12.767,36 Kms ...


Afficher Une année sympathique sur une carte plus grande

samedi 7 mars 2009

Casamance


24 février - Quelque part dans l'Atlantique

Départ de Dakar au coucher de soleil sur le "Aline Sittoe Diatta", un bateau tout neuf où la sécurité est omniprésente après le drame de son prédécesseur, le Djoliba à bord duquel périrent 2.000 personnes. Film à bord sur la sécurité : en français, anglais, wolof, diolla, mandingue et pulaar ! Amusantes instructions : interdit de faire ses ablutions de pied dans les lavabos, de piquer les serviettes, de jeter ses déchets à la mer, de faire ses prières ailleurs que dans les espaces spécialement aménagés à cet effet.
L'approche de Ziguinchor permet de contempler l'embouchure du fleuve Casamance qui est en réalité un vaste bras de mer qui s'enfonce dnas les terres en de nombreux bolongs à l'instar du Siné-Saloum. Mon voisin de fauteuil, Oumar Ly surnommé "taf taf" m'invite à dormir chez lui à Ziguinchor le 25 février. Il partage avec des collègues une maison le temps d'un chantier de pavage des rues de la capitale de Casamance.

Cap Skirring au Festival de Diembéring et au Bakine du 26 février au 1er mars.

Lundi 2 mars

Dernier footing sur la plage de l'Atlantique avant un bail. Comme les jours précédents, j'y accède par un grand hôtel qui jouxte le Club Med. C'est pratique d'être Blanc ici : tu peux rentrer n'importe où ... J'en profite bien vu que je laisse mes affaires dans l'auberge des British et m'y douche avant de rejoindre la mienne, qui n'a même pas d'eau courante. Je cours dans le sable jusqu'à la frontière avec la Guinée Bissau, que je pense avoir franchie. J'imagine même pas si j'étais tombé sur un gendarme Guinéen : 1- Je suis en maillot de bains; 2 - Je suis déjà en situation irrégulière au Sénégal; 3 - Cette frontière fait l'objet d'un différent diplomatique entre les deux Etats; 4- C'est là que se réfugient les rebelles Casamançais. En rentrant, j'apprendrai que le Chef d'Etat-major et le Président de ce pays viennent de se faire liquider ...
Anne-Marie, la boutiquière-restauratrice d'en face du Bakine me propose pour déjeuner porc-épic, chacal ou biche. Je récupère mon pantacourt chez la voisine à qui je l'avais laissé pour le nettoyer, et mon pantalon en bogolan confié à la bonne du campement pour qu'elle m'y couse une poche intérieure. C'est l'avantage de rester plusieurs jours au même endroit.
Départ pour Oussouye en stop. En sortant du campement villageois où je viens d'y déposer mes baggages, je me fais inviter dans une boutique à finir un plat de riz en sauce. Amadou Hampâté Ba a écrit qu' "En Afrique, on ne compte pas la nourriture". ça peut paraître paradoxal pour un continent où on continue à mourir de faim. Mais c'est vrai. En gros, chaque femme prépare à chaque repas un grand plat. Tous ceux qui passent à proximité de ce plat aux heures de manger peuvent s'y servir.

Mardi 3 mars

Premier lever grâce au réveil de ma montre depuis belle lurette. Comme dans l'Atlas, je rassemble le minimum vital dans mon petit sac à dos pour une rando de 2 jours à VTT.
Grâce à une photocopie N&B de la région, je pars à la découverte du chapelet de petits villages que recèle la Basse-Casamance. Tout simplement grandiose. Quasiment pas de goudron : soit de larges pistes en latérite rouge, soit de minuscules chemins de bergers légèrement ensablés mais praticables. Aucune clôture : le droit de propriété est relatif, ce sont des concessions familiales accordées selon le droit coutumier par le chef du village. Très pratique pour déambuler entre les maisons en pisé en distribuant des "Kassoumaye kep" ("bonjour" en diola) aux villageois. Je suis impressionné par la végétation : très dense, mais surtout peuplée d'arbres gigantesques. Les palmiers se prennent pour des girafes, les baobabs pour des éléphants, tandis que fromagers et flamboyants sont encore plus majestueux qu'ailleurs. La Casamance est bien équipée : il y a des écoles bien tenues à peu près dans chaque village, des puits nombreux et des poteaux d'éclairage public qui sont reliés chacun à un panneau solaire. Équipements financés par l'Union Européenne, l'UNESCO ou telle ONG française. De temps à autre, j'approche un secteur déforesté pour la pratique de la riziculture, ou je longe un bolong, ces bras de mer où pousse la mangrove, un éco-système très particulier. Peuplé de palétuviers, arbres capables de pousser dans l'eau salée et adaptés aux marées avec leurs racines aériennes. Peuplée de crabes violonistes (une pince rouge aussi grande que le reste du corps), de crocodiles et de très nombreux ioseaux (hérons, sternes, aigrettes). Je me perds (sciemment) sur des chemins minuscules qui s'enfoncent dans la forêt et fais la rencontre avec l'autochtone. Le sauvage, quoi. Un couple de pygmées. Ou plutôt de palmés : elle est en train de fabriquer de l'huile de palme et lui, du vin de palme. Ils ont dû bien étudié la théorie des avantages comparatifs. Le gars est pieds et torse nus, juste vêtu d'un short. Il m'invite dans sa cabane (un truc minuscule avec juste quelques feuilles de palmier qui font office de murs)pour gouter sa production. Comme je ne sais pas comment lui dire que je préfèrerais un Pessac-Léognan 1998, j'en bois 2 gorgées par politesse. Plus loin, je croise Ousmane qui, après 4 ans d'immigré clandestin à Paris, a préféré rentrer au pays produire du vin de palme ... Vers 13h30, j'achète des cacahuètes grillées et des tomates à une femme au bord de la route. A 14h, je prends une boîte de sardines à la boutique de Diakène Diolla que je mélange avec le riz que m'offre l'instituteur du village et qu'on déjeune ensemble. J'arrive à 16h30 à Diakène Ouolof. Le piroguier me fait traverser pour rejoindre le campement de l'île d'Egueye. Là, c'est pas compliqué : c'est la seule construction de l'île et j'en suis le seul client. "Notre paradis caché", m'avait-on dit à Casamance VTT quand j'avais demandé comment était ce campement que le gérant de l'auberge de Mar Lodj m'avait conseillé. En effet. Je nage pendant 1/2 heure autour de l'île. Après, je déguste les huîtres de palétuviers cuites au feu de bois. Robinson Crusoë, version luxe. Discussion avec le gardien : "C'est bien la France, non ? Quand j'entends les nouvelles sur RFI, ils ne parlent jamais de coups d'Etat en France ?"


Mercredi 4 mars -

Réveil à 7h50. Luminosité superbe. Ce n'est pas la première fois du voyage que je suis ébloui par la clareté de l'aube : pendant quelques minutes, avant que le soleil n'écrase tout, les éléments paraissent plus beaux, plus nets, plus en harmonie. Le soleil vient lui aussi de se lever et dissippe les derniers bancs de brouillard qui font la grasse mat' entre les palétuviers. Pas un bruit, si ce n'est celui des nombreux oiseaux multicolores. Alors que je m'approche de la table en bois où est dressé mon petit-déj', El Hadj le gérant me fait signe de presser le pas, le doigt pointé sur l'eau : 5 dauphins remontent tranquillement le bolong devant nous. Majestueux. Je regrette juste de n'être pas encore réveillé. Comme quand j'avais plongé à quelques centimètres d'un énorme requin-baleine en me rendant de bonne heure sur un spot de plongée à Tofo (Mozambique) à bord d'un zodiac : j'étais tellement encore dans ma nuit que ce moment m'avait paru le prolongement de mes rêves. Je me gave de confiture de bissap et de pamplemousse avant de prendre la pirogue pour retrouver mon VTT laissé à Diakène Ouolof. Pneu avant à plat : une grosse épine a fait son travail pendant la nuit. Faut dire que je n'y suis pas allé de main morte dans les broussailles la veille. Je change "taf taf" ("vite fait" en wolof) ma chambre à air : non seulement il va bientôt faire très chaud, mais en plus il faut que je profite de la marée encore basse pour franchir à gué les bolongs entre Diantème et Loudia Ouolof. Que ce soit entre les manguiers sur un étroit sentier de terre sablonneuse ou sur la vase séchée surmontée d'une fine couche de sel entre les palétuviers, c'est un décor génial pour le VTT. Je rejoins la route en latérite rouge et débarque vers 11h à Elinkine. Alors que je reviens à mon VTT après être parti acheter un jus de bissap frais, j'aperçois une pirogue qui s'apprête à traverser pour l'île de Carabane en face. C'était pas vraiment prévu au programme mais ni 1 ni 2 j'y jette mon VTT. L'occasion est trop belle de revoir l'île qui abritait le premier comptoir commercial français du pays installé au XVIIème. Il reste une cathédrale rongée par les herbes, 300 habitants, et une sensation paisible de temps suspendu. L'île n'est que sable : impossible d'en visiter l'intérieur à vélo. Je choisis donc de longer la mince bande de plage et parcoure environ 2 Kms dans l'écume jusqu'à ce qu'un amas de palétuviers ne m'arrête au bord d'une jolie crique. Je laisse là VTT et sac à dos pour aller nager un petit moment. Un banc de petits poissons coincés par la marée se met à sauter autour de moi. Revenu au vélo, je me laisse sécher au soleil, mon maillot sur une branche de palétuviers. Robinson. Je retourne au village et m'arrête à la première habitation qui est un campement au bord de la plage. Un quadra blanc bouquine seul dans la salle à manger, son perroquet sur la table. C'est le gérant. Je lui demande la possibilité de grignoter quelque chose. La cuisinière est partie mais je lui dis que les restes du plat de riz de ce midi m'iront très bien. Le temps que ça chauffe, je me désale à la douche. Quand je reviens, on déjeune ensemble un plat de riz aux crevettes en sauce. Guy a débarqué ici en 1987 : il achevait une tournée avec l'orchestre national de jazz à Ziguinchor et en avait profité pour prolonger le séjour par une semaine de repos. Finalement,; il a monté avec une famille de peintres ce campement de Carabane. Il me parle longuement de la Casamance et de l'impact du tourisme sur le pays. Pas très reluisant. De la spéculation foncière menée par les notables locaux au détriment du droit coutumier. De la disparition alarmante de la mangrove et des ressources halieutiques. De la destructuration de la société diolla animiste depuis l'arrivée des pêcheurs et cultivateurs wolofs musulmans. Des effets pervers des ONG qui transforment en assistés les habitants avec des projets qui ne correspondent pas aux besoins. De l'inadaptation des panneaux solaires au contexte local (les panneaux chinois en vente ici durent 2-3 ans, le soleil ronge les joints, le sel les mécanismes, la poussière de sable le rendement, et les panneaux usagés représentent une pollution). Des conséquences de l'exode rural massif. de la minorité des structures d'hébergement qui pratiquent un tourisme intégré. Du fait que paradoxalement, la meilleure façon de faire vivre les populations locales est d'aller dans des campements tenus par des Blancs, les seuls à payer leur personnel et à réinvestir localement les bénéfices. Quand je le quitte à 15h pour récupérer la pirogue du courrier qui retourne sur Elinkine et que je lui demande comment je lui dois pour la douche et le repas, il me répond : "Ben rien, on a juste partagé un déjeuner !". Rapide tour du village de Carabane, au charme insulaire. Le fond de la pirogue du retour, idéal pour s'allonger et faire une rapide sieste, bercé par les flots. Débarqué à Elinkine, la pirogue d'à côté m'appelle par mon prénom : ce sont les employés d'Egueye venus au ravitaillement. Le matin même, El Hadj m'avait parlé de 2 Français, Emma & Loïc, qui avaient ancré leur voilier en face du campement. Il se trouve que ce sont des amis d'une collègue de Bordeaux que j'avais cherché à joindre à mon arrivée en Casamance. Y'a pas de hasard, j'vous dis ! Après avoir rendu à sa propriétaire la bouteille vide du bissap acheté à l'aller, je reprends vers 16h la piste de latérite vers M'Lomp, connu pour ses cases à étages. A la recherche de mon produit dopant préféré (le bissap), je finis entassé devant une boutique qui diffuse la 1/2 finale Sénégal-Ghana du Championnat d'Afrique. Puis dans un bar où je découvre affiché sous une pub pour la bière Flag le plan de récollement des travaux de voirie en cours !
Je poursuis jusqu'à Djiromaïté où je visite les ruines d'un hôtel pharaonique qui n'a jamais fonctionné. Un truc hallucinant : 104 chambres, une piscine énorme, 2 restos, 3 discothèques, 1 salle de sport, des salles de conférences sur pilotis et même 2 pistes d'atterrissage pour hélicos. Achevé mais jamais inauguré. Evalué à 11 milliards de FCFA (18M€), ayant nécessité 400 ouvriers, cet hôtel n'a que de très rares occupants : des touristes égarés. Si je reviens ici un jour, je me fais la suite présidentielle à 5€ ! Pour rentrer sur Oussouye, le loueur m'avait signalé une piste traversant des bolongs puis une épaisse forêt. Au départ, c'est magnifique : le soleil orangé tombe sur la savane, je roule sur une terre ocre blanchie par le sel, j'ai l'impression que les images d' "Out of Africa" défilent devant mes yeux. Le problème, c'est pour traverser les bolongs : obligé d'ôter chaussures et pantalon pour m'aventurer à travers les palétuviers pied nus dans la vase, VTT sur l'épaule. Le soleil est couché quand je parviens à atteindre après deux tentatives l'entrée de la forêt. Dont j'avais sous-estimé la taille sur la carte : je passe 1 heure à fond sur les pistes ensablées à esquiver au clair de lune les troncs des cocotiers. Je suis complètement paumé dans la forêt tropicale, j'y vois rien et je commence à entendre des grognements inquiétants au loin. Arrivés dans une rizière, je loupe la mince bande de terre et suis bon pour un vol plané au-dessus du guidon. L'aventurier solitaire et intrépide se demande s'il ne va pas passer la nuit dans le bois sacré ! Il est 21 heures passées quand j'arrive couvert de boue et de sable à mon auberge. Quel bonheur, la 1ère gorgée de bière ... Mais le monde animal est contre moi aujourd'hui. Une chauve-souris squatte ma chambre. Je me dirige vers la salle de bains pour ouvrir la fenêtre, quand je découvre une énorme araignée sur le miroir. Ok, je laisse tomber, j'vais me coucher avec la moustiquaire comme mince protection contre la totalité du règne animal.

Jeudi 5 mars - Tambacounda


Aucun commentaire: