du coquelicot, marron du bois de cèdres. Avant de retrouver le tourbillon enivrant de la fourmilière.
Le second soir, après avoir dîné un bol d'escargots dans la rue avec un historien Sud-Africain, Cyril et Fanny, non sans avoir au préalable envoyer Benoît dans les montagnes et Bidule à Meknès (expliquer que le progrès ne justifie pas d'arracher les oliviers des petits agriculteurs au profit de l'irrigation des grandes parcelles) tentent de me faire croire qu'ils ont loupé le car (6 heures de retard : faut pas me prendre pour un jambon) pour Chefchaouen où Benoît et moi les avions invité à achever leur voyage. Tout ça pour prendre une cuite digne d' "un singe en hiver" au thé vert, faute de calvados, jusqu'à qu'à 4h30. Tout ça pour explorer le champ de nos possibles, ou nos possibles champs. Tout ça pour que je ne retienne de Fès que nos histoires.
Histoire de réécouter Bernard Lavilliers (mais peut-on aimer les chansons d'un personnage pour lequel on a de l'aversion ?), Mano Solo, Le temps des cerises, Jim Murple Mémorial, Brassens (Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part) ou les VRP. Histoire de faire des soirées populaires ou des jeux de société en famille, sans oublier d'envoyer les invitations par carte postale aux grands-parents. Histoire, bien sûr, de lire (par exemple Amadou Camara en Guinée ou Amadou Hampaté Ba au Mali) et d'aller au cinéma. Histoire de faire attention à ce qu'on met sur la toile. Histoire d'être consomm'acteur. Histoire de vivre de ses contradictions, sereins de nos certitudes et riches de nos incertitudes. Histoire d'aller vérifier sur place ce qu'il y a dans le coeur des Sud-Américains. Histoire de savoir qui sont ses amis. Histoire de ne pas être serveur toute sa vie. Histoire d'offrir des fleurs ou de faire des surprises. Histoire de creuser la géopolitique de l'agronomie. Histoire de réinvestir le collectif. Histoire de confirmer que l'Ossau-Iraty des saloirs Pyrénéens est le meilleur fromage.
Histoire de s'avouer qu'on est en train de faire une belle rencontre.

dimanche 23 novembre 2008

Shérazade au pays des Schtroumpfs


Chefchaouen (19-22 novembre 2008).
Cette ville est incroyable. C'est pas une ville mais une succession de maisons de poupées (Voir http://www.pbase.com/jlm/chefchaouen ou http://www.pam-et-la-photo.net/album-1196347.html). Bleues jusqu'au premier étage (pour éloigner les insectes), blanches au-dessus (de la chaux vive refroidie, pour lutter contre le soleil). La Médina a été construite à la fin du XVème et s'est peuplée des vagues successives d'Andalous musulmans et juifs fuyant la reconquista castillane (Lire l'excellent "Léon l'Africain" d'Amin MAALOUF). Ici, chaque regard sur ce labyrinthe pentu en camaïeu de bleus donne envie de sortir l'appareil photo. La quantité de visiteurs ne semble pas avoir altéré l'authenticité de cette Médina perché à 600 mètres d'altitude en plein Rif Marocain. Beaucoup de ces touristes semblent, eux aussi, bien perchés. Des rstas ou des paumés qui planent du matin au soir dans la région productrice de l'essentiel du kif consommé en Europe. Le gouvernement Marocain affirme tenir ses engagements de diviser par 2 en 5 ans les surfaces cultivées mais l'Union Européenne peine à financer des cultures de reconversion pour ces agriculteurs qui produisent cette plante consommée ici à tout âge, en joint comme à la pipe. Y serait-elle pour qqchose dans la nonchalance qui enveloppe ce petit village ?
Les petits-déj' se prennent au soleil de la place de la Kasaba. L'après-midi, les montagnes environnantes offrent de belles promenades (le 20 novembre à l'ancienne mosquée avec Pimprenelle et Nicolas - sans sa VTT - le 21 jusqu'au village de Kaala où je bois un thé à 2,5 DH). Je fais d'un mini-resto ma cantine (omelette au fromage, couscous, salade marocaine). Y'a pas à dire : certes, les déambulations entre les mini-boutiques sont euphorisantes et les promenades en montage dépaysantes, mais le meilleur moment de la journée, c'est quand même toujours quand on s'assoit autour d'une table (Français, moi ?). Le plus souvent devant un thé vert à la menthe (je dois en être à 5/jour environ). Ces thés, servis en théière ou au verre, s'aspirent plus qu'ils ne se boient. Les Marocains (et non les Marocaines : c'est un plaisir exclusivement masculin) sont friands de leurs terrasses. Parfois seuls. Mais les plus beaux sont les brochettes de petits vieux, qui se démerdent toujours pour squatter les meilleures tables des cafés, et jouent la nuit tombée au jeu de l'oei, aux dames ou aux dominos à renforts de grands gestes bruyants. En djellabas et babouches, le visage ridé, légèrement voûtés sur leur belle canne, leur démarche lente mais leur allure sereine, ils ont trop la classe ... Il est habituel de discuter avec son voisin au café, et personne n'hésite à s'assoir à ma table. Ce matin, je me suis retrouvé à discuter avec deux Driss, émigrés en Italie, dont l'un ponctuait chacune de mes phrases par un consensuel "Et pourquoi pas, eh ?". Ce midi, c'est Jaouad, un ancien musicien aujourd'hui handicapé qui, après lui avoir répondu que je n'étais pas marié, m'a demandé en s'exclamant un désarmant : "Et qu'est-ce que t'attends ???"
Alors que je me trouve dans un cybercafé, Chefchaouen se trouve plongée en fin d'après-midi dans le noir d'une panne d'électricité. Phénomène habituel, à en croire la promptitude de chaque commerçant à dégainer ses bougies et son briquet. Cocasse situation dans un salon de coiffure où c'est un petit garçon qui est réquisitionné par le coiffeur pour tenir la bougie à qq centimètres du crâne du client pour qu'il puisse achever son ouvrage.
C'est la période des olives en ce moment : j'en ai profité pour en décrocher une de son arbre à Kalaa. Un goût immonde et la moitié de la bouche paralysée : les "zeitoun", ce sera au resto !
Je quitte Chefchaouen presque à regrets, tellement la vie y est paisible. Je ne demanderai désormais plus en me levant : "Et qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de constructif aujourd'hui ?", l'oisiveté étant ici la meilleure occupation. Pour en profiter au maximum, je réserve 1 place dans le dernier bus. C'est pour Fès et non pour Meknès que part le denier bus du soir ? Et bien allons donc à Fès : ça tombe bien, j'en suis au passage de l'émigration à Fès de "Léon l'Africain". Un dernier thé en regardant le soleil se coucher avec Jamel, un passage chez Mohammed mon autre barbu salafiste (il est retourné à Tétouan étudier le Coran mais son frère me promet de l'appeler pour lui dire que je suis passé) et en avant pour Fès. Cette fois, c'est sur un prof de maths à la retraite que je tombe. Un Fessi qui a cotoyé beaucoup de Français à l'époque où la majorité des enseignants en lycées était des coopérants Français venus effectuer leur service civil au Maroc. Il me raconte la décentralisation marocaine et l'ouverture aux capitaux étrangers (Espagnols ou Français) des anciennes sociétés nationales. Au milieu de ce voyage de 4 heures, on s'arrête dans un bled ("un patelin" comme dit mon prof de maths) dîner des boulettes de viande en regardant le match du championnat espagnol Madrid-Huelva. A l'arrivée à la gare routière, je saute dans un "petit taxi" bleu (nom officiel des taxis effectuant des courses exclusivement urbaines, et dont la couleur varie selon les villes) en direction de la porte de la vieille ville de Fès où j'ai noté l'adresse d'un hôtel dans le Routard. Si je fréquente des hôtels qui y sont cités, c'est aussi pour croiser des Routards, échanger des bons plans et croiser nos carnets de voyage. Ce soir-là, j'ai été comblé. D'abord une Malgache vivant dans les Cévennes, puis un groupe venant d'effectuer une rando de 4 jours dans l'Atlas et enfin Benoît, un jeune sportif qui part dans le sud faire des treks à pied ou en VTT, que je rejoindrai peut-être. Les adresses des hôtels rapidement échangées, on discute jusque tard dans la nuit de la facilité de voyager quand on a un passeport Français et une carte bleue, de la difficulté à bien écrire un blog, du charme envoûtant que dégage toute carte de géographie ou de la qualification de l'agriculture comme un service public devant être exclu de l'économie de marché ("Pas de pays sans paysans", Fanny ?) ... Le genre de rencontres, éphémères mais intenses, qui ne fait pas regretter de voyager seul ...

jeudi 20 novembre 2008

Deambulations Titouanesques


18-19 novembre 2008 - Tetouan (cliquez sur le titre, on vous dit)

C'est une bonne bouffée de chaleur méditerranéenne qui m'accueille au pied du lit alors que je pousse les volets sur la baie de Tanger. C'est en sandales, en T-shirt et pantacourt que je dégusterai mon petit-dej' sur la terrasse de l'hôtel qui a vu séjourner Churchill. Un magnifique édifice (escalier en marbre, plancher massif, tables couvertes de zelliges, ...) que je quitte après avoir entrepris une œuvre terriblement ambitieuse, a savoir arrêter définitivement l'emplacement de chacune de mes affaires dans mon sac a dos. Ambition quasi-fasciste se heurtant rapidement a la taille variable de mes 2 paires de chaussures, a la nécessite d'accéder rapidement au Micropur ou a l'antimoustique alors que la raison impose a la pharmacie d'être rangée au fond du sac, et enfin a l'impossibilité de trouver un endroit a la fois accessible et protégé pour la lampe frontale. Après avoir mis 1 heure a tout déballer puis tout remballer (mais par petits tas ...) je me demande si mon voyage me rendra un jour organise, a moins que cette qualité n'ait été définitivement exclue du genre masculin lors de la Création.
Je rejoins la gare routière après m'être perdu 10 fois, cette fois dans la ville nouvelle. Avec 20 kgs sur les épaules, c'est le métier de backpacker qui rentre. Dans le bus, je fais connaissance avec Sauhail qui, arrive a Tetouan, m'accompagne jusqu'à l'hôtel Chefchaouen, une petite pension familiale idéalement située entre la vieille ville, la ville moderne et les hauteurs de la ville qui abrite des quartiers d'habitat populaire. De toute façon, sans guide de voyage, comment choisir un hôtel ? Une chambre qui ferme a clés, des draps propres, 60 dirhams (60 DH correspondent a environ 5,50 euros) ... parfait. Les deux autres chambres de l'hôtel sont collectives et la dernière sert de lieu d'habitation au couple de gérants. La gérante parle qq mots d'espagnol, comme beaucoup ici (le nord Maroc etait un protectorat espagnol jusqu'en 1956, certaines inscriptions sur les boutiques et les enclaves de Ceuta et Melilla en sont des vestiges). Libéré de mon fardeau, je m'envole pour la vieille ville. Fascine par le charme de ce dédale aux souks spécialisés, j'en oublie de déjeuner et n'en reviendrai que vers 22h30. Je lirai 2 jours plus tard dans le Routard que la médina de Tetouan est classée au patrimoine mondial de l'humanité. En cette première vraie journée au Maroc, je décide de jouer au touriste de base, me laisse accompagner par un guide improvise, succombe au cérémonial d'un vendeur de tapis (le thé, avec ou sans sucre ?, le prix s'oublie, la qualité reste, c'est pas une dépense, c'est un investissement ...), me fais masser a l'huile d'argan par un herboriste, enfile des jellabas (et me dis que sont pas si cons que ça les gars du Klux Klux Klan, c'est hyper agréable a porter ces habits) ... Tous me laissent repartir sans que je dépense un dirham, mais mon argumentaire élaboré dans le bus (pas de place dans le sac a dos, pas de qui m'embarrasser avant 6 mois de voyage) ne constitue pas une parade imparable. Un tapis, ça s'envoie, la djellaba servira dans les nuits froides de l'Atlas et un échantillon de poudre de cactus, ça pèse rien et c'est un médicament. Le soir tombant, toutes les générations se retrouvent dans la rue et la médina grouille comme une fourmilière. Galettes de pain, concombres, haricots secs, œufs et poulets sont en nombre sur les étals. Me trouvant sans petite monnaie sur moi pour gouter aux escargots en sauce, je dine une soupe marocaine et un sandwich aux boulettes de viande - kefta - dans un ''fast food'', observant les volutes de fumée que forment les bouillons de haricots que des groupes de jeunes filles en tchador dégustent a la cuiller, debout devant une porte ocre d'entrée dans la Médina, avant de remonter dans les hauteurs de la ville qui me rappellent l'Albaicin de Grenade. J'hésite pour un ciné mais je ne suis pas sur de tenir 1h30 devant le dernier James Bond en arabe. Quand je sors de ma cyberbulle occidentale (Skype, Facebook, Deezer et Yahoo sports), la foule grouillante a laisse place a une rue noire, vide et ventue (le correcteur d'orthographe me dit que ça n'existe pas mais je ne trouve pas d'autre adjectif qualificatif pour décrire le fait qu'il y avait vraiment beaucoup beaucoup de vent) comme dans un western sans saloon . Une fois encore, je mets des plombes a retrouver l'hôtel (je découvrirai le lendemain qu'il est a 300 mètres) ... ferme quand j'arrive. Je finis par trouver une sonnette et culpabilise comme un enfant qui a enfreint la permission de minuit quant la vieille gérante descend m'ouvrir.
Après une excellente nuit, mon premier geste est d'etaler un carte du Maroc sur le lit. Au nord pour Ceuta ? A l'ouest pour l'Atlantique ? A l'est pour la Méditerranée ? Au sud pour les montagnes du Rif ? Ma velléité naturelle reprenant le dessus, direction le thé vert a la menthe le plus proche, une bonne décision ne se prenant jamais le ventre vide (vieux proverbe somalien). Le tenancier du Panini ou je descends me dissuade de rejoindre Martil, station balnéaire située a 5 kms et destinée aux riches Marocains et Occidentaux lasses par la Costa del sol ou la cote d'Azur, du type Hammamet en Tunisie. J'entreprends alors de grimper sur les hauteurs de la ville pour traverser les quartiers populaires et jouir d'une vue globale sur Tetouan. Bien m'en prend, vu que je découvre une vieille Kasba abandonnée qui m'évoque le palais des singes du Livre de la jungle. Je prends qq photos du site ou règne une atmosphère étrange avant de me faire rejoindre par 3 gamins puis par le gardien, censé m'engueuler pour avoir pénétré dans un ancien camp militaire interdit aux étrangers mais finalement bien content de taper la causette avec un ressortissant de la ville de Bordeaux ou évolue Marouane Chamakh et ou vit son oncle (chaque Marocain a un parent en France). Je quitte Tetouan a 15 heures et c'est cette fois a cote de Mohammed YUSFI que je chemine jusqu'à Chefchaouen, me demandant si j'y trouverai la saveur que Xavi en a conserve. Mohammed YUSFI est un barbu. Comme dans les caricatures de Charlie HEBDO. Un salafiste a barbe. Comme Ben LADEN. Il n'écoute plus de musique mais uniquement les versets du Coran dans son baladeur a cassettes (autoreverse) sur la façade duquel il a efface l'image d'un couple devant un coucher de soleil. Les plaines vertes laissent progressivement place aux oliviers, cactus et eucalyptus. Mon barbu m'invite chez lui. Pire qu'un squat. Je pense qu'il s'agit d'une maison en chantier car les briques sont apparentes à l'extérieur mais elles sont cimentes sur les murs intérieurs. Sa mère y vit, atteinte d'une maladie mentale qui oblige ses 5 enfants a se relayer auprès d'elle, son mari étant tombe sous les balles du Polisario dans le Sahara occidental en 1979. Mon barbu était caporal dans la marine nationale mais en a été reforme après avoir abuse du kif il y a qq années, le laissant avec une solde de 500 DH/mois. Lui et ses 2 amis étudiants en religion s'absentent qq instants pour prier puis ils m'escortent jusqu'à la Médina, ce qui a le double avantage de ne pas me faire alpaguer par les rabatteurs et ne pas passer 2 heures a tourner en rond avec ma maison sur le dos. Je descends a l'hôtel Souika (50 DH/nuit, environ 4,50 euros)ou je rencontre Nicolas et Pimprenelle (Aurore la chamelle) qui m'invitent généreusement a diner. Ce couple de Français me fait profiter de ses contacts a Fès et Casa et me prête leur Routard pour la nuit, après une tentative infructueuse d'inauguration de chicha au charbon. C'est une nouvelle fois mon réveil qui me tire du lit a 10h30. Je retrouve pour petit-déjeuner mon barbu, accompagne de Jamel, un Parisien de mère Bretonne et de père Algérien. Comme ses ''frères musulmans'', ce salafiste a une lecture du Coran très prés du texte, qu'il a appris depuis sa conversion en aout 2001. Lui, ce titi Parisien étudiant en BTS structures métalliques, me certifie que les twin towers étaient piégées, que les juifs étaient au courant et ne sont pas venues travailler ce jour-la et que les victimes ne sont pas des êtres humains assassines mais des victimes de Babylone ... Étrange sensation d'entendre cela d'un homme a l'élocution brillante.

mardi 18 novembre 2008

L'Afrique, c'est chic


17 novembre 2008 - L'arrivée à Tanger (pour voir Tanger sur une carte, cliquez sur le titre)

Premier pas sur le continent noir ... La traversée en ferry des 15 kms qui séparent l'Europe de l'Afrique mais également l'Atlantique de la Méditérannée s'effectue en moins d'1 heure. A la nage, le plus intrépide à braver les courants, les cargos et les baleines qui se bousculent dans cet étroit corridor, a mis 2h29. Tarifa présentait l'avantage de profiter de ma traversée d'Espagne pour flâner dans une petite bourgade andalouse, connue pour être un spot de planche à voile (et de kite surf plus récemment) hypie dans les années 70. Il y règne une ambiance qui me rappelle le Dahab égyptien et qui doit se retrouver à Phuket ou Essaouira. En sortant du port de Tanger, je mesure combien il sera dur de faire du tourisme avec ma maison sur le dos : non seulement ça pèse mais c'est la meilleure façon de se faire accoster pour se faire proposer un hotel ou autre. Désormais, à peine arrivé qqpart, ma priorité sera de me libérer de ce fardeau vite fait. Je descends à l'Hôtel Continental pour suivre les recommandations d'une collègue. Sans guide de voyage ni plan de la ville, une seule solution : m'enfoncer dans la Médina sans retenue. Objectif atteint : malgré l'avertissement d'enfants ("fermé !"), j'emprunte un dédale de Minautore zigzagant entre les maisons chaulées à blanc pour finir bien longtemps après en cul-de-sac. La Médina en est remplie, comme je le constaterai aussi bien sur un plan gravé sur une porte de la Médina qu'en passant plusieurs fois devant les mêmes enseignes. Ici comme à Tunis ou Fès, le meilleur moyen de profiter d'une Médina est de se perdre entre les tanneurs, les marchands d'épices ou les patios de zelliges. Dans la ville moderne, je déjeune dans un boui-boui un bol de haricots secs (prévention inconsciente ?) et je découvre que le français n'est pas aussi monnaie courante que je l'avais imaginé. C'est l'apanage d'une élite éduquée, surtout au nord du Maroc, ancien protectorat espagnol, une langue castillane qui se lit encore sur la devanture de certaines boutiques. 30 Dirhams (1 euro = 11 DH) d'internet pour redécouvrir HospitalityClub, GoogleMaps, ForumVoyage ou Routard.com. Alors que la fraîcheur tombe rapidement avec le coucher du soleil, je dîne sur un banc public 1 chausson à la sauce tomate et 1 part de pizza achetés en boulangerie, observant la richesse de la vie sociale Marocaine à l'heure du paséo : parties déchaînées de foot entre les gamins, séances enflammées de dominos ou de dames entre leurs aînés, séances de jeux en réseau ou de chat sur des ordis aux touches en arabe dans les nombreux cybers pour les ados, dégustation d'escargots pour les groupes de copines. Après une dernière dégustation de thè à la menthe puis d'interminables tours en rond dans les ruelles de la Médina, je me fais raccompagner par Ismaël jusqu'à l'hôtel, que je pouvais toujours chercher ... Une incroyable sensation de tranquilité s'empare de moi (excusez mes emballements, je suis en train d'écouter les dernières de Noir Dez en vous écrivant). Malgré des ruelles sombres et sales en cette heure avancée, je déambule en pleine impression de sécurité. Personne ne m'interpelle ni même me regarde. Les touristes ne seraient-ils sollicités qu'aux heures de visite aux abords des monuments touristiques ? Ressemblerais-je à un Berbère du Nord avec mes courts cheveux et ma barbe de 3 jours ? Aurais-je trouvé le truc en me balladant en jean's et sweat à capuche sombre ? Mon pas rapide donne-t-il l'impression que je sais où je vais ? Premier jour en Afrique et déja aussi à l'aise que ces chatons qui se faufilent entre les patios ...

Le plein de sociabilité

Bus Malaga - Tarifa - 16 novembre 2008 - 20°C - 12h00
Bibi et Xavi viennent de prendre leur AVE (TGV espagnol qui va + vite que vite - ademas se puede mirar un DVD - "Juntos, nada mas" por esta vez - y disfrutar de los caramelos de la RENFE) pour Madrid, Baud m'accompagne jusqu'à la gare routière toute proche. "Cuando llega el proximo autobus para Tarifa ? Ahora mismo !". Je culpabilise de laisser Baud attendre 3 heures seul son avion (19 heures de trajet depuis Belfort pour 24 heures à Malaga : chapeau bas Monsieur !) mais cette opportunité ne peut être que le signe du destin. Adelante con los tambores ! Première erreur : il faut toujours penser à prendre de l'eau avant de monter dans un bus, surtout quand on a aucune idée du temps de trajet. Malgré la fatigue qui suit une une nuit trop courte, impossible de trouver le sommeil en longeant cette côte largement bétonnée, qui change des rangées d'oliviers ("tantos oliveiros", chantait Paco IBANEZ) du voyage depuis Madrid ou encore des grandes plaines à toros de la Castille. L'excitation est trop grande. Alors je repense à la journée d'adieux d'hier et l'amitié que m'ont faite Bibi, Xavi et Baud de m'accompagner au bout du continent Européen. Journée-soirée superbe, attestant s'il en était besoin notre capacité savemment développée et entretenue à nous adapter à n'importe quel contexte pour expérimenter nos ouikènes "qualité de vie". Bayonne, Saint-Malo, Paris, Dublin, Londres, San Sé, Barcelone, Madrid, Pargue, Dubrovnik, Tartu, Dahab, Gorom-Gorom, Tofo ... les changements de scènes sont autant de prétextes au renouvellement de nos manifestations spontanées de savoir-vivre. Le déjeuner dans une cantine de mariscos en bord de mer s'est prolongé jusqu'au coucher du soleil, Baud estimant que le mojito avait été inventé pour faire digérer le patxaran. Et encore, c'est bien parce qu'il fallait profiter de ses derniers rayons pour me prendre en photo dans une barque censée symboliser on départ en bateau. L'idée originelle était en effet pour eux de me tenir la main jusqu'au bateau. Pas de liaison pour Tanger au départ de Malaga ? Tant pis, j'irai à Melilla : selon Xavi, c'est encore plus pratique pour rejoindre ChefChaouen, première véritable destination. Heureusement, j'ai vérifié sur une carte en rentrant à l'hôtel ... Le petit vin blanc allait avec tout cet après-midi : l'accord parfait, que ce soit avec la friture d'éperlans, la douceur du soleil tombant ou la désinvolture du serveur balayant chemise déboutonnée les écouteurs sur la tête. Combien j'aime l'image de ces nappes en papier en fin de repas, où s'y côtoient les grains de riz jaune de la paëlla, la trace ronde et noire de la tasse de café, l'emballage déchiré du sucre en poudre et quelques pépins de citron ...
Plus tard (mais pas bien loin), la renconrte avec Hussein M'Baye, Sénégalais de Dakar (quartier Liberté 5) récupéré par la Croix Rouge sur une plage des Canaries et vendant aujourd'hui des colliers sur le Paséo maritime, calme les esprits. Oui, la non expulsion des immigrés clandestins et la régularisation massive des sans-papiers constituent non seulement un appel d'air mais aussi une légitimation des mafias de passeurs. Non, l'Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Oui à l'intégration d'une immigration qui ne pourra jamais être choisie mais qui pourrait être régulée (quotas ?). Non à l'hypocrisie qui consiste à maintenir en situation irrégulière des personnes condamnées à se faire exploiter et contribuant à jeter le discrédit sur leurs congénères. Je me souviens de Bahaa, une ancienne voisine venue terminer ses études de dentiste à Bordeaux, se sentant humiliée en quémandant après de longues heures d'attente à la Préfecture le renouvellement de sa carte de séjour, et tellement fière d'être Marocaine quand elle s'est vue souhaiter la bienvenue au Québec où elle assistait avec plaisir à des cours sur l'histoire et la culture du Canada, proposés aux nouveaux arrivants.
L'intermède touristique de ce séjour à Malaga fut bref, le temps d'apercevoir la cathédrale, l'Alcazaba et le vieux château à travers la vitre du taxi qui nous menait au resto Vino Mio. L'intérêt touristique de malaga est limité, surtout en comparaison de ses illustres voisines andalouses. Le paséo en bord de mer y est agréable, tout comme la vue depuis les hauteurs de la ville où j'avais réservé au Monte Victoria (un excellent choix, ne serait-ce que pour le tinto de verano ou le petit-déj' sur sa terrasse de bougainvillées). Une partie enflammée de fléchettes puis un bon resto clôtureront sagement la soirée.
Déjà 1 mois que je suis en vacances. Certes, j'ai merdé en laissant traîner mon déménagement (que Caro&Reno, Pascaline, Christelle et Gaël soient ici publiquement remerciés pour leur contribution en bras ou en place), confirmant ainsi mes qualités naturelles d'anticipation et d'efficacité. Mais quel plaisir de profiter de courts séjours à Saint-Malo, chez les grands-parents, l'oncle, les parents ou au moulin de vacances de Laeti. Et Bayonne ... Il y souffle un vent de liberté et d'authenticité qui manque à Bordeaux. Je m'y sens d'ailleurs davantage chez moi qu'à Bordeaux. Rêve prémonitoire d'un temps où le Bar du marché, le picolo ristorante, Chez Joël D, l'Alter Ego ou Chez Gilles seront mes cantines, le Xurasco mon QG, Jean DAUGER ma fièvre, Paséo, Quasimodo et 64 ma garde-robe, et le 38 de la rue des Cordeliers ma médiathèque ? ... Quelques minutes y suffisent pour s'y faire apostropher par l'Amatxi du BDM, interpeller par le buraliste à propos du Midi Olympique ("Blanc et Bleu ou Blanc et Rouge ?") ou aider par la tenancière du B@B Café à scanner des photos. Le Pays Basque, assurément ma première étape chez les indigènes ...

lundi 10 novembre 2008

Partir, c'est crever un pneu


Dur :
- de franchir le pas
- de mettre sa vie en cartons
- de répondre à la question : "et où tu vas ?"
- de s'entendre dire 1000 fois "d'être prudent parce que, hein, l'Afrique, c'est quand même ... hein ?"
- de ranger mon bureau
- de penser à toute la paperasse (impôts, transfert du courrier, assurances, ...)
- pire, de faire toute la paperasse
- de se dire que je n'aurai plus une seule rentrée d'argent pendant 6 mois
- de s'entendre dire qu'on va manquer

Facile :
- d'oublier les dossiers du boulot
- d'organiser une méga-bamboula pour fêter ça
- de se lâcher aux magasins du vieux campeur
- de résilier les abonnements (loyer, EDF, téléphone, ...)

dimanche 9 novembre 2008

Plus de clés

Plus une seule clé sur moi ! Boulot, voiture, appartement, antivol, boîte aux lettres, ... : plus rien qui ne justifie que je conserve des choses qui méritent d'être fermées aux autres.