On m'a appris à faire une transition entre deux grandes parties. Alors entre le Maroc et la Mauritanie, c'est une sacrée transition. D'abord, sans en faire le bilan, je dois dire que ce mois et demi au Maroc aura été une révélation. Pays aux multiples visages, au sens inné de l'accueil, avec des standards de conforts pour tous les budgets, je comprends qu'il soit une destination touristique prisée et que le Gouvernement Marocain mise beaucoup dessus. Je ne regrette pas un seul des 50 jours passés ici. Idéale étape entre l'Europe et l'Afrique de l'ouest.
8/01 - Nouadhibou
Je m'attendais à du changement, je suis servi. D'abord, la ville. Difficile d'imaginer que je me trouve dans la seconde ville et capitale économique du pays. Rares sont les bâtiments avec étage. Une seule route bien goudronnée. Ailleurs, des ruelles ensablées où jouent des gosses à demi nus. Brusque sentiment d'être arrivé sans transition en Afrique Noire, ce que les noms de famille sur les boutiques, à consonances Sénégalaises ou Maliennes, ne démentent pas. Pas un distributeur, pas une boutique moderne, pas un ciné. Manon m'avait prévenu : "A Nouadhibou, il n'y a rien. Nouakchott, c'est pareil, sauf qu'il y a le Centre Culturel Français". Même pas d'éclairage public, ça change du Maroc !
Ensuite, les habitants. Mon enfance sénégalaise ne m'a pas laissée de grand souvenir du Maure. Mes 48 heures à Nouadhibou non plus : leurs longs boubous Maures (ou Drâa) bleu pâle avancent lentement comme des ombres si bien que leurs épais chèches blancs semblent entourer des têtes de morts (Maures ?!...). Pas un regard, pas un sourire, pas une discussion : aucun doute, j'ai bien changé de pays ! A part quelques marchands, dont ceux avec qui j'échange au marché noir mes dirhams (au taux moyen de 29 UM - prononcez ouguias- pour 1 DH), les seules personnes avec qui j'échange (des mots, cette fois) sont : un restaurateur Sénégalais, un gardien d'auberge Guinéen et un serveur Burkinabé. Tous me parlent de la dureté des conditions de vie ici, de l'ambiance du pays natal qui leur manque et à demi-mots de la déférence dont font preuve les Mauritaniens à leur égard. Je passe ma journée à flâner dans les rues. Seuls la visite du petit marché et le resto méritent que je m'en souvienne : j'y retrouve les saveurs enfouies dans ma mémoire du pain de singe; des jujubs et du tiéboudienn Sénégalais. Je consacre ma soirée à chercher dans les 4 campings de la ville des touristes motorisés qui pourraient m'emmener avec eux visiter le Parc National du banc d'Arguin, une vaste réserve située sur le littoral entre Nouadhibou et Nouakchott où nichent des milliers d'oiseaux migrateurs et où les pêcheurs se servent des dauphins pour rabattre les poissons dans leurs filets. Peine perdue : la plupart ne sont là que pour traverser le plus vite possible le pays avant de rejoindre le Sénégal ou le Mali par la "Route de l'espoir". A ma déconvenue s'ajoute la confirmation d'une crainte entrevue à la lecture de mes Guides de voyage : le tourisme dans ce pays est l'apanage des Occidentaux en 4x4. On me demande d'ailleurs souvent où est garé le mien. La journée sert, finalement, à me faire comprendre que j'ai changé de conditions de voyage. L'aventure ne se présente pas spontanément à moi ? C'est donc moi qui me présenterait à elle. Quitte à la provoquer. Avec les dents s'il le faut. "Muscle ton jeu", disant Aimé Jacquet à Pirès ... En attendant, je décide de renoncer au Banc d'Arguin (les rencontres que je ferai par la suite me conforteront dans ce choix : le parc est très grand, il est difficile de s'y repérer et les oiseaux ne se laissent pas apercevoir comme ça) pour mettre le cap demain sur l'Adrar. Avec ses cités millénaires, les plus belles dunes du Sahara, espérons que j'y trouve des infrastructures adaptées à un backpacker. Las : un Anglais lui aussi en sac à dos me confie qu'il en revient juste après 3 belles mais longues semaines sur place. Faute de moyens de transport collectif, il a dû patienter à chaque étape 2-3 jours avant de rejoindre la suivante. C'est à ce moment que j'apprends l'histoire du fameux "Radeau de La Méduse" : La Méduse était un beau bateau qui navigait tout début XIXème vers le Sénégal ... et s'est échoué au large de Nouadhibou. D'un coup, je me prends pour un des passagers de son radeau de secours, échoué à mon tour dans cette ville inhospitalière. AAAAaaaaahhhhh !!!
12.767,36 Kms ...
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