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dimanche 1 mars 2009

Gorée




13 février - Gorée
« Rien de plus accueillant que l’île aux esclaves », écrit Catherine Clément (dans « Afrique esclave »). J’y débarque au coucher du soleil, pour profiter de l’île sans les touristes, dont le flux et le reflux est aussi régulier que la navette qui assure la dizaine d’allers-retours quotidiens. Les meilleurs moments pour visiter un endroit, quel qu’il soit, sont pour moi l’aube et le crépuscule. En dînant un plat du jour sur des tréteaux à une guinguette sur la plage, en petit-déjeunant un café touba dans un boui-boui en haut de l’ancien fort. Je suis tout de suite envoûté par la douceur tropézienne des ruelles de Gorée, éclaboussées par les splendeurs des bougainvillées que renvoient les pastels ocres des façades des nobles maisons coloniales. Chaque coin de rue mériterait de faire la couverture d’un magazine de décoration. Impressionnant de charme et de tranquillité assumée. Le classement UNESCO en 2000 a permis de paver les ruelles ensablées. Même les ruines et les vieux torchis semblent travaillés pour dégager ce charme désuet. Ce qui m’impressionne aussi, ce sont les arbres. Baobabs, fromagers, flamboyants se dressent majestueusement sur une place ou entre deux maisons, comme si on avait tenu compte de leurs volumes pour déterminer les architectures des bâtisses de l’île. Je visite le musée de l’IFAN construit dans l’ancien fort, et bien sûr la Maison des esclaves. Aujourd’hui, c’est le 8ème jour. Dans la religion musulmane, c’est un jour particulier de prières pour que l’âme de ceux qui ont franchi la porte sans retour aille du bon côté des cieux. Cela fait en effet 8 jours qu’est mort Joseph N’Diaye, le conservateur historique du lieu, le chantre de la mémoire d’un autre voyage sans retour, celui de la traite des Noirs. Il a fait pleurer Jean-Paul II, Nelson Mandela ou encore Jimmy Carter en leur racontant dans ces lieux la façon dont étaient entassés les esclaves. Cet ancien tirailleur Sénégalais, qui a consacré sa vie à la mémoire du commerce triangulaire et à faire de cette Maison des esclaves un symbole du lien d’asservissement qui marquera à jamais les relations entre 3 continents, a marqué chaque visiteur du lieu (dont j’ai fait partie étant petit), jouant habilement sur la culpabilisation des Blancs ou le souvenir des ancêtres Noirs.
Sur un canon rouillé qui traîne devant l’ancien fort, une inscription à la craie : « Interdit de faire le con ». Je me doute qu’elle s’adresse davantage aux gamins qui s’amusent dessus qu’aux militaires Hollandais, Portugais, Anglais et Français qui se sont bataillé le lieu pendant 2 siècles, ou qu’aux esclavagistes de toute nature. Néanmoins, après la visite du Castel et de la Maison des esclaves, cet avertissement résonne comme une bonne morale à tirer de ce séjour sur l’île. Ce séjour m’a ravi-goré ! Après m’être fait envahir par l’agréable torpeur de N’Gor, Gorée m’a donné envie de refaire des photos, de ré-alimenter mon blog, de reprendre la route. Et de me plonger dans la bruyante, harassante et écrasante capitale Sénégalaise.

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