12.767,36 Kms ...


Afficher Une année sympathique sur une carte plus grande

lundi 1 décembre 2008

Un singe en hiver


Meknès (25 novembre 2008) puis Azrou (du 26 au 28 novembre 2008).

Enfin une douche chaude ! Ce n'est pas légion ici, et c'est parfois payant dans les hotels. Mais celle-ci fait d'autant plus de bien que c'est sous la pluie que je suis arrivé à Meknès en provenance de Fès, par le train (qui n'a rien à envier au Corail de la SNCF). Pas de révélation dans cette ville, mais une étape de transition avant d'attaquer les étapes de montagne. Le temps de s'émerveiller une fois de plus du sens de l'accueil marocain : 2 jeunes font un détour de 20 minutes pour m'accompagner à la gare routière, et un bassiste de groupe de métal m'aide à sortir de la Médina pour rejoindre mon hôtel après un frugal dîner de cacahuètes dans un cyber (5 DH). Le temps d'emprunter à l'hotel Maroc le très bon Guide de voyage édité par Michelin et d'y noter de bonnes adresses pour la suite en prenant mon petit-dèj' avec 2 Hollandais dans une excellente patisserie. Le temps de visiter le mausolée de Moulay Idriss, rare site religieux ouvert aux ignorants (non musulmans), d'admirer la gigantesque porte Bab Mansour et de longer les impressionants remparts de l'ancienne cité impériale. Tant pis pour les vestiges Romains de Volubilis mais la flemme de prendre un bus puis un grand taxi pour divaguer sous la pluie sur des mosaïques bimillénaires. Sentiment étrange que je n'ai pas grand-chose à attendre de ma présence dans cette ville. Alors faisons comme d'hab' désormais : bougeons au feeling ! Ce sera Azrou, un bled qui inaugure le Moyen Atlas et où le Benoît rencontré à Fès m'a donné rendez-vous. J'y arrive sous la neige ... Le taxi se pomme ... Et arrivé au gîte Takchmirte, pas de Benoît. Cool : je sens que c'est parti pour de nouvelles aventures ...
J'ai vraiment l'impression d'avoir débarqué dans un gîte de montagne. Une perdrix, une tête de sanglier et un renard empaillés ornent le salon central rempli de confortables canapés et d'un poêle central, seule source de chaleur du gîte. Le patron est absent, c'est donc Naïma qui me donne une chambre (elle n'en connaît pas le prix) et me sert le thé (à la sauge cette fois, à moins que ce soit du curcuma ou de la coriandre) tandis que le seul client, un Cévenol dénommé Yoann m'offre la fin de son délicieux tajine. Naïma a 25 ans. Elle est originaire de Mrirt, un patelin à 1 heure de là. Elle feuillette timidement mon Lonely Planet "Afrique de l'ouest" : 20 minutes sur le sommaire, autant sur la carte. C'est une Berbère qui tente de parler quelques mots de Français qu'elle a appris à l'école où elle est allé jusqu'à l'âge de 9 ans. Cela fait 2 mois qu'elle travaille ici et n'en est pas sorti, ni dans les forêts de cèdres juste au-dessus ni au bled d'Azrou juste en-dessous. Son univers se cantone à l'entretien du gîte et à nous bichonner, Yoann et moi. Elle attend notre réveil pour nous faire chauffer des mélouis (crêpes marocaine épaisses) au petit-dèj', et nous prépare de délicieux tajines le soir, dont elle nous laisse le choix de la viande. Il faut dire qu'elle s'ennuie et a même peur de rester seule la journée au gîte. J'essaie d'établir la communication en lui demandant de m'apprendre l'arabe. Elle en profite pour nous poser des questions : "Vous mangez quoi en France ? Des Danone (=yaourts) ? Des chewing-gums ? Des Vaches qui rit ? Et comment vous faites sans tajines ? Vous mangez les sangliers ?! Mais c'est hallam (= pêché en arabe, l'islam l'assimilant au porc) !" "Et pourquoi vous voyagez ? Pour voir la vie ?" Ben ... euh ...
En guise de Benoît, c'est donc sur Yoann que je tombe, Cévenol de 19 ans qui vient d'avoir le bac par miracle et qui se prend une année de saisonnier et de vacancier pour fêter ça. Ses parents, après avoir fait dans la châtaigne en Lozère, ont repris il y a 4 ans une petite exploitation de pommiers (bios, of course). Il est sportif, il connaît le Maroc pour y être venu des années en vacances familiales et aime la nature : c'est ce qu'il me fallait pour me traîner dans les treks de moyenne montagne qu'offrent les environs. Le premier a consisté en une partie de cache-cache avec les averses de pluie-grêle-neige. Mais pas de regrets : belles forêts de chênes, de majestueux cèdres de l'Atlas et de quelques genèvriers. Beau troupeau de moutons, insouciants malgré l'approche de l'Aïd-el-Kébir. Et une rencontre improbable : un singe en hiver. J'étais à des années lumières de penser qu'il neigeait au Maroc, j'ignorais l'existence d'Azrou jusqu'à la veille, alors nous prendre pour Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo en croisant un singe sous la neige, pourquoi pas ?! Onirique autant qu'improbable.
Le lendemain, temps exécrable. Les chaussures ne sont pas sèches. Faute d'équipement imperméable et de douche chaude au retour, pas de ballade. Direction le village d'Azrou en coupant par les champs de schiste et de chardons comme dans les causses du pays de mon acolyte, pour mon baptême de hammam (8DH l'entrée, 1 DH de savon noir et 20 DH de gommage). Un vrai lieu de sociabilité où les Marocains se rendent 2-3 fois par semaine, seuls ou en famille, de 7 à 77 ans, en maillot de bains, et où on fait la toilette complète (le corps, les cheveux, les dents, la barbe ...). Le bonheur. Enfin, en sortant, parce qu'à l'intérieur ... Déjà, il faut comprendre qu'il y a 3 salles, en fonction de la température. Ensuite, il faut trouver la bonne alternance entre eau brûlante et eau glacée. Enfin et surtout, il faut endurer le gommage : ça étire (j'ai bien dû prendre 2 cms dans chaque bras), ça savonne, ça frotte énergiquement au gant de crin, ça zigouille chaque microparticule de saleté, de l'intérieur des oreilles jusqu'à la voute plantaire. Ma peau dégueule la crasse ayant résisté sans difficulté aux douches froides des jours derniers. Les pores suffoquent. La précision et la rapidité des gestes de mon "masseur" ne parviennent pas à dissiper mon appréhension de resortir de là en 1000 morceaux. L'impression d'être un twingo qui passe dans les rouleaux d'un Eléphant bleu. Ou dans une machine à laver réglée sur "très sale et très chaud". Essorage à grands seaux d'eau chaude dans la gueule. Je titube en rejoignant hagard les vestiaires, d'où je ressors léger comme une plume.
Je reprends connaissance autour d'un thé avec Hachem, un collègue fonctionnaire communal rencontré au hammam, qui me raconte la timide régionalisation marocaine et la privatisation des services publics d'eau, d'ordures ménagères et d'électricité. Même pas peur de marcher 1/2h sous 0°C et dans la nuit pour rentrer au gîte après une telle séance de remise en forme.
Haziz (le patron), sa femme, Yoann et Naïma m'attendent pour attaquer "en famille" le tajine au poulet. S'ensuit un pur moment de tranquilité : Haziz a éteint la lumière, a mis à fond un CD de la mythique chanteuse égyptienne Oum Kalsoum et joue du tambourin par-dessus tandis que nous rêvassons notre digestion en silence, affalés près du poêle dans les canapés. Idéal pour replonger dans Léon l'Africain qui débarque précisément au Caire. Dur après ça de s'extraire du salon pour regagner mes appartements froids et humidifiés par deux fuites au plafond (le toit en terre séchée, c'est pas terrible pour retenir la neige). Je m'enfonce dans mon sac à viande avec Omar, mon désormais fidèle compagnon rencontré à Chefchaouen et que je ne quitte plus depuis que la vague polaire s'est abbatue sur le Maroc. Rassurez-vous : Omar ("votre confort d'abord") est un pyjama style Damart.
28 novembre : Yoann étant parti à Fès, je pars seul faire une rando dans la neige, en me disant qu'en France, il me faut un courage incroyable pour aller faire un pauvre footing ... Je croise une bergère d'une douzaine d'années, des vieux ramenant du bois à dos de mulet et surtout des animaux. A commencer par une famille de 10 sangliers que j'observe longuement chercher des glands à une trentaine de mètres de moi, le bruit des blocs de neige tombant des arbres et le vent soufflant de leur direction vers la mienne cachant ma présence. Puis des singes à l'entrée du Parc naturel d'Ifrane. Après un passage devant le majestueux Cèdre Gouraud, je traverse une majestueuse plaine enneigée avant qu'un vieux Berbère ayant passé 30 ans en Ecosse m'invite à me réchauffer chez lui, puis je redescends au gîte en courant autant pour ne pas avoir froid que pour arriver avant la nuit. Après cette chouette ballade dans la neige, j'ai envie de soleil ... et de pouvoir faire une lessive dans un endroit où mon linge peut sécher. Je prends congé d'Azrou dans un bus où je passe 8 heures avec un courant d'air froid dans les jambes ... pour débarquer hagard à Rissani à 6h du mat' par 1°C ! Rissani est une ancienne ville impériale appellée Sagelmesse que Léon l'Africain traversa lors de son ambassade à Tombouctou (située à 52 jours de chameau), à l'époque où cette ville contrôlée par les Berbères servait de plaque tournante aux échanges entre le nord (cad le sultanat de Fès et l'Europe où l'on acheminait or, ivoire et esclaves Noirs) et le Sud (les royaumes de Tombouctou et Gao de l'ancien Soudan où l'on importait tissus et métaux). Prévenue de mon arrivée par Benoît, l'auberge Soleil bleu a envoyé quelq'un me chercher et c'est en assistant au lever du jour entre les palmiers que j'achève cette journée tout en débutant la suivante. Je puis dans mes ressources pour grimper sur la terrsasse et observer les dunes de l'Erg Chebbi avant de dormir jusqu'à 14h30 d'un sommeil à peine troublé par le bruit d'une tempête de sable.

2 commentaires:

Stéphane Lhomme a dit…

C'est amusant : il aura fallu que GIOM voyage pour être enfin propre ! Même si ce n'est que provisoire.
A suivre...

Anonyme a dit…

Meknès aurait mérité un plus long arrêt... Il fallait se perdre dans sa médina.