23 janvier – Arrivée à N’Beika
Belle nuit de merde ! ça ne vaut peut-être pas celle de mai 2002 au Chili à 4300 m d’altitude au cours de laquelle j’avais souffert à la fois de mal d’altitude, du froid et du manque d’oxygène, mais ça s’en rapproche. Et là, pas d’infusion de feuille de coca. Seulement des sacs de ciment au milieu desquels je tente de me constituer un abri au vent qui s’est levé. En vain. J’ai beau avoir mis sur moi toutes mes couches possibles de vêtements et même mes sacs à dos sur moi, il y a toujours un courant d’air qui s’infiltre en bas du dos ou sur les chevilles. On s’est bien arrêté pour dîner et se reposer dans une cabane en bord de route, mais aucune idée du lieu ni de la durée. A 50 à l’heure sur la ligne droite, sans plus se soucier de Friends ou de langoustes, j’me vois me transformer en glaçon, à l’arrière d’un camion. Le pire, c’est qu’aux fréquents contrôles de police, je me cache comme un passager clandestin pour éviter d’être repéré et de devoir perdre du temps à montrer mes papiers, voire me faire réclamer un bakchich. Je passe la nuit à attendre le jour. Mais le jour, il fait nuit. Tempête de sable. On ne voit pas à 100m, le sable s’ajoute au ciment pour s’infiltrer sous mon chèche. Je parviens non sans mal à déplier ma carte Michelin : on n’est plus bien loin de N’Beika, ma destination finale. Un liseré vert sur ma carte indique qu’il s’agit d’une route pittoresque : il est vrai que le Tagant est, avec l’Adrar, la seule région où l’on observe un certain relief. Dans ce pays désespérément et platement désertique, 300m, c’est impressionnant. Quand je donnais à mes chameliers de l’Amatlich les altitudes des montagnes françaises, ils hallucinaient. Ils se demandaient même comment c’était possible qu’une montagne de sable atteigne 4800m, et comment des dromadaires pouvaient monter tout ça … On franchit en 1ère la passe d’Achtef. Le Routard indique que la vue d’en haut est à couper le souffle : c’est bien le cas, mais au sens propre, à cause du sable. Je suis débarqué comme un vulgaire sac de patates à la station service. Je remercie aussi vivement qu’ironiquement mon contact pour ce voyage inoubliable. Il est 13h dans ce village-rue où je me pose dans une salle qui fait office de gare routière, de resto et d’auberge. Je me servir des thés et tente de reprendre mes esprits. Qu’est-ce que je fous bien là ? Faut que je me calme et que je grignote 2-3 trucs, mais pas question de moisir ici. J’ai vu en passant une pancarte à l’entrée du village d’une auberge « Chez Maïté » : j’y vais, autant pour assouvir ma curiosité que pour me défouler. Bonne pioche. Maïté se révèle être Hussein, un ancien militaire barbu qui parle bien français et connaît parfaitement les environs. ça n’a d’auberge que le nom, vu que c’est la maison 2 pièces d’une famille très nombreuse mais ce sera toujours mieux qu’un camion de ciment, et surtout plus convivial. Les gamins m’apportent le thé puis un plat de riz. La sieste sur les coussins me fait un bien fou. En fin d’aprèm’, Hussein tient à m’amener voir la guelta (mare) à 1à Kms de là, au-dessus du village de Voumoulkouz. « Veut » car d’une part il n’y voit plus assez pour conduire (c’est donc son fils de 16 ans qui fait chauffeur !), et parce que d’autre part on tombe en panne d’essence au bout de 300 mètres. L’occasion de se faire inviter au thé dans le village en lisant Le Monde sur un sac de riz. On repart après 2 heures, mais sans regret : le site est vraiment très joli. On accède après une marche de 20 minutes à une grotte au pied d’une vasque surplombée d’une impressionnante falaise. On repart sous le regard d’un chacal et on regagne N’Beika sous le soleil qui baigne de ses dernières lueurs la vallée de la « Tamoult’N’Age » que je pars affronter en solitaire le lendemain. Car Hussein me l’a promis, je ne peux pas m’y perdre et les distances sont raisonnables. Il me dessine un rapide croquis avec un oued rectiligne, une dune à droite, une montagne au fond et les noms des 3 villages où me rendre. Adjugé : demain, je laisse mon gros sac ici et je pars pour 3 jours de marche visiter le coin : ça me fera les pieds.
24 janvier - Mechrah
Pas la peine de mettre mon réveil : la vie de la famille bourdonne autour de la pièce qui me sert de chambre mais qui fait habituellement office de salon, et cette vie s’y immisce de plus en plus fréquemment. Un gamin vient furtivement poser un pain à côté de mon oreiller, puis un autre vient me porter le premier verre de thé. OK, j’ai compris, je me lève. J’ai pas encore replié mon sac à viande que toute la marmaille (à moitié nue) est déjà là. J’ai vaguement cherché à reconstituer l’arbre généalogique de la famille mais je ne suis même pas sûr qu’Hussein lui-même sache qui est à qui : quand je lui ai demandé combien il avait d’enfants, il m’a répondu « à peu près 9 ». Il y a 2 femmes qui allaitent, ceux qui s’occupent des bébés ont à peine 7-8 ans, un gosse de 2 ans environ marche allègrement à 4 pattes sur le visage de son petit frère qui dort sur le sol à quelques centimètres du charbon de bois fumant, un autre frotte son nez plein de morve sur la couverture de mon Lonely Planet … Vers 10 heures, Hussein m’accompagne à l’oued, point de départ de mon treck et me confie à 2 femmes qui partent rejoindre leur khaïma à travers champs. Champs de culture de décrue : les céréales et niébés (haricots) poussent sur la terre craquelée qui était inondée lors de la dernière saison des pluies. Elles m’invitent à boire le thé sous leur tente maure. C’est toujours un plaisir de se déchausser puis de s’allonger sur les nattes en attendant les 3 verres de thé sous une légère brise qui soulève les tentures. Mais pas possible d’accepter la proposition qui m’est faite de déjeuner avec elles les niébés : j’ai à peine effectué 2 des 20 Kms prévus aujourd’hui. Je continue donc ma route en zigzagant gaiement entre parcelles cultivées, marigots et petits groupes de chèvres. J’ai sur moi mes 2 petits sacs à dos : 1 pour les vêtements l’autre pour l’eau et le peu de nourriture emportée (biscuits et dattes). Je traverse les 5 mètres d’oued sur un bac d’une dizaine de bidons noués ensemble que 3 gosses tirent d’une rive à l’autre à l’aide d’une corde. Plus j’avance et plus se font rares les cultures et les hommes. Bientôt, c’est au milieu d’épineux acacias que j’évolue, eux aussi de plus en plus rares. Vers 14h30, je m’arrête grignoter mes biscuits à l’ombre d’un grand arbre qui abritera également ma sieste. Je repars puis commence à me poser des questions quand au bout de 2 heures, je n’ai encore croisé âme qui vive. Plus une seule habitation, plus un seul champ. Et les arbres sont désormais trop épineux pour que j’y grimpe pour tenter d’apercevoir une dune ou une montagne qui m’aiderait à me repérer. C’est inquiétant comme dans ce genre de situation, on peut se comporter de façon irrationnelle. La logique aurait commandé que je fasse demi-tour ou que je mette cap à droite pour grimper sur la dune qui devait s’y trouver et me situer. Au lieu de cela, je continue tout droit dans la direction que je pense être la bonne. Foutue théorie de l’engagement. Là, j’avoue que la fatigue et la lassitude ont pris le pas sur le plaisir de la marche. Un berger m’indique enfin que je suis dans la bonne direction et la présence des chèvres est le signe qu’un village n’est pas loin. Il me faut quand même une bonne heure pour voir les premières cases et deux pour atteindre le centre du village de Mechrah. Après avoir tourné 2 épisodes de « Vis ma vie », je change d’émission pour improviser un épisode de « J’irai dormir chez vous ». C’est un lycéen de 20 ans, Sid Ahmed ould Ndiaye, croisé dans les ruelles sablonneuses du bled, qui m’accueille spontanément. Le zrig, le plat de pâtes puis le repos sous la khaïma furent tellement appréciés que j’accepte de faire ¾ d’heure de marche supplémentaire pour me rendre avec lui au mariage célébré à l’autre bout du village. Les festivités ont commencé hier et ne s’achèveront qu’après-demain. Un tir à la carabine déclenche à 22h les chants et les danses au son des perçus. Pas de quoi s’asseoir, manger ni boire, ni même s’éclairer. Simplement beaucoup de monde debout en cercle dans le sable qui applaudit en rythma les pas convulsés des rares danseurs qui s’aventurent au milieu. Tous les hommes (sauf moi) sont en boubou blanc. Devant la piste de danse, une khaïma à l’intérieur de laquelle sont assis, je l’imagine, les membres les plus proches des familles des mariés (que je n’ai même pas vu : lui est là mais elle n’y assiste pas). C’est assez spectaculaire mais un peu toujours pareil. Et assez fatigant de me retrouver encore debout dans le sable. Une fois parcourus les 3 Kms retour qui nous séparent de chez Sid Ahmed, j’estime à environ 30 le nombre de bornes avalées aujourd’hui. Bien content que mon hôte ait un petit matelas et même une couverture pour moi.
25 janvier - Ousseiniah
Comme d’hab’ dans ce pays, la première chose que je vois, que je sens et que j’entends en me levant, c’est le thé fumant. J’attends le 3ème pour m’extraire de mon sac à viande. Sid Ahmed me fait visiter les champs de culture autour du vaste lac qui borde le village. Ses abords sont magnifiques : des arbres majestueux, très verts, plongent leurs troncs tortueux dans une terre joliment craquelée. Une ambiance de sous-bois surprenante : pas d’ajoncs, pas d’herbes, seulement les rives du lac qui viennent lécher l’écorce. Il est temps de remercier chaleureusement mon logeur et de mettre le cap sur Ousseiniah. Le début est très agréable à flâner le long des jardins jusqu’à ce qu’un plateau m’incite à l’escalader pour en faire mon lieu de petit-déj’. Enfin une vision panoramique des alentours, qui confirme que le plan d’Hussein était bel et bien à considérer comme un croquis schématique. Pour aujourd’hui, ce croquis suffira : je m’enfonce dans une vallée d’environ 500 mètres de large. De mon promontoire, je distingue, au fond de la vallée sablonneuse tachetée d’acacias et de dromadaires, une tâche verte qui m’indique la destination à suivre. Je ne croiserai personne aujourd’hui si ce n’est quelques bergers dont un m’accompagne jusqu’à un arbre qui abrite ma sieste quotidienne après mes dattes quotidiennes. Se remettre à marcher seul sous le soleil au réveil demande une petite dose de courage. Je ne suis cependant plus bien loin de la tâche bleue-verte, mais j’opte pour le mauvais côté du lac : obligé de me frayer un passage entre roseaux, champs de niébés et bras du lac avant d’atteindre Ousseiniah. A l’heure de la sortie des classes : les élèves sont alignés dans la cour en train d’entonner l’hymne national en abaissant le drapeau mauritanien. Je me rapproche d’une nonchalance toute feinte : se faire accueillir par un instit’ est ce qui peut arriver de mieux ou en tout cas de plus sûr dans la brousse africaine. C’est souvent la personne la plus instruite et la plus francophone. A ce titre, sa fonction en fait un homme respecté, qui se fait un honneur d’accueillir les étrangers. Ce sont les 3 maîtres qui s’approchent de moi, évoquent en quelques mots d’un français trop châtié leur « mission pédagogique » » dans cet endroit où ils partagent une chambre dans laquelle ils m’invitent à prendre le thé, puis me doucher (au seau d’eau froide que des élèves sont allés chercher à dos d’âne à la source), à dîner puis à passer la nuit. De mémoire d’instit’, je suis le premier touriste à débarquer ici à pied.
26 janvier – Matmatah
Belle ballade matinale par le chemin qui serpente entre les palmiers à la source d’eau chaude qui surplombe le village et qui alimente le lac. Je quitte Ousseiniah vers 10h30 après que Yaya ait refusé les 1000 UM que je lui tends (« Je n’ai fais que mon devoir ») en les donnant au chauffeur de la voiture qui me dépose à l’embranchement de Matmatah. Je suis reposé, un léger voile de nuages tempère l’ardeur du soleil et une petite brise allège l’atmosphère. Quelques Kms plus tard, je remonte une vallée sablonneuse qui va en se rétrécissant. Des cuvettes d’eau apparaissent. Je viens d’arriver à Matmatah, lieu connu depuis Théodore Monod pour abriter des crocodiles préhistoriques, piégés là à l’époque de la désertification du Sahara. Je n’en vois pas mais j’entends des bruits bizarres pendant que je m’endors (d’un œil) en bas des gorges, après avoir partagé mes dernières dattes avec le berger qui m’avait accompagné depuis 1 heure pour me montrer le chemin. Se remettre à marcher seul, sous un ciel que les nuages et la brise ont quitté, avec plus rien à manger et presque plus rien à boire, en sachant qu’il reste environ 25 Kms d’ici N’Beika, demande une bonne dose d’inconscience. Je vise ce que je pense alors être la dune de départ, un point couleur sable à l’horizon. Je me surprends à marcher d’un rythme soutenu pendant plusieurs heures au milieu de vastes plaines d’euphorbe. Pas trop le choix, en même temps. Je m’écroule à la première khaïma venue. Cette fois, pas de chichi à faire semblant de refuser poliment l’hospitalité : j’avale d’un trait la calebasse de zrig et j’attends allongé sur les coussins les 3 verres de thé. J’aide le chef de famille à fixer sur son âne les bidons d’eau et je repars à ses côtés. Un peu plus loin, je me remplis, en bas d’un arbre, les poches de jujubes, ces petites boules acidulées que je dégustais à peu près à la même heure à la sortie de l’école franco-sénégalaise de Fann. il y a 20 ans. Les parcelles cultivées puis les bergers et enfin les khaïmas font leur apparition : ça y est, j’arrive à la maison. Mauvaise pioche : un gars m’informe que c’est Voumoulkouz dont je m’approche. N’Beika, c’est l’autre dune, l’autre vallée, de l’autre côté de l’oued. Parvenu en haut de la dune qui m’a induit en erreur, les couleurs sont splendides. La beauté de cette région du Tagant réside dans la diversité des
paysages : en quelques mètres, vous passez des champs de betteraves au bord de l’oued à la terre craquelée puis sablonneuse au pied d’un plateau en pierres de type volcanique. Mais je prends à peine le temps de photographier un berger au soleil couchant : j’ignore le temps de parcours restant et j’ai pas envie de rentrer à la lumière de ma frontale. Je presse le pas, mon sac à dos s’ouvre. Je réaliserai plus tard que mon sweat Guinness a dû choir quelques mètres en amont. Je saurai à mon retour si mes amis ouikenards ont lu mon blog, s’ils me ramènent de Dublin le 17 mars le même sweat de la boutique de l’aéroport. Je demande de l’eau à la première tente venue, mais même en y ajoutant un Micropur et en laissant reposer 1 heure dans la gourde, elle est toujours couleur marigot. C’est à la pénombre que j’atteins les jardins et c’est un titulaire de DEA d’organisation des entreprises reconverti en cultivateur de céréales (il n’avait pas de pistons) qui m’accompagne jusqu’au goudron. Ma joie de retrouver la maison d’Hussein est renforcée par la surprise de voir les enfants se jeter à mon cou comme si j’étais un oncle pas vu depuis longtemps. Je joue au foot avec eux derrière la maison puis on fait des bras de fer sur le sol du salon. 75 Kms à pied en 3 jours dans le désert du Tagant, en survivant grâce à l’hospitalité de ses habitants. ça, c’est fait ! Epuisé. Mais heureux
27 janvier – Tidjijka
Je retourne dans les jardins et les collines environnantes me balader 2 heures. Il faut se désintoxiquer en douceur. Après déjeuner, je reprends la route pour Tidjikja, à 3 heures de là, plein nord. A « La caravane du désert » sont descendus 6 Français et 4 Hongrois. Tous en 4x4. Les Hongrois participent au rallye Budapest-Bamako, ils en sont même les leaders actuels. Il n’y a d’ailleurs que cela qui les obnubile. Ils sont à 10.000 lieues de réaliser que leurs voitures détruisent l’herbe à chameaux ou que leur passage vide les stations services d’essence pour plusieurs jours. Et même qu’il existe d’autres religions dans le monde : ils proposent un verre d’alcool hongrois au gérant musulman de l’auberge. Les Français ne valent pas mieux : sur leur table trône sans pudeur pastis, vin rouge et whisky. Ils ont même emmené leurs crèmes Mont-Blanc. Et râlent parce que le service est un peu lent. J’ai honte d’être Européen.
28 janvier - Aleg
Pas très intéressante, Tidjikja. Je me promène dans les quelques rues ensablées du centre et dans la palmeraie mais rien de folichon. Il faut dire que je suis dans un coin du désert qui n’a pas eu la chance de figurer sur la carte des caravanes transsahariennes. Alors trouver une connexion internet ici, c’est chercher une épine d’acacia dans une botte d’herbe à chameaux. Faute de réseau filaire, je me retrouve, au bout d’une heure d’investigations qui me font rencontrer la moitié de la ville, dans le bureau du responsable de l’antenne régionale de Chinguitel, l’un des trois opérateurs mobiles du pays. Je sympathise avec lui, ce qui me vaut de me faire prêter son ordi pendant 2 bonnes heures, le seul ordi du coin à posséder une connexion par téléphone portable. On discute longuement de la situation politique de la Mauritanie, de l’économie locale et du non-décollage du tourisme ici. Moment cocasse quand il m’explique, alors qu’on nous sert le thé et que ça fait un long moment qu’il ne travaille plus vu que c’est moi qui ai son ordi, que les Mauritaniens sont des faignants et que la seule chose qui les intéresse, c’est d’avoir une bonne place dans un bureau pour boire le thé sans trop bosser … Plus rien à voir ici : je prends un taxi collectif pour Aleg, sentant l’appel du fleuve Sénégal où Alexis de Boghé peut m’héberger. J’ai rencontré Alexis la semaine dernière à Nouakchott au cours d’une soirée chez Aurélia et Linda, qui a également prévu de descendre ce week-end. Il est « minuit moins » (comprenez entre 23h31 et 23h59) quand le taxi s’immobilise dans la rue principale d’Aleg. C’est toujours très désarçonnant, un taximan Mauritanien : ça ne parle pas. Quand vous grimpez dans son véhicule, vous ne savez jamais si il part dans la foulée ou dans 2 heures, le temps d’avoir rempli sa voiture de clients, de faire le tour de la ville récupérer un canapé ou une chèvre pour la cousine et de trouver de l’essence de contrebande en bidons. Idem quand il s’arrête : soit c’est pour une pause prière de 5 minutes, soit pour un repos d’une heure. J’en ai pris mon parti : à chaque fois que je veux faire une certaine distance, je compte la journée. Un membre de la garde nationale qui s’ennuie au domicile du Gouverneur me sert de bodyguard, d’interprète et de guide alors que je suis parti chercher un lit pour la nuit mais les aubergistes sont trop gourmands. Pas question de surpayer un matelas pour quelques heures sous prétexte que je suis un touriste et qu’il est minuit. Je m’arrange donc avec un restaurateur du centre pour lui louer sa chambre 1500 UM la nuit (5 euros : c’est le prix que j’ai payé dans toutes les auberges du pays). Je retrouve mes collègues du taxi attablés autour d’un mouton grillé, la spécialité du coin qu’arborent tous les restos en pendant leurs carcasses devant leur établissement. Je songe aux 4 Français assassinés ici même il y a un an …
Belle nuit de merde ! ça ne vaut peut-être pas celle de mai 2002 au Chili à 4300 m d’altitude au cours de laquelle j’avais souffert à la fois de mal d’altitude, du froid et du manque d’oxygène, mais ça s’en rapproche. Et là, pas d’infusion de feuille de coca. Seulement des sacs de ciment au milieu desquels je tente de me constituer un abri au vent qui s’est levé. En vain. J’ai beau avoir mis sur moi toutes mes couches possibles de vêtements et même mes sacs à dos sur moi, il y a toujours un courant d’air qui s’infiltre en bas du dos ou sur les chevilles. On s’est bien arrêté pour dîner et se reposer dans une cabane en bord de route, mais aucune idée du lieu ni de la durée. A 50 à l’heure sur la ligne droite, sans plus se soucier de Friends ou de langoustes, j’me vois me transformer en glaçon, à l’arrière d’un camion. Le pire, c’est qu’aux fréquents contrôles de police, je me cache comme un passager clandestin pour éviter d’être repéré et de devoir perdre du temps à montrer mes papiers, voire me faire réclamer un bakchich. Je passe la nuit à attendre le jour. Mais le jour, il fait nuit. Tempête de sable. On ne voit pas à 100m, le sable s’ajoute au ciment pour s’infiltrer sous mon chèche. Je parviens non sans mal à déplier ma carte Michelin : on n’est plus bien loin de N’Beika, ma destination finale. Un liseré vert sur ma carte indique qu’il s’agit d’une route pittoresque : il est vrai que le Tagant est, avec l’Adrar, la seule région où l’on observe un certain relief. Dans ce pays désespérément et platement désertique, 300m, c’est impressionnant. Quand je donnais à mes chameliers de l’Amatlich les altitudes des montagnes françaises, ils hallucinaient. Ils se demandaient même comment c’était possible qu’une montagne de sable atteigne 4800m, et comment des dromadaires pouvaient monter tout ça … On franchit en 1ère la passe d’Achtef. Le Routard indique que la vue d’en haut est à couper le souffle : c’est bien le cas, mais au sens propre, à cause du sable. Je suis débarqué comme un vulgaire sac de patates à la station service. Je remercie aussi vivement qu’ironiquement mon contact pour ce voyage inoubliable. Il est 13h dans ce village-rue où je me pose dans une salle qui fait office de gare routière, de resto et d’auberge. Je me servir des thés et tente de reprendre mes esprits. Qu’est-ce que je fous bien là ? Faut que je me calme et que je grignote 2-3 trucs, mais pas question de moisir ici. J’ai vu en passant une pancarte à l’entrée du village d’une auberge « Chez Maïté » : j’y vais, autant pour assouvir ma curiosité que pour me défouler. Bonne pioche. Maïté se révèle être Hussein, un ancien militaire barbu qui parle bien français et connaît parfaitement les environs. ça n’a d’auberge que le nom, vu que c’est la maison 2 pièces d’une famille très nombreuse mais ce sera toujours mieux qu’un camion de ciment, et surtout plus convivial. Les gamins m’apportent le thé puis un plat de riz. La sieste sur les coussins me fait un bien fou. En fin d’aprèm’, Hussein tient à m’amener voir la guelta (mare) à 1à Kms de là, au-dessus du village de Voumoulkouz. « Veut » car d’une part il n’y voit plus assez pour conduire (c’est donc son fils de 16 ans qui fait chauffeur !), et parce que d’autre part on tombe en panne d’essence au bout de 300 mètres. L’occasion de se faire inviter au thé dans le village en lisant Le Monde sur un sac de riz. On repart après 2 heures, mais sans regret : le site est vraiment très joli. On accède après une marche de 20 minutes à une grotte au pied d’une vasque surplombée d’une impressionnante falaise. On repart sous le regard d’un chacal et on regagne N’Beika sous le soleil qui baigne de ses dernières lueurs la vallée de la « Tamoult’N’Age » que je pars affronter en solitaire le lendemain. Car Hussein me l’a promis, je ne peux pas m’y perdre et les distances sont raisonnables. Il me dessine un rapide croquis avec un oued rectiligne, une dune à droite, une montagne au fond et les noms des 3 villages où me rendre. Adjugé : demain, je laisse mon gros sac ici et je pars pour 3 jours de marche visiter le coin : ça me fera les pieds.
24 janvier - Mechrah
Pas la peine de mettre mon réveil : la vie de la famille bourdonne autour de la pièce qui me sert de chambre mais qui fait habituellement office de salon, et cette vie s’y immisce de plus en plus fréquemment. Un gamin vient furtivement poser un pain à côté de mon oreiller, puis un autre vient me porter le premier verre de thé. OK, j’ai compris, je me lève. J’ai pas encore replié mon sac à viande que toute la marmaille (à moitié nue) est déjà là. J’ai vaguement cherché à reconstituer l’arbre généalogique de la famille mais je ne suis même pas sûr qu’Hussein lui-même sache qui est à qui : quand je lui ai demandé combien il avait d’enfants, il m’a répondu « à peu près 9 ». Il y a 2 femmes qui allaitent, ceux qui s’occupent des bébés ont à peine 7-8 ans, un gosse de 2 ans environ marche allègrement à 4 pattes sur le visage de son petit frère qui dort sur le sol à quelques centimètres du charbon de bois fumant, un autre frotte son nez plein de morve sur la couverture de mon Lonely Planet … Vers 10 heures, Hussein m’accompagne à l’oued, point de départ de mon treck et me confie à 2 femmes qui partent rejoindre leur khaïma à travers champs. Champs de culture de décrue : les céréales et niébés (haricots) poussent sur la terre craquelée qui était inondée lors de la dernière saison des pluies. Elles m’invitent à boire le thé sous leur tente maure. C’est toujours un plaisir de se déchausser puis de s’allonger sur les nattes en attendant les 3 verres de thé sous une légère brise qui soulève les tentures. Mais pas possible d’accepter la proposition qui m’est faite de déjeuner avec elles les niébés : j’ai à peine effectué 2 des 20 Kms prévus aujourd’hui. Je continue donc ma route en zigzagant gaiement entre parcelles cultivées, marigots et petits groupes de chèvres. J’ai sur moi mes 2 petits sacs à dos : 1 pour les vêtements l’autre pour l’eau et le peu de nourriture emportée (biscuits et dattes). Je traverse les 5 mètres d’oued sur un bac d’une dizaine de bidons noués ensemble que 3 gosses tirent d’une rive à l’autre à l’aide d’une corde. Plus j’avance et plus se font rares les cultures et les hommes. Bientôt, c’est au milieu d’épineux acacias que j’évolue, eux aussi de plus en plus rares. Vers 14h30, je m’arrête grignoter mes biscuits à l’ombre d’un grand arbre qui abritera également ma sieste. Je repars puis commence à me poser des questions quand au bout de 2 heures, je n’ai encore croisé âme qui vive. Plus une seule habitation, plus un seul champ. Et les arbres sont désormais trop épineux pour que j’y grimpe pour tenter d’apercevoir une dune ou une montagne qui m’aiderait à me repérer. C’est inquiétant comme dans ce genre de situation, on peut se comporter de façon irrationnelle. La logique aurait commandé que je fasse demi-tour ou que je mette cap à droite pour grimper sur la dune qui devait s’y trouver et me situer. Au lieu de cela, je continue tout droit dans la direction que je pense être la bonne. Foutue théorie de l’engagement. Là, j’avoue que la fatigue et la lassitude ont pris le pas sur le plaisir de la marche. Un berger m’indique enfin que je suis dans la bonne direction et la présence des chèvres est le signe qu’un village n’est pas loin. Il me faut quand même une bonne heure pour voir les premières cases et deux pour atteindre le centre du village de Mechrah. Après avoir tourné 2 épisodes de « Vis ma vie », je change d’émission pour improviser un épisode de « J’irai dormir chez vous ». C’est un lycéen de 20 ans, Sid Ahmed ould Ndiaye, croisé dans les ruelles sablonneuses du bled, qui m’accueille spontanément. Le zrig, le plat de pâtes puis le repos sous la khaïma furent tellement appréciés que j’accepte de faire ¾ d’heure de marche supplémentaire pour me rendre avec lui au mariage célébré à l’autre bout du village. Les festivités ont commencé hier et ne s’achèveront qu’après-demain. Un tir à la carabine déclenche à 22h les chants et les danses au son des perçus. Pas de quoi s’asseoir, manger ni boire, ni même s’éclairer. Simplement beaucoup de monde debout en cercle dans le sable qui applaudit en rythma les pas convulsés des rares danseurs qui s’aventurent au milieu. Tous les hommes (sauf moi) sont en boubou blanc. Devant la piste de danse, une khaïma à l’intérieur de laquelle sont assis, je l’imagine, les membres les plus proches des familles des mariés (que je n’ai même pas vu : lui est là mais elle n’y assiste pas). C’est assez spectaculaire mais un peu toujours pareil. Et assez fatigant de me retrouver encore debout dans le sable. Une fois parcourus les 3 Kms retour qui nous séparent de chez Sid Ahmed, j’estime à environ 30 le nombre de bornes avalées aujourd’hui. Bien content que mon hôte ait un petit matelas et même une couverture pour moi.
25 janvier - Ousseiniah
Comme d’hab’ dans ce pays, la première chose que je vois, que je sens et que j’entends en me levant, c’est le thé fumant. J’attends le 3ème pour m’extraire de mon sac à viande. Sid Ahmed me fait visiter les champs de culture autour du vaste lac qui borde le village. Ses abords sont magnifiques : des arbres majestueux, très verts, plongent leurs troncs tortueux dans une terre joliment craquelée. Une ambiance de sous-bois surprenante : pas d’ajoncs, pas d’herbes, seulement les rives du lac qui viennent lécher l’écorce. Il est temps de remercier chaleureusement mon logeur et de mettre le cap sur Ousseiniah. Le début est très agréable à flâner le long des jardins jusqu’à ce qu’un plateau m’incite à l’escalader pour en faire mon lieu de petit-déj’. Enfin une vision panoramique des alentours, qui confirme que le plan d’Hussein était bel et bien à considérer comme un croquis schématique. Pour aujourd’hui, ce croquis suffira : je m’enfonce dans une vallée d’environ 500 mètres de large. De mon promontoire, je distingue, au fond de la vallée sablonneuse tachetée d’acacias et de dromadaires, une tâche verte qui m’indique la destination à suivre. Je ne croiserai personne aujourd’hui si ce n’est quelques bergers dont un m’accompagne jusqu’à un arbre qui abrite ma sieste quotidienne après mes dattes quotidiennes. Se remettre à marcher seul sous le soleil au réveil demande une petite dose de courage. Je ne suis cependant plus bien loin de la tâche bleue-verte, mais j’opte pour le mauvais côté du lac : obligé de me frayer un passage entre roseaux, champs de niébés et bras du lac avant d’atteindre Ousseiniah. A l’heure de la sortie des classes : les élèves sont alignés dans la cour en train d’entonner l’hymne national en abaissant le drapeau mauritanien. Je me rapproche d’une nonchalance toute feinte : se faire accueillir par un instit’ est ce qui peut arriver de mieux ou en tout cas de plus sûr dans la brousse africaine. C’est souvent la personne la plus instruite et la plus francophone. A ce titre, sa fonction en fait un homme respecté, qui se fait un honneur d’accueillir les étrangers. Ce sont les 3 maîtres qui s’approchent de moi, évoquent en quelques mots d’un français trop châtié leur « mission pédagogique » » dans cet endroit où ils partagent une chambre dans laquelle ils m’invitent à prendre le thé, puis me doucher (au seau d’eau froide que des élèves sont allés chercher à dos d’âne à la source), à dîner puis à passer la nuit. De mémoire d’instit’, je suis le premier touriste à débarquer ici à pied.
26 janvier – Matmatah
Belle ballade matinale par le chemin qui serpente entre les palmiers à la source d’eau chaude qui surplombe le village et qui alimente le lac. Je quitte Ousseiniah vers 10h30 après que Yaya ait refusé les 1000 UM que je lui tends (« Je n’ai fais que mon devoir ») en les donnant au chauffeur de la voiture qui me dépose à l’embranchement de Matmatah. Je suis reposé, un léger voile de nuages tempère l’ardeur du soleil et une petite brise allège l’atmosphère. Quelques Kms plus tard, je remonte une vallée sablonneuse qui va en se rétrécissant. Des cuvettes d’eau apparaissent. Je viens d’arriver à Matmatah, lieu connu depuis Théodore Monod pour abriter des crocodiles préhistoriques, piégés là à l’époque de la désertification du Sahara. Je n’en vois pas mais j’entends des bruits bizarres pendant que je m’endors (d’un œil) en bas des gorges, après avoir partagé mes dernières dattes avec le berger qui m’avait accompagné depuis 1 heure pour me montrer le chemin. Se remettre à marcher seul, sous un ciel que les nuages et la brise ont quitté, avec plus rien à manger et presque plus rien à boire, en sachant qu’il reste environ 25 Kms d’ici N’Beika, demande une bonne dose d’inconscience. Je vise ce que je pense alors être la dune de départ, un point couleur sable à l’horizon. Je me surprends à marcher d’un rythme soutenu pendant plusieurs heures au milieu de vastes plaines d’euphorbe. Pas trop le choix, en même temps. Je m’écroule à la première khaïma venue. Cette fois, pas de chichi à faire semblant de refuser poliment l’hospitalité : j’avale d’un trait la calebasse de zrig et j’attends allongé sur les coussins les 3 verres de thé. J’aide le chef de famille à fixer sur son âne les bidons d’eau et je repars à ses côtés. Un peu plus loin, je me remplis, en bas d’un arbre, les poches de jujubes, ces petites boules acidulées que je dégustais à peu près à la même heure à la sortie de l’école franco-sénégalaise de Fann. il y a 20 ans. Les parcelles cultivées puis les bergers et enfin les khaïmas font leur apparition : ça y est, j’arrive à la maison. Mauvaise pioche : un gars m’informe que c’est Voumoulkouz dont je m’approche. N’Beika, c’est l’autre dune, l’autre vallée, de l’autre côté de l’oued. Parvenu en haut de la dune qui m’a induit en erreur, les couleurs sont splendides. La beauté de cette région du Tagant réside dans la diversité des
paysages : en quelques mètres, vous passez des champs de betteraves au bord de l’oued à la terre craquelée puis sablonneuse au pied d’un plateau en pierres de type volcanique. Mais je prends à peine le temps de photographier un berger au soleil couchant : j’ignore le temps de parcours restant et j’ai pas envie de rentrer à la lumière de ma frontale. Je presse le pas, mon sac à dos s’ouvre. Je réaliserai plus tard que mon sweat Guinness a dû choir quelques mètres en amont. Je saurai à mon retour si mes amis ouikenards ont lu mon blog, s’ils me ramènent de Dublin le 17 mars le même sweat de la boutique de l’aéroport. Je demande de l’eau à la première tente venue, mais même en y ajoutant un Micropur et en laissant reposer 1 heure dans la gourde, elle est toujours couleur marigot. C’est à la pénombre que j’atteins les jardins et c’est un titulaire de DEA d’organisation des entreprises reconverti en cultivateur de céréales (il n’avait pas de pistons) qui m’accompagne jusqu’au goudron. Ma joie de retrouver la maison d’Hussein est renforcée par la surprise de voir les enfants se jeter à mon cou comme si j’étais un oncle pas vu depuis longtemps. Je joue au foot avec eux derrière la maison puis on fait des bras de fer sur le sol du salon. 75 Kms à pied en 3 jours dans le désert du Tagant, en survivant grâce à l’hospitalité de ses habitants. ça, c’est fait ! Epuisé. Mais heureux
27 janvier – Tidjijka
Je retourne dans les jardins et les collines environnantes me balader 2 heures. Il faut se désintoxiquer en douceur. Après déjeuner, je reprends la route pour Tidjikja, à 3 heures de là, plein nord. A « La caravane du désert » sont descendus 6 Français et 4 Hongrois. Tous en 4x4. Les Hongrois participent au rallye Budapest-Bamako, ils en sont même les leaders actuels. Il n’y a d’ailleurs que cela qui les obnubile. Ils sont à 10.000 lieues de réaliser que leurs voitures détruisent l’herbe à chameaux ou que leur passage vide les stations services d’essence pour plusieurs jours. Et même qu’il existe d’autres religions dans le monde : ils proposent un verre d’alcool hongrois au gérant musulman de l’auberge. Les Français ne valent pas mieux : sur leur table trône sans pudeur pastis, vin rouge et whisky. Ils ont même emmené leurs crèmes Mont-Blanc. Et râlent parce que le service est un peu lent. J’ai honte d’être Européen.
28 janvier - Aleg
Pas très intéressante, Tidjikja. Je me promène dans les quelques rues ensablées du centre et dans la palmeraie mais rien de folichon. Il faut dire que je suis dans un coin du désert qui n’a pas eu la chance de figurer sur la carte des caravanes transsahariennes. Alors trouver une connexion internet ici, c’est chercher une épine d’acacia dans une botte d’herbe à chameaux. Faute de réseau filaire, je me retrouve, au bout d’une heure d’investigations qui me font rencontrer la moitié de la ville, dans le bureau du responsable de l’antenne régionale de Chinguitel, l’un des trois opérateurs mobiles du pays. Je sympathise avec lui, ce qui me vaut de me faire prêter son ordi pendant 2 bonnes heures, le seul ordi du coin à posséder une connexion par téléphone portable. On discute longuement de la situation politique de la Mauritanie, de l’économie locale et du non-décollage du tourisme ici. Moment cocasse quand il m’explique, alors qu’on nous sert le thé et que ça fait un long moment qu’il ne travaille plus vu que c’est moi qui ai son ordi, que les Mauritaniens sont des faignants et que la seule chose qui les intéresse, c’est d’avoir une bonne place dans un bureau pour boire le thé sans trop bosser … Plus rien à voir ici : je prends un taxi collectif pour Aleg, sentant l’appel du fleuve Sénégal où Alexis de Boghé peut m’héberger. J’ai rencontré Alexis la semaine dernière à Nouakchott au cours d’une soirée chez Aurélia et Linda, qui a également prévu de descendre ce week-end. Il est « minuit moins » (comprenez entre 23h31 et 23h59) quand le taxi s’immobilise dans la rue principale d’Aleg. C’est toujours très désarçonnant, un taximan Mauritanien : ça ne parle pas. Quand vous grimpez dans son véhicule, vous ne savez jamais si il part dans la foulée ou dans 2 heures, le temps d’avoir rempli sa voiture de clients, de faire le tour de la ville récupérer un canapé ou une chèvre pour la cousine et de trouver de l’essence de contrebande en bidons. Idem quand il s’arrête : soit c’est pour une pause prière de 5 minutes, soit pour un repos d’une heure. J’en ai pris mon parti : à chaque fois que je veux faire une certaine distance, je compte la journée. Un membre de la garde nationale qui s’ennuie au domicile du Gouverneur me sert de bodyguard, d’interprète et de guide alors que je suis parti chercher un lit pour la nuit mais les aubergistes sont trop gourmands. Pas question de surpayer un matelas pour quelques heures sous prétexte que je suis un touriste et qu’il est minuit. Je m’arrange donc avec un restaurateur du centre pour lui louer sa chambre 1500 UM la nuit (5 euros : c’est le prix que j’ai payé dans toutes les auberges du pays). Je retrouve mes collègues du taxi attablés autour d’un mouton grillé, la spécialité du coin qu’arborent tous les restos en pendant leurs carcasses devant leur établissement. Je songe aux 4 Français assassinés ici même il y a un an …

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