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Afficher Une année sympathique sur une carte plus grande

jeudi 15 janvier 2009

Ifni l'infini


29 décembre

Le Routard et la carte Michelin nous indiquent qu’après la route goudronnée qui se termine a Sidi Ifni, il y a une piste qui continue en un bel itinéraire de promenade sur le littoral en direction du sud, vers Foum Assaka, à 18 kms de là. On se dit qu’on va y aller à pied, on verra bien sur place si on peut squatter quelque part ou se faire ramener. On se rend tout d'abord en voiture jusqu’au port de pêche, d'aspect bien paisible pour un lieu réputé non seulement pour la qualité des sardines qui y sont ramenées mais également pour constituer le point de départ des manifestations sociales dans le secteur. La route venant d'être goudronnée se poursuivant et faute de joli sentier apparent sur les falaises, on poursuit en voiture. Apres la décharge publique, Sidi Ouarsik (sans Hutch) nous offre un très joli point de vue sur les falaises alentour ainsi que la rencontre avec Mbark qui rentre avec sa canne à pêche et nous donne rendez vous pour le lendemain matin 7h si on veut l'accompagner à la pêche au poulpe. C’est en milieu d'après-midi, après une belle ballade le long de l'oued, qu’on débarque à Foum Assaka, village fantôme (95% des habitations en parpaing sont inachevées, les travaux ayant été interrompus par l’armée faute de permis) en bord de mer, a l’embouchure de l’oued (qui semble cependant s’arrêter 30 mètres avant l’océan). Quand je reviens de mon footing improvisé, on décide de passer la nuit sur place. Je passe un bon moment à ramasser du bois et trouver un squat : inutile puisqu’on trouve asile chez Hassan Wallou et 3 Bordelais qui nous font cuire au feu de cheminée leur prise du jour, qu’on partage avec notre délicieux filet de dinde (« bibi » en arabe) et nous invitent à passer la nuit sur des nattes dans leur salon.

30 décembre

Il ne fait pas encore jour quand on quitte Foum Assaka sous un vent et une pluie fine qui auraient rendu impossible une nuit à la belle étoile. Mbark est étonné de nous retrouver devant chez lui alors que le jour se lève, mais on a pensé que pêcher le poulpe était une façon originale de débuter la journée. On le suit donc tant bien que mal, le ventre vide et pas encore vraiment réveillés, le long des falaises puis en bas de celles-ci, pendant 2 kms. Le temps d’atteindre notre destination, un espace rocailleux dévoilé par la marée basse, je réalise tout ce qui nous sépare de lui. C’est sa façon de sautiller d’un rocher à l’autre et de porter les tiges métalliques, qui me font penser à un chasseur Bushman et me font comprendre que derrière la désinvolture de notre discussion d’hier, il y a la vie d’un modeste pêcheur africain. Mbark a une paire de sandales, un pantacourt en toile qui a dû couvrir ses chevilles et ne pas être marque par le sel dans une vie antérieure, et une chemisette. La même tenue que la veille. Le fruit de sa pêche, c’est son menu du jour. En cas de bonne prise, il confie son excédent à un voisin qui a la chance de posséder une mobylette le vendre au marché de Sidi Ifni moyennant une commission. Cela lui rapporte de quoi acheter coriandre, ail, oignon, citron et tomates qui agrémentent le poulpe. Et de quoi ne pas dépendre financièrement de ses parents, ce dont il est le plus fier. De quoi enfin acheter la méthode Assimil’ anglais et espagnol. Mbark écoute Radio 2M, francophone et tente d’apprendre par cœur les refrains des tubes anglo-saxons. Car Mbark a un rêve : être réceptionniste dans un hôtel de Tafraoute. Ses amis d’école en partageaient un autre : ils doivent maintenant vendre des colliers sur la plage de Malaga, à moins qu’ils n’aient nourri de leur persone les sardines qu’ils pêchaient avant-hier dans une embarcation qui a servi depuis à un aller simple pour les canaries. En attendant Tafraoute, Mbark pêche à la ligne depuis la falaise (sole, sare, maigre, …) à marée haute et le poule à marée basse. Enfin, le poulpe, il le chasse plus qu’il ne le pêche. Grâce à une tige métallique au bout de lquelle un crochet permet de débusquer puis d’éperonner le poulpe, tapi sous les rochers en attendant de voir passer puis de « tentaculer » au vol un petit poisson ou un mollusque. C’est pas bien compliqué, mais ça nécessite tout de même de parcourir penché et les pieds dans l’eau pas mal de distance pour parcourir toutes les caches possibles. Et à 8h du mat’, le ventre vide, après déjà 2 kms dans les pattes et 20 minutes de voiture, ben les touristes, ils attendent que Mbark et son pote Moustafa, ils les pêchent tout seuls, les poulpes … Tous ? Non ! Le guide gaulois, portant haut le valeurs du courage et de l’aventure, résiste encore et toujours à la faim et à la fatigue. Et c’est comme un prince qu’il vient jeter aux pieds de Mbarkar sa lance ornée d’un poulpe rugissant (sauf que Gaël lui ayant passablement charcuté le bulbe en essayant de le choper, elle est plus morte que vive, la bestiole). Drôle de bête tout de même : la tronche des méchants de « Mars attacks », une douzaine de tentacules dont les ventouses se collent sur les rochers comme sur les bras (beurk …), le bec d’un perroquet caché sous la poche ventrale et une réserve d’encre derrière le crâne. Et ça se meut (comme une vache) aussi bien dans l’eau que sur terre. Mark et Moustafa en chopent une bonne douzaine qu’ils vident de leur poche d’encre et battent sur les rochers afin d’assouplir la chair et d’en faciliter la cuisson, avant de rentrer au cube. Aller-retour à Sidi-Ifni pour faire quelques courses pour la sauce des poulpes et les ravitailler en eau douce (bon, d’accord, la vérité, c’est qu’on meurt de faim et comme les poulpes, ça et 2 heures à bouillir, on se fait un poulet-frites à 3 en attendant). Le cube, c’est le logement de Mbark. Imaginez un cube blanc, sans fenêtre, de 5 mètres d’arête. A gauche, un évier. A droite, couvrant les ¾ de la pièce, une surélévation de 50 cm. Dessus, des matelas posés autour d’une petite table. C’est tout. Aussi sobre qu’apaisant. Un pur havre de paix, qu’on a quitté qu’à la nuit tombante. L’extérieur est aussi extravagant que l’intérieur. Ce cube, comme les 3 autres à côté, semble avoir été posé au bord de la falaise comme on aurait jeté un dé face à la mer. Dehors, un vent de tempête qui transforme en fontaine les embruns des vagues puissantes qui s’écrasent bruyament sur les rochers en contrebas. Dedans, la flamme figée de la bougie centrale qui éclaire les gestes appliquées de Mbark découpant les poulpes, dans un silence seulement rompu par la petite radio qui capte aussi bien qu’un cargo écoutant la météo marine en mer d’Iroise. A peine arrivés, on s’allonge sur les nattes et on s’endort aussi sec. L’ambiance intimiste et paisible qui baigne ce cube possède un pouvoir inhibiteur sur le système nerveux aussi efficace qu’étonnant. On se fait réveiller pour déguster jusqu’à n’en plus pouvoir l’énorme et succulent plat de poulpes … et on se rendort ! Entre deux sommes, entre deux thés, on passe sans transition de l’obscurité et du silence cubiques à la violence des éléments extérieurs. Assis sur les marches d’entrée, on assiste fébrilement à la lutte sans merci entre le chergui (vent chaud d’est chargé de sable) qui frappe sans relâche la houle marine qui lui fait face. Repus, anesthésiés, envoûtés, on est incapables de faire quoi que ce soit, si ce n’est s’interroger sur la destination des mouettes ou sur la nature de cette funeste relation entre les marées et le cycle lunaire. En prenant chaleureusement congé de Mbark à qui je laisse « Léon l’Africain », il me répond : « Oh, c’est naturel. Puis vous n’êtes pas les premiers ni les derniers qu’on accueille de la sorte ». Je suis d’abord surpris par cette phrase qui relativise telle une sentence tanceuse et comminatoire l’authenticité de notre rencontre et la pure beauté qui a baigné cette journée. Avec le recul, je trouve cette première réaction prétentieuse. Pour lui, ce ne fut en effet qu’un jour ordinaire de pêche. De pêche pour survivre. Seulement agrémenté d’une éphémère rencontre avec 3 des nombreux touristes qui passent par ici à longueur d’année. Ce n’est pas parce que je me suis enflammé que je dois exiger de mon interlocuteur qu’il en fasse de même …

31 décembre. J’hésite à accompagner Gaël et Sylvie sur la route du retour pour paser le réveillon avec eux, mais ça me remettrait un coup de boussole au nord et comme le plan est de profiter du littoral marocain pour faire encore un peu de surf, autant rester là. Gaël abrège les « salamadeks » d’adieu, je récupère leurs euros … et ma solitude. Le pincement au cœur qui s’ensuit est de courte durée : alors que je me rends Barandilla pour me renseigner sur les locations de planche, j’accoste un gars attablé au café « Chez Hazziz » derrière une théière, une capuche et Les Inrocks. Autrement dit, 3 bonnes raisons pour moi de l’accoster. Yann. On ne se quittera plusjusqu’à mon départ d’Ifni, 5 jours plus tard. Ou plutôt, on passera 5 jours à se quitter et à se retrouver. Yann a 31 ans, une bonne gueule et un sourire qui le rendent immédiatement sympathique. Originaire des Côtes d’Armor, il vit entre son appart’ à Monmartre, son atelier proche de Versailles et les plateaux de tournage. Car Yann est décorateur dans le cinéma, rempailleur de chaises Louis XV, ancien ingénieur commercial à La Défense, chineur du dimanche et éternel voyageur dans l’âme. Autant par nécessité professionnelle que par choix de vie. Il a connu Sidi Ifni au printemps dernier pour les besoins d’un tournage. Qui a duré 3 mois. Largement de quoi connaître cette petite ville et s’en éprendre. D’autant que pour les besoins du film, il a dû transformer la maison du Commissaire, recouvrir de terre battue la rue de l’hôpital, faire bosser les tourneurs et fraiseurs du coin pour reconstituer des meubles, les peintres pour patiner une vieille maison, et faire profiter bars et hôtels des (larges) indemnités journalières allouées par la production. Et refourguer avant de partir, aussi intelligemment que possible, tous les matériels ayant servi à ses décors. Largement de quoi se faire interpeller à chaque coin de rue alors qu’il remet depuis la veille les pieds ici, pour vacances cette fois. Il me présente à Daniel, un expat’ Français - la cinquantaine passée - échoué ici depuis 7 ans, Hazziz – le gérant du café- qu’il a rebaptisé « Ministre de la culture » pour sa culture musicale et ses talents de photographe, et le vendeur de beignets à 2 DH chez qui il se rend tous les soirs à 17h. Je le quitte pour réserver au Suerte loca une planche pour le lendemain, avaler quelques sardines grillées … et le retrouver au coucher du soleil, aux beignets bien sûr. En ce soir de réveillon, j’ai prévu de faire … rien ! Je songe aux divers excès auxquels mes compatriotes doivent se livrer à l’heure qu’il est alors que je me couche avant l’heure fatidique. Ici, on est passés e l’an 1430 de l’hégire depuis 3 jours …

01/01/2009 du calendrier grégorien – Ma bonne intention du jour est de commencer l’année 2009 comme un sou neuf. Je porte au pressing les 2/3 de mes vêtements que des mini-lessives n’ont nettoyé qu’en surface, j’emmène mon unique paire de chaussures fermées au cordonnier pour recoller et recoudre une languette, je poste quelques photos-cartes e vœux et je pars me faire récurer moi-même dans les rouleaux de l’Atlantique. Deux heures de surf pour attraper passablement 2 vagues. Je me gèle dans ma combi shorty et suis incapable de manier la mini-Malibu louée. Les vagues sont nettement plus impressionnantes vues d’en bas que des terrasses de la Barandilla.. Même les mouettes me narguent : ce sont elles qui prennent les tubes. En rentrant, je croise Daniel avec lequel je partage quelques beignets. Yann a laissé un mot à l’hôtel et Saïd, l’employé de son hôtel, m’indique que je peux le retrouver chez Hazziz. Ke suis comme chez moi ! Je passe récupérer ma chaussure réparée (moins d’1 euro …) et mes vêtements comme neufs. Yann me raconte la « dark side of the moon » de Sidi-Ifni, celles de la corruption, des caïds de chaque quartier et des violentes répressions policières qui ont suivi les émeutes du 7 juin 2008 alors que les pêcheurs avaient bloqué le port pour réclamer l’implantation de conserveries sur place. La transition démocratique se fait au rythme toléré par Rabbat et les chérifs locaux …

02/01 – J’ai mis le réveil à 7h pour profiter de la marée basse pour rejoindre par la plage Legzira, un coin paradisiaque à 8 kms de là. Je traverse au soleil levant la ville qui se réveille doucement, j’avale un thé et un jus d’orange et me lance pour 3 heures d’une magnifique ballade entre falaises à cormorans et petites criques à pêcheurs. Impossible d’éteindre mon appareil photos plus de 5 minutes consécutives. Alors que je raconte à un vieil Anglais que je suis en train de m’éprendre pour Sidi-Ifni où je réside à l’hôtel depuis 5 jours, il me répond avec cet humour so british : »Falling in live with an hotel ? Uh … you should go to a doctor ! ». Je retrouve Yann sous une des 4 arches naturelles creusées dans la falaise par la mer. Daniel, venu là prendre un « nous-nous » (café crème), nous ramène et nous invite à prendre un café chez lui. Je passe un moment à regarder le soleil se coucher sur le port, au pied du phare. Séance photo de mode avec Mil, une fillette au chapeau au pied du phare. Je retrouve Yann aux beignets, accompagné d’un réalisateur de cinéma qui m’explique comment il va s’y prendre pour adapter à l’écran la vie de 3 anciens flics reconvertis. Puis on discute longuement. Du fait que notre mode de vie occidental nous interdit d’en vivre plusieurs … Des jolis mots qui lui viennent à propos de la notion de voyage alors que je lui demande ce qu’il a pensé de mon blog … Des bouquins de Paolo Coehlo … Du fait qu’en achetant notre liberté par des voyages, on réduit d’autant celle de ceux qu’on visite en leur faisant miroiter notre culture … Du hasard en voyages … Du truandage marocain qui s’apparente davantage à des petites arnaques dont on est en réalité complices … Histoires de …

3 janvier – Tout comme j’avais pris ma revanche sur le VTT dans le Dadès après une première occasion manquée, je suis bien décidé à repartir à l’assaut des rouleaux de la baie d’Ifni. Je n’avale qu’un jus d’orange, quelques pâtisseries et un thé pour être affuté comme un dieu sur ma planche. Un méga-logboard de 2,50 mètres en résine sur lequel est écrit « local hero », ce qui me donne du courage en enfilant une combi intégrale. Quand je parviens à passer la barre après avoir lutté contre les courants et m’être fait refoulé plusieurs fois, je n’ai déjà plus de forces. Peu importe. Le seul fait d’être là, assis sur l’eau, balancé par la houle, à observer les oiseaux longer la falaise d’Ifni, me suffit. Vous avez déjà remarqué que les mouettes n’arrêtent pas de regarder d’un côté et de l’autre en planant ? Quand je repars au combat, c’est mon leash qui me trahit : 4 fois il cède, 4 fois je suis obligé de regagner le rivage à la nage récupérer ma planche échouée sur le sable. Après 2 heures de combat acharné, m’être mangé le surf dans la mâchoire, et avoir réussi à le fendre (je peux ainsi rajouter un longboard à la liste des ustensiles sportifs esquintés par mes soins …), je rends les armes, épuisé mais heureux : j’ai réussi à prendre une belle vague. Au surf shop, je matte avec les employés un DVD de Gad El Maleh, le temps de retrouver l’énergie pour enlever ma combi. Puis il est temps de faire ma tournée d’adieux à cette envoûtante bourgade au charme aussi indescriptible que discret. Tel Ulysse obligé de s’enchaîner au mât pour résister au chant des sirènes, je me suis promis d’émigrer le lendemain, avant de succomber définitivement à la douceur et à la perfide nonchalance qui plonge les voyageurs s’attardant par ici dans une irrémédiable neurasthénie. Dernier thé sur la Barandilla, dernières oranges pressées à la terrasse du Miramar, dernières pâtisseries offertes aux 2 filles qui tiennent le chawarma face à l’ancien ciné et dernier coucher de soleil au pied du phare. Je me rends compte que je connais l’endroit où l’on sert le meilleur café de la ville, celui où l’on déguste le tajine au poisson le plus frais. Les horaires des marées comme celui des gauffres. Le jour du marché dans le village berbère le plus proche comme celui du couscous. La connexion internet la plus rapide comme le marchand de fruits le mieux achalandé. Ce soir, arrivé en descendant des collines où il est allé admirer le soleil plonger sur la ville, Yann me fait 3 beaux cadeaux de départ. Une clé USB de 4 Go bien pratique pour stocker mes photos. Une photo de Sidi Ifni prise par le photographe du tournage (Cf. photo ci-dessus). Et une séance de cinéma dans la plus belle salle de projection qui soit ici : le salon de la maisonnette qu’il a louée pour quelques jours. Deux matelas à même le sol, son ordi posé sur une table basse et une bougie entre nos deux couches. Into the wild nous plonge dans l’histoire (vraie) d’Alexandre Supervagabond qui a quitté famille et études pour trouver en Alaska un illusoire état de nature. Je ne partage pas l’avis liminaire de Lord Byron (« Je ne méprise pas les hommes mais je préfère la nature ») mais ce film sur un voyage absolu ne peut pas me laisser indifférent alors que je m’apprête à partir pour les immensités sahariennes de Mauritanie.
En voyage, paradoxalement, il n’y a que peu de hasards. Longue et belle route à toi, Yann le vagabond super. L’hotel est censé être fermé à mon retour mais l’employé a laissé sa fenêtre ouverte pour me faire comprendre qu’il est sorti. Message compris : il revient 10 minutes plus tard !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Magnifique post mon Guillaume!!!Continue de nous faire rêver! Merci!

Anonyme a dit…

Coucou Guillaume ! Voici cette petite surprise pour te remercier de ta carte postale et pour te dire que nous pensons bien à toi et nous te faisons de gros gros bisous !!!!! Tes cousines
A bientot
http://www.vimeo.com/2862185