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Afficher Une année sympathique sur une carte plus grande

dimanche 23 novembre 2008

Shérazade au pays des Schtroumpfs


Chefchaouen (19-22 novembre 2008).
Cette ville est incroyable. C'est pas une ville mais une succession de maisons de poupées (Voir http://www.pbase.com/jlm/chefchaouen ou http://www.pam-et-la-photo.net/album-1196347.html). Bleues jusqu'au premier étage (pour éloigner les insectes), blanches au-dessus (de la chaux vive refroidie, pour lutter contre le soleil). La Médina a été construite à la fin du XVème et s'est peuplée des vagues successives d'Andalous musulmans et juifs fuyant la reconquista castillane (Lire l'excellent "Léon l'Africain" d'Amin MAALOUF). Ici, chaque regard sur ce labyrinthe pentu en camaïeu de bleus donne envie de sortir l'appareil photo. La quantité de visiteurs ne semble pas avoir altéré l'authenticité de cette Médina perché à 600 mètres d'altitude en plein Rif Marocain. Beaucoup de ces touristes semblent, eux aussi, bien perchés. Des rstas ou des paumés qui planent du matin au soir dans la région productrice de l'essentiel du kif consommé en Europe. Le gouvernement Marocain affirme tenir ses engagements de diviser par 2 en 5 ans les surfaces cultivées mais l'Union Européenne peine à financer des cultures de reconversion pour ces agriculteurs qui produisent cette plante consommée ici à tout âge, en joint comme à la pipe. Y serait-elle pour qqchose dans la nonchalance qui enveloppe ce petit village ?
Les petits-déj' se prennent au soleil de la place de la Kasaba. L'après-midi, les montagnes environnantes offrent de belles promenades (le 20 novembre à l'ancienne mosquée avec Pimprenelle et Nicolas - sans sa VTT - le 21 jusqu'au village de Kaala où je bois un thé à 2,5 DH). Je fais d'un mini-resto ma cantine (omelette au fromage, couscous, salade marocaine). Y'a pas à dire : certes, les déambulations entre les mini-boutiques sont euphorisantes et les promenades en montage dépaysantes, mais le meilleur moment de la journée, c'est quand même toujours quand on s'assoit autour d'une table (Français, moi ?). Le plus souvent devant un thé vert à la menthe (je dois en être à 5/jour environ). Ces thés, servis en théière ou au verre, s'aspirent plus qu'ils ne se boient. Les Marocains (et non les Marocaines : c'est un plaisir exclusivement masculin) sont friands de leurs terrasses. Parfois seuls. Mais les plus beaux sont les brochettes de petits vieux, qui se démerdent toujours pour squatter les meilleures tables des cafés, et jouent la nuit tombée au jeu de l'oei, aux dames ou aux dominos à renforts de grands gestes bruyants. En djellabas et babouches, le visage ridé, légèrement voûtés sur leur belle canne, leur démarche lente mais leur allure sereine, ils ont trop la classe ... Il est habituel de discuter avec son voisin au café, et personne n'hésite à s'assoir à ma table. Ce matin, je me suis retrouvé à discuter avec deux Driss, émigrés en Italie, dont l'un ponctuait chacune de mes phrases par un consensuel "Et pourquoi pas, eh ?". Ce midi, c'est Jaouad, un ancien musicien aujourd'hui handicapé qui, après lui avoir répondu que je n'étais pas marié, m'a demandé en s'exclamant un désarmant : "Et qu'est-ce que t'attends ???"
Alors que je me trouve dans un cybercafé, Chefchaouen se trouve plongée en fin d'après-midi dans le noir d'une panne d'électricité. Phénomène habituel, à en croire la promptitude de chaque commerçant à dégainer ses bougies et son briquet. Cocasse situation dans un salon de coiffure où c'est un petit garçon qui est réquisitionné par le coiffeur pour tenir la bougie à qq centimètres du crâne du client pour qu'il puisse achever son ouvrage.
C'est la période des olives en ce moment : j'en ai profité pour en décrocher une de son arbre à Kalaa. Un goût immonde et la moitié de la bouche paralysée : les "zeitoun", ce sera au resto !
Je quitte Chefchaouen presque à regrets, tellement la vie y est paisible. Je ne demanderai désormais plus en me levant : "Et qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de constructif aujourd'hui ?", l'oisiveté étant ici la meilleure occupation. Pour en profiter au maximum, je réserve 1 place dans le dernier bus. C'est pour Fès et non pour Meknès que part le denier bus du soir ? Et bien allons donc à Fès : ça tombe bien, j'en suis au passage de l'émigration à Fès de "Léon l'Africain". Un dernier thé en regardant le soleil se coucher avec Jamel, un passage chez Mohammed mon autre barbu salafiste (il est retourné à Tétouan étudier le Coran mais son frère me promet de l'appeler pour lui dire que je suis passé) et en avant pour Fès. Cette fois, c'est sur un prof de maths à la retraite que je tombe. Un Fessi qui a cotoyé beaucoup de Français à l'époque où la majorité des enseignants en lycées était des coopérants Français venus effectuer leur service civil au Maroc. Il me raconte la décentralisation marocaine et l'ouverture aux capitaux étrangers (Espagnols ou Français) des anciennes sociétés nationales. Au milieu de ce voyage de 4 heures, on s'arrête dans un bled ("un patelin" comme dit mon prof de maths) dîner des boulettes de viande en regardant le match du championnat espagnol Madrid-Huelva. A l'arrivée à la gare routière, je saute dans un "petit taxi" bleu (nom officiel des taxis effectuant des courses exclusivement urbaines, et dont la couleur varie selon les villes) en direction de la porte de la vieille ville de Fès où j'ai noté l'adresse d'un hôtel dans le Routard. Si je fréquente des hôtels qui y sont cités, c'est aussi pour croiser des Routards, échanger des bons plans et croiser nos carnets de voyage. Ce soir-là, j'ai été comblé. D'abord une Malgache vivant dans les Cévennes, puis un groupe venant d'effectuer une rando de 4 jours dans l'Atlas et enfin Benoît, un jeune sportif qui part dans le sud faire des treks à pied ou en VTT, que je rejoindrai peut-être. Les adresses des hôtels rapidement échangées, on discute jusque tard dans la nuit de la facilité de voyager quand on a un passeport Français et une carte bleue, de la difficulté à bien écrire un blog, du charme envoûtant que dégage toute carte de géographie ou de la qualification de l'agriculture comme un service public devant être exclu de l'économie de marché ("Pas de pays sans paysans", Fanny ?) ... Le genre de rencontres, éphémères mais intenses, qui ne fait pas regretter de voyager seul ...

1 commentaire:

Anonyme a dit…

le récit de tes aventures est captivant, continues à écrire si tu peux.

C'est génial de t'imaginer en personnage de roman. Mais c'en est presque gênant de "t'envier" pour ce que tu vis.

Prends soin de toi.

A+
Manuel