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jeudi 20 novembre 2008

Deambulations Titouanesques


18-19 novembre 2008 - Tetouan (cliquez sur le titre, on vous dit)

C'est une bonne bouffée de chaleur méditerranéenne qui m'accueille au pied du lit alors que je pousse les volets sur la baie de Tanger. C'est en sandales, en T-shirt et pantacourt que je dégusterai mon petit-dej' sur la terrasse de l'hôtel qui a vu séjourner Churchill. Un magnifique édifice (escalier en marbre, plancher massif, tables couvertes de zelliges, ...) que je quitte après avoir entrepris une œuvre terriblement ambitieuse, a savoir arrêter définitivement l'emplacement de chacune de mes affaires dans mon sac a dos. Ambition quasi-fasciste se heurtant rapidement a la taille variable de mes 2 paires de chaussures, a la nécessite d'accéder rapidement au Micropur ou a l'antimoustique alors que la raison impose a la pharmacie d'être rangée au fond du sac, et enfin a l'impossibilité de trouver un endroit a la fois accessible et protégé pour la lampe frontale. Après avoir mis 1 heure a tout déballer puis tout remballer (mais par petits tas ...) je me demande si mon voyage me rendra un jour organise, a moins que cette qualité n'ait été définitivement exclue du genre masculin lors de la Création.
Je rejoins la gare routière après m'être perdu 10 fois, cette fois dans la ville nouvelle. Avec 20 kgs sur les épaules, c'est le métier de backpacker qui rentre. Dans le bus, je fais connaissance avec Sauhail qui, arrive a Tetouan, m'accompagne jusqu'à l'hôtel Chefchaouen, une petite pension familiale idéalement située entre la vieille ville, la ville moderne et les hauteurs de la ville qui abrite des quartiers d'habitat populaire. De toute façon, sans guide de voyage, comment choisir un hôtel ? Une chambre qui ferme a clés, des draps propres, 60 dirhams (60 DH correspondent a environ 5,50 euros) ... parfait. Les deux autres chambres de l'hôtel sont collectives et la dernière sert de lieu d'habitation au couple de gérants. La gérante parle qq mots d'espagnol, comme beaucoup ici (le nord Maroc etait un protectorat espagnol jusqu'en 1956, certaines inscriptions sur les boutiques et les enclaves de Ceuta et Melilla en sont des vestiges). Libéré de mon fardeau, je m'envole pour la vieille ville. Fascine par le charme de ce dédale aux souks spécialisés, j'en oublie de déjeuner et n'en reviendrai que vers 22h30. Je lirai 2 jours plus tard dans le Routard que la médina de Tetouan est classée au patrimoine mondial de l'humanité. En cette première vraie journée au Maroc, je décide de jouer au touriste de base, me laisse accompagner par un guide improvise, succombe au cérémonial d'un vendeur de tapis (le thé, avec ou sans sucre ?, le prix s'oublie, la qualité reste, c'est pas une dépense, c'est un investissement ...), me fais masser a l'huile d'argan par un herboriste, enfile des jellabas (et me dis que sont pas si cons que ça les gars du Klux Klux Klan, c'est hyper agréable a porter ces habits) ... Tous me laissent repartir sans que je dépense un dirham, mais mon argumentaire élaboré dans le bus (pas de place dans le sac a dos, pas de qui m'embarrasser avant 6 mois de voyage) ne constitue pas une parade imparable. Un tapis, ça s'envoie, la djellaba servira dans les nuits froides de l'Atlas et un échantillon de poudre de cactus, ça pèse rien et c'est un médicament. Le soir tombant, toutes les générations se retrouvent dans la rue et la médina grouille comme une fourmilière. Galettes de pain, concombres, haricots secs, œufs et poulets sont en nombre sur les étals. Me trouvant sans petite monnaie sur moi pour gouter aux escargots en sauce, je dine une soupe marocaine et un sandwich aux boulettes de viande - kefta - dans un ''fast food'', observant les volutes de fumée que forment les bouillons de haricots que des groupes de jeunes filles en tchador dégustent a la cuiller, debout devant une porte ocre d'entrée dans la Médina, avant de remonter dans les hauteurs de la ville qui me rappellent l'Albaicin de Grenade. J'hésite pour un ciné mais je ne suis pas sur de tenir 1h30 devant le dernier James Bond en arabe. Quand je sors de ma cyberbulle occidentale (Skype, Facebook, Deezer et Yahoo sports), la foule grouillante a laisse place a une rue noire, vide et ventue (le correcteur d'orthographe me dit que ça n'existe pas mais je ne trouve pas d'autre adjectif qualificatif pour décrire le fait qu'il y avait vraiment beaucoup beaucoup de vent) comme dans un western sans saloon . Une fois encore, je mets des plombes a retrouver l'hôtel (je découvrirai le lendemain qu'il est a 300 mètres) ... ferme quand j'arrive. Je finis par trouver une sonnette et culpabilise comme un enfant qui a enfreint la permission de minuit quant la vieille gérante descend m'ouvrir.
Après une excellente nuit, mon premier geste est d'etaler un carte du Maroc sur le lit. Au nord pour Ceuta ? A l'ouest pour l'Atlantique ? A l'est pour la Méditerranée ? Au sud pour les montagnes du Rif ? Ma velléité naturelle reprenant le dessus, direction le thé vert a la menthe le plus proche, une bonne décision ne se prenant jamais le ventre vide (vieux proverbe somalien). Le tenancier du Panini ou je descends me dissuade de rejoindre Martil, station balnéaire située a 5 kms et destinée aux riches Marocains et Occidentaux lasses par la Costa del sol ou la cote d'Azur, du type Hammamet en Tunisie. J'entreprends alors de grimper sur les hauteurs de la ville pour traverser les quartiers populaires et jouir d'une vue globale sur Tetouan. Bien m'en prend, vu que je découvre une vieille Kasba abandonnée qui m'évoque le palais des singes du Livre de la jungle. Je prends qq photos du site ou règne une atmosphère étrange avant de me faire rejoindre par 3 gamins puis par le gardien, censé m'engueuler pour avoir pénétré dans un ancien camp militaire interdit aux étrangers mais finalement bien content de taper la causette avec un ressortissant de la ville de Bordeaux ou évolue Marouane Chamakh et ou vit son oncle (chaque Marocain a un parent en France). Je quitte Tetouan a 15 heures et c'est cette fois a cote de Mohammed YUSFI que je chemine jusqu'à Chefchaouen, me demandant si j'y trouverai la saveur que Xavi en a conserve. Mohammed YUSFI est un barbu. Comme dans les caricatures de Charlie HEBDO. Un salafiste a barbe. Comme Ben LADEN. Il n'écoute plus de musique mais uniquement les versets du Coran dans son baladeur a cassettes (autoreverse) sur la façade duquel il a efface l'image d'un couple devant un coucher de soleil. Les plaines vertes laissent progressivement place aux oliviers, cactus et eucalyptus. Mon barbu m'invite chez lui. Pire qu'un squat. Je pense qu'il s'agit d'une maison en chantier car les briques sont apparentes à l'extérieur mais elles sont cimentes sur les murs intérieurs. Sa mère y vit, atteinte d'une maladie mentale qui oblige ses 5 enfants a se relayer auprès d'elle, son mari étant tombe sous les balles du Polisario dans le Sahara occidental en 1979. Mon barbu était caporal dans la marine nationale mais en a été reforme après avoir abuse du kif il y a qq années, le laissant avec une solde de 500 DH/mois. Lui et ses 2 amis étudiants en religion s'absentent qq instants pour prier puis ils m'escortent jusqu'à la Médina, ce qui a le double avantage de ne pas me faire alpaguer par les rabatteurs et ne pas passer 2 heures a tourner en rond avec ma maison sur le dos. Je descends a l'hôtel Souika (50 DH/nuit, environ 4,50 euros)ou je rencontre Nicolas et Pimprenelle (Aurore la chamelle) qui m'invitent généreusement a diner. Ce couple de Français me fait profiter de ses contacts a Fès et Casa et me prête leur Routard pour la nuit, après une tentative infructueuse d'inauguration de chicha au charbon. C'est une nouvelle fois mon réveil qui me tire du lit a 10h30. Je retrouve pour petit-déjeuner mon barbu, accompagne de Jamel, un Parisien de mère Bretonne et de père Algérien. Comme ses ''frères musulmans'', ce salafiste a une lecture du Coran très prés du texte, qu'il a appris depuis sa conversion en aout 2001. Lui, ce titi Parisien étudiant en BTS structures métalliques, me certifie que les twin towers étaient piégées, que les juifs étaient au courant et ne sont pas venues travailler ce jour-la et que les victimes ne sont pas des êtres humains assassines mais des victimes de Babylone ... Étrange sensation d'entendre cela d'un homme a l'élocution brillante.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bon, j'ai tout chié, ça faisait une plombe avec Sylvie qu'on te racontais des trucs, et tout s'est effacé, fallait qu'on s'enregistre, tout un tas de conneries, la prochaine fois, on fait des signaux de fumée.
En plus, on te chantait Amadou et Mariam, Welcome à Bamako, Choisissez-bien vos copines, tout ça. Tant pis, next time Mahadek.

Anonyme a dit…

On a l'impression d'y être...
Continue à tenir la plume autant que possible pour nous.
Ca fleure bon la chicha et le thé à la menthe, ça fleure moins bon les tanneurs...mais on vit intensément tes découvertes.