Bus Malaga - Tarifa - 16 novembre 2008 - 20°C - 12h00
Bibi et Xavi viennent de prendre leur AVE (TGV espagnol qui va + vite que vite - ademas se puede mirar un DVD - "Juntos, nada mas" por esta vez - y disfrutar de los caramelos de la RENFE) pour Madrid, Baud m'accompagne jusqu'à la gare routière toute proche. "Cuando llega el proximo autobus para Tarifa ? Ahora mismo !". Je culpabilise de laisser Baud attendre 3 heures seul son avion (19 heures de trajet depuis Belfort pour 24 heures à Malaga : chapeau bas Monsieur !) mais cette opportunité ne peut être que le signe du destin. Adelante con los tambores ! Première erreur : il faut toujours penser à prendre de l'eau avant de monter dans un bus, surtout quand on a aucune idée du temps de trajet. Malgré la fatigue qui suit une une nuit trop courte, impossible de trouver le sommeil en longeant cette côte largement bétonnée, qui change des rangées d'oliviers ("tantos oliveiros", chantait Paco IBANEZ) du voyage depuis Madrid ou encore des grandes plaines à toros de la Castille. L'excitation est trop grande. Alors je repense à la journée d'adieux d'hier et l'amitié que m'ont faite Bibi, Xavi et Baud de m'accompagner au bout du continent Européen. Journée-soirée superbe, attestant s'il en était besoin notre capacité savemment développée et entretenue à nous adapter à n'importe quel contexte pour expérimenter nos ouikènes "qualité de vie". Bayonne, Saint-Malo, Paris, Dublin, Londres, San Sé, Barcelone, Madrid, Pargue, Dubrovnik, Tartu, Dahab, Gorom-Gorom, Tofo ... les changements de scènes sont autant de prétextes au renouvellement de nos manifestations spontanées de savoir-vivre. Le déjeuner dans une cantine de mariscos en bord de mer s'est prolongé jusqu'au coucher du soleil, Baud estimant que le mojito avait été inventé pour faire digérer le patxaran. Et encore, c'est bien parce qu'il fallait profiter de ses derniers rayons pour me prendre en photo dans une barque censée symboliser on départ en bateau. L'idée originelle était en effet pour eux de me tenir la main jusqu'au bateau. Pas de liaison pour Tanger au départ de Malaga ? Tant pis, j'irai à Melilla : selon Xavi, c'est encore plus pratique pour rejoindre ChefChaouen, première véritable destination. Heureusement, j'ai vérifié sur une carte en rentrant à l'hôtel ... Le petit vin blanc allait avec tout cet après-midi : l'accord parfait, que ce soit avec la friture d'éperlans, la douceur du soleil tombant ou la désinvolture du serveur balayant chemise déboutonnée les écouteurs sur la tête. Combien j'aime l'image de ces nappes en papier en fin de repas, où s'y côtoient les grains de riz jaune de la paëlla, la trace ronde et noire de la tasse de café, l'emballage déchiré du sucre en poudre et quelques pépins de citron ...
Plus tard (mais pas bien loin), la renconrte avec Hussein M'Baye, Sénégalais de Dakar (quartier Liberté 5) récupéré par la Croix Rouge sur une plage des Canaries et vendant aujourd'hui des colliers sur le Paséo maritime, calme les esprits. Oui, la non expulsion des immigrés clandestins et la régularisation massive des sans-papiers constituent non seulement un appel d'air mais aussi une légitimation des mafias de passeurs. Non, l'Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Oui à l'intégration d'une immigration qui ne pourra jamais être choisie mais qui pourrait être régulée (quotas ?). Non à l'hypocrisie qui consiste à maintenir en situation irrégulière des personnes condamnées à se faire exploiter et contribuant à jeter le discrédit sur leurs congénères. Je me souviens de Bahaa, une ancienne voisine venue terminer ses études de dentiste à Bordeaux, se sentant humiliée en quémandant après de longues heures d'attente à la Préfecture le renouvellement de sa carte de séjour, et tellement fière d'être Marocaine quand elle s'est vue souhaiter la bienvenue au Québec où elle assistait avec plaisir à des cours sur l'histoire et la culture du Canada, proposés aux nouveaux arrivants.
L'intermède touristique de ce séjour à Malaga fut bref, le temps d'apercevoir la cathédrale, l'Alcazaba et le vieux château à travers la vitre du taxi qui nous menait au resto Vino Mio. L'intérêt touristique de malaga est limité, surtout en comparaison de ses illustres voisines andalouses. Le paséo en bord de mer y est agréable, tout comme la vue depuis les hauteurs de la ville où j'avais réservé au Monte Victoria (un excellent choix, ne serait-ce que pour le tinto de verano ou le petit-déj' sur sa terrasse de bougainvillées). Une partie enflammée de fléchettes puis un bon resto clôtureront sagement la soirée.
Déjà 1 mois que je suis en vacances. Certes, j'ai merdé en laissant traîner mon déménagement (que Caro&Reno, Pascaline, Christelle et Gaël soient ici publiquement remerciés pour leur contribution en bras ou en place), confirmant ainsi mes qualités naturelles d'anticipation et d'efficacité. Mais quel plaisir de profiter de courts séjours à Saint-Malo, chez les grands-parents, l'oncle, les parents ou au moulin de vacances de Laeti. Et Bayonne ... Il y souffle un vent de liberté et d'authenticité qui manque à Bordeaux. Je m'y sens d'ailleurs davantage chez moi qu'à Bordeaux. Rêve prémonitoire d'un temps où le Bar du marché, le picolo ristorante, Chez Joël D, l'Alter Ego ou Chez Gilles seront mes cantines, le Xurasco mon QG, Jean DAUGER ma fièvre, Paséo, Quasimodo et 64 ma garde-robe, et le 38 de la rue des Cordeliers ma médiathèque ? ... Quelques minutes y suffisent pour s'y faire apostropher par l'Amatxi du BDM, interpeller par le buraliste à propos du Midi Olympique ("Blanc et Bleu ou Blanc et Rouge ?") ou aider par la tenancière du B@B Café à scanner des photos. Le Pays Basque, assurément ma première étape chez les indigènes ...
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