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vendredi 2 janvier 2009

Ménage à 3 dans l'Anti-Atlas




Marrakech - Taroudant - Tafraoute - Tiznit / Du 21 au 27 décembre 2008


A Marrakech, je réserve une chambre triple à deux pas de la Place Jema El'Fna et vais chercher Gaël & Sylvie à l'aéroport. Je sympathise à l'aller avec le chauffeur de bus, qui gagne 500 euros par mois, ce qui est un salaire honorable ici. Je me prépare à changer de rythme, à passer du mode "grand voyage solitaire" au mode "vacances entre potes". Même si la (relative) solitude me convient étonamment bien depuis 1 mois, celà fait plaisir de partager des moments avec des amis. Surtout quand ils ont envie de faire des trucs de routards, de louer une voiture et de partir vers le sud. C'est amusant de les voir s'émerveiller de tout : je me rends compte qu'après plus d'un mois ici, je me suis déjà habitué à pas mal de choses. On dîne parmi les dizaines de bouis-bouis fumants de la place mythique de Marrakech, entre groupes de musique sur ampli à piles et conteurs publics.

21/12 - Au réveil, on négocie la location d'une Logan Dacia à 25 euros/jour, on se promène dans un jardin public et cap sur les montagnes. Dans le village où on s'arrête pour déjeuner des brochettes au bord de la route, Sylvie s'exclame : "Oh, regardez la cigogne sur la cheminée là-bas !" Le serveur, qui a entendu, se permet : "Ce n'est pas une cheminée, madame, c'est le minaret de la mosquée ..." Enorme. Elle se traînera le coup de la cheminée tout le voyage. Sur la route du col du Tizi'n'Test, on croise une étrange réserve de chasse de mouflons tachetés. On passe la nuit à Tafinegoult, chez le tenancier de l'épicerie, après une partie de billard dans son bar non chauffé. Il nous montre comment il produit l'huile d'olive et celle d'argan, pendant que sa femme (il ne lui a pas trop laissé le choix, en fait) nous cuisine un délicieux taDjine (très important, le "d" dans taDjine, Gaël y tient beaucoup, il a même une théorie selon laquelle les Marocains qui abusent de ces plats en guise de téléphone deviennent maboules - Outre les taDjines, Gaël passe son temps à chercher des loukoums ... euh ... le Maroc n'est pas le Liban, gars).

22/12 - Sur la route de Taroudant, nous avons l'extrême honneur de rencontrer, trônant sur sa mobylette surannée, celui qui se présente comme "le responsable des forces auxiliaires du barrage d'Ouled-Teima" (!) qui nous explique le fonctionnement de son ouvrage. On s'éprend immédiatement de Taroudant : rien de fabuleux, mais tout le charme et la tranquilité d'une ville moyenne Marocaine. 2 souks, 2 places centrales, une Médina ceinturée de hauts remparts patinés, des pâtissiers et des coiffeurs à tous les coins de rue ... On descend dans un hôtel un peu miteux mais nos chambres surplombant la place centrale nous offrent l'agréable spectacle de son activité incessante. Dans la chambre d'à côté, celle de celui qu'on a surnommé "tournedos l'asticot", un touriste Français qui cherche des amis à tout prix (la première chose qu'il fait est d'installer des petites enceintes sur la fenêtre de sa chambre pour attirer son monde). Puisque je parle maintenant quelques mots d'arabe, que je suis là depuis plus d'un mois, que je n'ai personne à qui faire des papouilles, que j'aime conduire et que je suis le moins autiste du groupe, je suis désigné "guide" par mes 2 compagnons. N'étant pas un meneur spontané doté d'une légitimité charismatique naturelle, j'apprends ce rôle que je décide de prendre à coeur, ne serait-ce que par jeu, et pour combattre ma véléité latente. Rapidement, je me rends compte qu'il est inutile de demander leur avis quant à la direction ou à l'opportunité d'une halte (ça se traduit souvent par : "Ben on pourrait aller par là, mais j'en sais rien, moi, vous en pensez quoi vous 2 ?"). Autant décider tout seul sans concertation et se fier à l'instinct. Finalement, je suis assez d'accord avec mon ami Fred, selon lequel la "dictature éclairée" est le meilleur des régimes, et avec mon ami Bibi qui, quand il est pommé dans les rues de Bayonne pendant les fêtes alors qu'il amène 12 potes dans une super penia, me glisse doucement : "Bon Guillaume, là, j'suis complètement perdu mais fais comme moi, marche d'un pas assuré et ils ne remarqueront rien".

23/12 - En tant que guide, je décide de réveiller mes 2 loukoums à 10 heures, je leur donne 15 minutes pour être attablés sur la terrasse, le temps d'aller chercher pâtisseries et fruits au souk (que Gaël s'évertue à prononcer "zouk") et de nous faire monter une théière du bar situé au rez-de-chaussée de l'hôtel. On passe la journée à faire le tour de la ville sur ses majestueux remparts, d'où Gaël, à l'occasion d'un passage surplombant un magnifique riad de luxe, va fantasmer sur une créature de rêve qu'on appellera "Berbera". Affamés par cette longue journée de promenade, on dîne dans un snack : par gourmandise, on commande après notre taDjine un panini au poulet ... sa sauce jaunâtre y est certainement pour beaucoup dans le soudain accroissement de consommation de PQ des jours suivants.

24/12 : A la pause déjeuner d'Aït-Baha, après une traversée du "zouk" très viandeux, je déloge (vous devinez où et pourquoi) un chat en train de laper le fond des WC turques ... Plus nous avançons vers Tafraoute, plus la route devient superbe. Les arganiers laissent place aux cactus, les habitations deviennent de plus en plus clairsemées et les vallons se transforment en dômes rocailleux et rougeâtres. Je regrette de ne pas avoir emmené de lecteur MP3, j'aurais volontiers écouté "Nothing 'cept you" reprise par Sixteen Horsepower. Nous échouons à l'Hôtel Tafraoute dans la ville éponyme : 1 chambre triple où le plafond de ce qui a dû être une penderie sert de poubelle. Gaël apprécie : plus c'est pourri, plus il a l'impression que c'est authentique. C'est comme les villages en terre cuite, qui lui font dire "sont mignons les Noirs avec leurs maisons en bouse ..." On dîne chez Mouss Diouf un couscous végétalien en guise de réveillon de Noël : la sauce du panini n'est pas encore complètement extériorisée.

25/12 - Magnifique ballade au départ de Tafraoute au milieu d'un décor surnaturel d'énormes rochés de grès érodés par les vents, plus ou moins agrégés. Les autochtones (notamment ceux qui ont trop téléphoné avec leur taDjine) y imaginent le chapeau de napoléon ou une tête d'ours. Moi, j'imagine (Cf.photo) un vieil indien qui fume le calumet de la paix. Dans ce décor de western propice à la fantaisie, Gaël et Sylvie enregistrent un mini-film d'une tempête dans une palmeraie fait aux ombres chinoises (imaginez un peu ce que j'endure). Un vieux nous invite à boire dans un puits, un berger arrête sa mobylette pour nous accompagner jusqu'à un petit chemin qui nous mène dans un chouette village à la mosquée rouge, où le proprio d'une maison d'hôtes temple du kitsch nous offre le thé. Je ceuille quelques fleurs à l'aide de la macro de mon appareil photo, notamment celles d'amandiers, toutes blanches. On dîne des keftas, mais le jus d'avocat pris en accompagnement aurait pu suffire à nous rassasier.

26/12 - Après 3/4 d'heure d'une route qui s'achève par une sinueuse piste en ciment (nous avons tous prié très fort pour n'y croiser personne), on atterrit dans un village complètement perdu, visible de nulle part, qu'on ne découvre qu'au dernier moment. Mes 2 associaux d'accolytes élisent "Guili-guili" (me rappelle plus du vrai nom mais c'étaiut quelquechose comme ça) comme "village de rêve" et s'y inventent une vie dans laquelle ils seraint décorateurs de jardins, animateurs d'émission culinaire ou profs (Gaël : "tu veux que je sois prof de quoi ici ?", Sylvie : "ben de science politique, qu'est-ce-que tu sais faire d'autre ?" ...). L'ascension du Jbel Lekst nous change du décor de la veille : on est passés à de la moyenne voire haute montagne qui nous oblige à faire un peu d'alpinisme et pas mal d'orientation hasardeuse (le soi-disant plan du coin ressemble à un dépliant touristique grossier et les altitudes varient de 400 mètres entre le Routard, la carte Michelin et le plan local). On fait tout de même 800 mètres de dénivelé sur des petits sentiers keirnés pour atteindre fièrement notre but sous un vent à décorner les boeufs mais avec une vue splendide sur toutes les vallées environnantes baignées de la brume tombante.

27/12 - 3ème petit-déj' consécutif à L'étoile d'Agadir (on doit descendre 1 baguette chacun, 1 litre de miel, 1/2 d'huile d'olive et 2 pots de confiture à chaque fois). 3ème ballade dans le coin, 3ème ambiance : celle du jour commence à Aït Mansour à suivre l'oued qui serpente au milieu d'imposantes gorges rougeâtres. Au fond de celles-ci, des palmiers et des petits jardins qui longent de part et d'autre l'oued et ses canalisations d'irrigation. A peine quelques mètres plus haut, d'immenses étendues pentues sur lesquelle jamais une goutte d'eau ne semble avoir coulé. On quitte les bords de l'oued pour pique-niquer des sandwichs de kiri aux poivrons (merci Gaël) et on redescend 2 heures plus tard entre les cactus et une vipère dans une belle palmeraie. Sur la route de Tiznit, je m'amuse à prendre exactement la même photo que le matin-même : la luminosité a changé, le résultat n'a rien à voir. Les immenses steppes avant le col du Kerdous sont somptueuses. On se surprend à s'extasier devant un feu tricolore à l'entrée de Tiznit : ça fait une semaine qu'on en a pas croisé un seul (pas comme les éclairages publics dont ils raffolent par ici, surtout dans les zones non urbanisées, ce qui est du plus bizarre effet).

28/12 - Ballade matinale au pied des remparts de Tiznit après un petit-dèj’ au jus d’amande et aux crêpes d’huile d’olive ou de miel. L’arrivée à Mirleft nous fait l’effet d’un coup de massue. Au lieu du spot de surf dans un petit village de pêcheurs qu’on pensait y trouver, ce sont de grosses baraques devants lesquelles sont garées des Land Rover immatriculées 75 ou 92 qui s’étalent devant nous. On repart immédiatement, vers Sidi-Ifni … qui nous fait une première impression guère moins pire. Cette ancienne enclave restée espagnole jusqu’en 1969 est largement bétonnée et les immeubles coloniaux encore murés. La carte Michelin nous indique que c’est la fin de la route goudronnée qui longe la côte vers le sud et les petites collines derrière le littoral ne nous paraissent guère propices aux randos comme solution de repli. La déception se lit dans le silence qui accompagne toute l’aprèm’, passée à errer le long de la Barandilla (esplanade qui surplombe la plage) et à noyer notre hébêtement dans des sarines grillées accompagnées de plusieurs thés. On est coincés dans un cul-de-sac, pris au piége d’un littoral squatté par des camping-cars allemands équipés de panneaux solaires, d’un auvent plus grand que mon salon, et de guirlandes de Noël, venus chercher l’ailleurs et les grands espaces en se rangeant bien proprement les uns derrière les autres. Personne dans les rues, à part quelques jeunes qui distraient leur oisiveté sur des mobs en écoutant Bob Marley avec des marques de surf sur le dos, tristes avatars décolorés d’acculturation touristique illusoire. Le jour déclinant, on s’éloigne sans grande conviction du bord de mer, déboussolés et abbatus à l’idée de devoir rester dormir dans ce bled amorphe.
Je suis très très loin de me douter que je n'arriverai à le quitter qu'une semaine plus tard ...

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Yo MadMadec !!! et bonne année à toi !!!
Je viens de croiser Gael ce matin, à l'IEP, il faut qu'il te raconte la fin de leur voyage... EPIQUE !!! et bien moins "symphatique" que les vidéos du 25 décembre. Je ne t'en dis pas plus.
On t'embrasse bien fort (enfin surtout Marie...enfin pas trop quand même, oh !). Et avec Frankie "la boussole", on t'attend pour remettre le couvert des grosses bouffes du dimanche midi. On n'a trouvé personne pour te remplacer: soit ils n'ont pas assez de tunes, soit ils ont un trop petit appétit, soit ils ont des goûts de chiotte en pinard. Bref, on attend !
Ah, j'oubliais, ce truc c'est pour les comentaires. Euh... moi j'ai beaucoup aimé la performance du petit chien, dans la vidéo sur l'océan (à moitié) déchaîné. Très crédible, naturel. Bien, vraiment.

Allez, bise, l'animal !!!

Rod

Anonyme a dit…

euh..."commmmentaires", ok.

Anonyme (!)

Anonyme a dit…

Bonjour Guillaume c'est Dominique
C'est Hélène qui m'a donné cette adresse pour avoir de vos nouvelles
Ca fait plaisir de vous savoir bien portant. Vous semblez heureux de votre voyage et des rencontres que vous faites. Ca parait incroyable que des gens inconnus vous offrent une telle hospitalité
En tout cas profitez en bien et je continuerai à vous suivre à distance dans vos aventures si cela ne vous gêne pas. Ne vous inquiétez pas je n'ai pas diffusé cette adresse au bureau
Bien à vous

Anonyme a dit…

M.L souhaiterait connaitre la suite.. Mais pourquoi donc es tu resté 1 semaine dans ce bled amorphe??