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jeudi 4 décembre 2008

Méharées


Merzouga - 29-30 novembre 2008
Drôle de sensation que d'émerger dans une auberge en pisé (ou banco = mélange de terre séchée et de paille) au bord du Sahara. J'enfile une omelette et un thé avant de partir à pied admirer le coucher de soleil en haut d'une dune avec Rachid, un Berbère très sympa qui galère à trouver un job malgré un diplôme de technicien en commerce international. Enfin les dunes ! Elles m'ont tant de fois tendu les bras, au Sénégal près de la frontière Mauritanienne, au Burkina près des frontières Malienne et Nigérienne, en Egypte autour de Gizeh ou Saqarah, au Botswana pas loin de la frontière Namibienne. Elles m'ont également servi maintes fois à symboliser ce voyage alors que je lisais "Méharées" de Théodore Monod au printemps. C'est presque gêné que je viole leurs superbes courbes de mes pas. Le sourire bête aux lèvres en regardant les dunes changer de couleur au fur et à mesure que le soleil rougeoie puis disparaît, je me dis que c'est ce genre de moment qui compense à lui seul les temps morts et les petits enquiquinements de transport.
Etant le seul client, je dîne avec les 4 jeunes qui tiennent l'auberge qui, à peine le plat unique avalé (comme d'hab avec les doigts et le pain comme fourchette), se saisissent des djembés et des castagnettes métalliques gnaouas pour jouer de cette musique traditionnelle importée par les descendants des esclaves Noirs en Afrique du nord. Ils portent des T-shirts Nike sous leurs djellabas, affichent des posters du FC Barcelone sur leurs murs en terre, rechargent leurs téléphones portables grâce à un panneau solaire, mais continuent à transmettre fièrement cette musique multiséculaire. J'enregistre 2 morceaux, qu'ils demandent à réécouter, ce qu'ils font religieusement ...
Quand je me réveille le lendemain, 4 touristes reviennent de 2 nuits dans le désert en méharées, c'est-à-dire à dos de chameaux. Il y a parmi eux un couple de Belges, Benoît rencontré à Fès et Laurent, qui possède un marais salant sur l'île de Ré où il bosse 8 mois sur 12. Je réalise que les voyageurs croisés jusqu'ici sont rarement des salariés : étudiants, saisonniers, chômeurs, travailleurs à leur compte ... le vrai voyage est le luxe de celui qui n'a pas besoin de rentabiliser ses 5 semaines de congés payés en ne pouvant pas se permettre de gâcher 1 journée de vacances.
Première séance de lessive. L'horreur. J'y passe 2 heures, je m'y reprends à 3 fois et j'ai l'impression de m'y être pris comme un manche. Mais je suis quand même tout fier d'inaugurer mon fil à linge qui fait à peine 2 cm3 et mes 4 pinces à linge.
Emballé par mon baptême du désert de la veille, je décide d'y passer la nuit, accompagné de Khalid le chamelier et de Mimi le dromadaire (c'est un prénom féminin mais il faut savoir que seuls les mâles portent des passagers, sous peine de rendre stériles les chamelles). Khalid est né dans le désert et y est resté jusqu'à 9 ans avec sa famille nomade. Il me raconte pas mal de choses sur les animaux du désert, les étoiles, le mode de vie des nomades et sa vie au quotidien. Pas très gai : il se fait moins de 5 euros par nuit et par personne dans le désert, ce qui l'oblige à aider son père qui s'est reconverti dans la taille de fossiles pour en faire des bijoux vendus aux touristes. Insuffisant pour acheter un mouton pour l'Aïd-El-Kébir (il serait si fier, pour une fois, d'être celui qui ramène le mouton pour le déguster en famille), envisager un jour d'acheter un dromadaire pour se mettre à son compte, et se trouver un logement, condition sine qua non pour pouvoir y loger une future femme. Mais "Un homme qui ne travaille pas n'est pas un homme", me dit-il en me servant le thé chauffé à la braise du feu qui crépite au milieu des 2 tentes où on élit domicile pour la nuit, entouré de dunes. Le désert n'est pas si vide que ça : un chat sauvage sorti de nulle part vient nous rendre visite, pas mal d'oiseaux différents (les déserts sont très prisés par les amateurs d'avifaune), un scarabée minuscule patine sur les replis de ces immenses dunes, et je me couche en espérant que serpents ou scorpions ne décident pas de compléter le zoo du désert cette nuit. Mimi rumine (au sens propre : elle digère les aliments qui passent de son premier à son second estomac) avec la jambe avant droite ficelée pour ne pas qu'elle s'échappe sous les étoiles filantes.
Réveil à 6h du mat'. Khalid a prévu de venir me tirer de ma natte à 6h30 mais j'ai envie d'en profiter à fond alors je me lève tout excité à 6 heures pour admirer comme il se doit le lever du soleil dans le désert. Je garde un souvenir tellement magique du lever de soleil en haut du Mont Sinaï que j'ai envie de ne pas en perdre une miette. Une petite demi-heure de marche dans l'aube naissante avant de m'installer à califourchon sur la plus haute dune des parages. J'y suis resté 1 bonne heure mais j'aurais pu y rester 3 fois plus longtemps sans m'ennuyer 1 seule seconde. Franchement, j'ai eu la chance de voir pas mal de belles choses jusqu'ici, mais un tel spectacle, c'est tout simplement majestueux et émouvant.
Je redescends en courant dans les dunes (certains le font en snowboard des sables) pour rejoindre le camp où Khalid fait chauffer le thé avec les braises de la veille, avant de repartir sur le dos de Mimi. Une ballade en dromadaire, ça doit être le meilleur tranquilisant au monde. C'est d'ailleurs après un trajet à dos de dromadaire que j'ai fait ma plus longue (75 minutes) et plus belle plongée, en Mer Rouge à Ras Abu Gallum, une dérivante somptueuse où vous ne faites pas un mouvement, vous laissant porter par le courant en regardant les poissons et coraux défiler devant vous comme si vous étiez au cinéma. La démarche nonchalante et régulière du dromadaire plonge son cavalier dans un demi-sommeil où les pensées vont et viennent à leur guise, mais Théodore Monod n'ayant pas réussi à s'endormir une seule fois à dos de dromadaire, ce n'est pas moi qui vais y arriver !

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Coucou Guillaume, je te suis pas à pas, il n'y a pas une fois où je vais sur internet sans passer sur ton blog. Tu sais, tu me donnes envie de quitter mes exercices de physique et mes cours de français ... ! Continue as long as possible de nous faire voyager et rêver...(tu nous avais caché tes talents d'écriture ! ^^ )

Gros bisous,
Camille
( ps: conserve bien les enregistrements des différentes musiques que tu croises sur ton chemin ! )

Stéphane Lhomme a dit…

Pourquoi GIOM il a "pisé dans une auberge" et il a "enfilé une omelette" (au lieu de son pantalon ?). Lé déjà fou le GIOM ?

Stéphane Lhomme a dit…

Attention GIOM : "C'est presque gêné que je viole leurs superbes courbes de mes pas", c'est très scolaire (puisqu'il s'agit des courbes des dunes). Je dirais même que c'est poétiquement correct. Lâche toi pour de bon GIOM !

Anonyme a dit…

Une petite carte d'Afrique avec un petit point rouge du nom de Madec qui se déplace ce serait pas mal pour situer.
Après New-York, tu me donnes bien envie d'une petite virée dans le désert.
Et puis je suis pas d'accord Stef, je trouve ça très joli moi, violer la courbe des dunes, et pas très scolaire...