04/01 - Sidi Ifni
Le patron de l'hotel m'invite à sa table pour petit-déjeuner. Vraiment tranquille cette "Ere nouvelle". 30 DH la nuit (moins de 3 euros). A ce prix, la douche (froide) est au-dessus des WC turques : mieux vaut ne pas échapper le savon, mais c'est l'occasion d'exaucer ce qui constitue le rêve de tout homme, à savoir pisser sous la douche sans la moindre mauvaise conscience. Je bouvle la boucle de mon séjour ici par une visite du souk, celui-là même où, dimanche dernier, j'avais allumé la mèche de cette lumineuse semaine. A la gare routière, je laisse mes affaires dans le coffre du taxi collectif pour Goulmime et file chez Daniel pour un dernier au revoir. Il m'ouvre en me disant "Ben justement, je pensais à toi" et m'offre le café, avant d'appeler le patron des taxis pour demander à ce qu'on vienne me chercher à sa porte. A Goulmime, second taxi collectif pour Laayoune. A 100 à l'heure sur la route côtière, sans plus se soucier de Mohamed VI (M6 pour les intimes), à l'arrière du taxi. Into the wild d'une ligne droite infinie. A gauche, le désert rocailleux. A droite, l'Océan. J'arrive à 20h à Laayoune, capitale administrative du Sahara occidental, peuplée de fonctionaires de l'ONU chargés d'organiser un référendum - qui ne se tendra probablement jamais - sur l'autodétermination de ce territoire tiraillé entre maroc, Mauritane et Algérie, et de veiller de loin sur les camps de réfugiés saraouis sous contrôle du Polisario. Dans un cyber, je lis un mail de Béatrice et Jérôme, les Français rencontrés dans le Dadès, qui m'invitent chez eux à Dakhla au lieu de traîner à Laayoune. A 23h, je suis dans le bus de nuit.
05/01 - Dakhla, bout du bout du monde
Dernière ville du sud Maroc, elle est construite tout au fond d'une presquîle de 40 kms de long pour 3 de large. D'un côté les eaus poissoneuses de l'Atlantique qui alimentent l'important port maritime en sarines, courbines et thons, de l'autre les eaux tranquilles de la lagune qui sont le paradis des touristes en camping-car et des kite-surfeurs. 2 minutes et 40 secondes. C'est le temps mis par le disque solaire pour être complet et réveiller doucement le centre de Dakhla, désertique quand je le parcours après avoir laissé mes baggages au café où j'ai pris mon petit-déjeuner et oùJérôme me retrouve. Au volant de son 4x4 de fonction, il me fait découvrir la ville version masculine : bouteille de gaz à remplacer, billet d'avion à réserver, sous à retirer. Après avoir posé mes affaires chez eux, rebelote en ville mais version Béatrice : courses au marché et biberon à la pharmacie pour leur petit Mattéo. Jérôme est un ingénieur mercenare : il vend sa matière grise, via une société de portage salarial imatriculée aux Iles Caïmans, à une société finlandaise qui construit des centrales électriques. Béatrice à mis de côté le temps d'allaiter Mattéo son job de responsable d'ONG exercé au Cambodge puis à La Réunion. Ils ont fait le choix de la vie de bohême d'expat'. Après la sieste, Béatrice m'emmène passer la fin d'après-midi au camp de kite surf où ils ont leurs habitudes. J'en profite pour raffler le dernier Houellebecq (une belle merde, NDLR) et vérifier que le soleil met aussi 2'40" pour disparaître à l'horizon. Dîner sympa dans un bouiboui du centre après le paséo.
06-01 - Après une bonne grasse mat', Jérômem'apprend à cuisiner des steaks de kefta et on part ensemble en 4x4 à la dune blanche, une magnifique dune posée au bord de la lagune où pataugent quelques flamants roses et où se dessine l'île du dragon. Sans pitié, je bats Béatrice au concours de saut en longueur du haut de la dune. Au retour, on se pause aux douches d'eau souffrée puis au bar d'un auberge de luxe pour savourer un thé à la menthe au coucher du soleil. L'heure du réveillon approche doucement. Eh oui : faute d'avoir fait ça les 24 ou 31 décembre, j'offre mon gueuleton ce soir. Au menu : pastis-pistaches (pire que le Nutella : impossible de s'arrêter) - huîtres de la lagune achetées au producteur en revenant de la dune blanche - langoustes âprement négociées à 11 euros le kg au marché (il a fallu l'intermède du vendeur de fruit pour appeler le poissonier dont l'emloyé refusait de négocier !)- petit Guerouane, vin blanc marocain - et mousse au chocolat. Avec les Têtes Raides, la Ruda et les Ogres de Barback en fond sonore, que du bonheur. Puis j'ai besoin de refaire mon gras du bide : ma vie d'ascète a fait fondre ma bedaine naissante et, à l'image d'Alexander Supertramp d'Into the wild, j'arrive au dernier cran de ma ceinture. Mais la vérité, d'abord inconsciente puis parfaitement assumée, explique le fait que j'ai passé presque 2 mois au Maroc alors que l'objectf initial du voyage était de découvrir l'Afrique de l'ouest. C'est que je sais très bien que je mange mon pain blanc avant d'attaquer l'Afrique noire. Demain, fini les fruits à gogo, les charmantes petites auberges avec eau et électricité courantes, finies les compagnies de bus à sièges inclinables ... "Tu es aux portes", m'avait dit Yann. Aux portes de l'Afrique, la noire, la vraie. De l'aventure, la vraie, dont le Maroc aura été un long et savoureux préliminaire. Alors que je m'endors, j'entends la voix du sorcier Solo Soro de l'émission de France Inter "L'Afrique enchantée" conclure le générique de son émission par un cri vaudou ...
07/01 - Jérôme me dépose au taxi en partant bosser. "Good for you !" : hier, on avait plaisanté sur cette formule (sortie par 2 Anglais que j'essayer de soudoyer pour me passer en Mauritanie avec eux) à mi-chemin entre "Je te souhaite vraiment plein de bonnes choses" et "Ouais, allez, bye, grand bien te fasse pov'type ..." 350 DH (33 euros) : c'est un peu chérot pour 450 kms (les 1000 précédents m'ont coûté le même prix) mais pas le choix pour rejoindre Nouakchott. J'ai négocié la place de devant et le faut de m'amener au camping du centre de la ville. A 10h, c'est reparti. Inutile de regarder le paysage, c'est excatement le même depuis 1000 bornes. Sacré bonhome, le chauffeur : ancien plongeur sous-marin spécialisé dans la pose des explosifs, il parle un français chatié. Plutôt que d'appeler "coups d'Etat" les prises de pouvoir par les chefs d'état-major successifs depuis quelques années en Mauritanie, il parle de "mouvements rectificatoires". Pour évoquer la longue vie des voitures en Afrique : "à chaque âge son sourire". Quand je m'étonne que la sienne continue à tourner alors que la clé n'est plus sur le contact : "en changeant de continent, les voitures changent de mode de fonctionnement, elles font comme les chameaux, elles s'adaptent au désert !". Ouais ... sauf qu'il a oublié de faire le plein au départ et flippe comme un malade avant d'arriver à la station, il perd le pot d'échappement peu avant la frontière, et il nous demande de pousser le soir à Nouahdibou pour qu'elle redémare. Je déteste le frontières, mais le passage de celle-ci bat tous les records. D'abord, attendre que les gendarmes Marocains aient fini la sieste. Ensuite, que la douane inspecte le véhicule. Largement le temps de faire connaissance avec Manon, qui fait une thèse sur les prisons en Afrique de l'Ouest ... à Sciences-Po Bordeaux. Il fait nuit quand on parvient au glauquissime no man's land entre les 2 postes frontière de chaque Etat. Les frontières en Afrique sont aussi peu nettes dans la réalité qu'elles sont rectilignes dans les Atlas. 3 kms de sable jonchés de vieilles carcasses, de déchets divers et de lascars pas nets qui s'adonnent à divers trafics ou monnayent au prix fort l'aide pour désensabler un malheureux touriste. Après le poste Mauritanien et encore 50 kms de route, il est 22h quand je débarque au camping de Nouadhibou. Bilan : 12 heures pour 450 kms. "En Europe, on a des montres, en Afrique, on a le temps" ...
(Photos sur http://picasaweb.google.com/madecguillaume/MarocDakhla)

4 commentaires:
"dernier cran de la ceinture"... au moment de passer la porte -telle un ruisseau - vers l'Afrique Noire et de laisser ton bonnet rouge sur une branche au Maroc en guide de repère, méfie-toi, qu'au moment de revenir, la porte - telle une rivière déchainée - soit toujours ouverte... et au moment où la frigale te frappe, évite les racines de plantes que tu ne connais pas!!
... et continue les belles rencontres, n'oublie pas le dernier souffle d'Alex Supertramp le Vagabond: "le bonheur ne vaut que s'il est partagé".
Guillaume, profite à fond mais surtout n'oublie pas de revenir. Depuis ton départ, Christian est un peu plus tendu que d'habitude, tu vois de quoi je veux parler ?
J'attends la suite avec impatience
Nathalie
superbes photos de l'Adrar mauritanien, à voir, à revoir... et rêver de ces endroits magiques qui ne nous appartiennent pas mais à qui on appartient ; la magie du désert ne s'explique pas.... le temps semble arrêté.... mais c'est faux alors, surtout, surtout, carpe diem !
Maguite,
Tu nous écris là un scénario.
Magnifique. Continue. Quelques belles minutes de lecture qui nous font voyager.
Et puis, va plus loin avec l'histoire de Manon. Je ne sais pas pourquoi mais je sens qu'elle a fini par dire Ma oui.
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