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Afficher Une année sympathique sur une carte plus grande

mercredi 15 avril 2009

Bamako, capitale de l'Afrique




18 mars - Arrivée à Bamako

Les mêmes courbes gracieuses, le même teint cuivré, le même charme sauvage : pas de doute, le fleuve Niger prend sa source au pays des femmes Peules. Des multiples usages d'un fleuve à l'aube. Sur quelques dizaines de mètres, un groupe de femmes fait la vaisselle, un motard astique sa bécane, un camion citerne fait le plein d'eau, un homme se lave et des jeunes filles sont à la lessive. Ce qui représente tout de même une belle petite concentration de pollution pour un cours d'eau à l'étiage dans lequel beaucoup pêchent, à en croire les nombreux petits filets accrochés aux guidons des vélos croisés hier sur la route. Je m'interroge : quel est le degré respectif de pollution entre un fleuve occidental qui reçoit des effluents industriels traités et le cours d'eau africain qui recueille des milliers d'effluents domestiques non traités ?
La route Kankan-Bamako est une classique et la Peugeot 505 décolle à 9h30. Bien que ce tronçon ait été refait récemment, la 505 trouve le moyen de casser le roulement de la roue arrière gauche juste avant de passer la frontière. Une seule heure d'arrêt : anecdotique.
Comme je m'y attendais, le douanier Malien tique à la vue de mon "laisser-passer" Guinéen mais après 1/2 heure à jouer l'innocent touriste respectueux de la souveraineté Malienne, ça passe en échange de la promesse de me rendre à mon arrivée à la Direction de l'immigration. Nouveau dilemme en perspective.
Le premier paysage malien, ce sont les Monts Mandingues que l'on longe, l'ancien coeur du mythique Empire du Mali. Je rejoins en minicar vert le centre de Bamako et descends à nouveau à la Mission catholique. Mon premier dortoir à backpackers du voyage. Dans celui-ci, un journaliste - photographe Belge vivant à Lisbonnequi sillonne l'Afrique de l'ouest en 2 mois : un quotidien Portugais lui paie ses frais en échange de la mise en ligne de ses aventures sur le site du journal. Lui se réserve le droit de revendre certains reportages ou ses photos à d'autres clients à son retour. Je me dis en regardant ce qu'il fait que ça ne diffère pas beaucoup de mon blog sur la forme, mais que ça change tout sur le fond. Lui, il est contraint de l'alimenter 3 à 4 fois par semaine, et il a une obligation de résultat, ce qui a nécessairement une incidence sur les anecdotes (qu'il suscite ou non), les photos qu'il se doit de prendre pour illustrer ses articles. Bref, une certaine altérité. Si j'avais été dans son cas, je n'aurais pas pu me poser quelque part et glander comme je l'ai fait à Nouakchot, N'Gor ou Cap Skirring.
Je dîne avec un médecin Français qui se rend en 4x4 au célèbre hôpital de Lambaréné, créé par le Docteur Schweitzer au Gabon. Il va y bosser 4 mois en pédiatrie mais c'est surtout un prétexte pour traverser l'Afrique du nord au sud par l'ouest, puis au retour du sud au nord par l'est. Au menu, des pays à l'actualité enchanteresse : Nigéria, Angola, Somalie ...

19-20-21 : Bamako

Coup de coeur. Bamako n'a rien à voir avec Dakar, si ce n'est la pollution et un quartier d'ambassades. Ici, l'africanité n'a pas succombé à l'urbanité. Le goudron n'a pas avalé la tradition. Des scènes dignes d'un village de brousse sont omniprésentes. Dans les ruelles, les femmes pillent le mil, les gamins pissent dan,s le canal, les talibés écrivent pour la 15ème fois sur leur tablette en bois la sourate du jour, les adolescentes se refont les tresses, les hommes se partagent le thé l'oreille au poste. Peu de maisons à étages, des ruelles en terre battue, des terrains vagues : le peu d'aménagements typiquement urbains fait que les gens vivent encore dans la rue. Je pense alors aux communes péri-urbaines françaises qui consacrent la majeure partie de leurs investissements au goudronnage et à l'éclairage public des anciens chemins de campagne, et qui se transforment en commune-dortoir. Je passe un long moment à longer le fleuve Niger et à constater comme hier ses nombreux usages : pêche, arrosage de jardins maraîchers, toilette, lessive ... Je suis épaté par l'accueil des Bamakois : deux flics plaisantes avec moi quand je leur demande la route à un rond-point, une vendeuse d'arachides grillées me propose son aide alors que je recherche un coiffeur, des gamins interrompent leur patrie de foot pour me serrer la main sans me demander pour autant un Bic ou 100 FCFA, et une dame à qui je demande l'autorisation de photographier son fils tient à lui mettre des vêtements propres avant qu'il ne prenne la pose. Le "diatiguiya" (hospitalité malienne) est autrement plus naturel que l'usurpée "terranga" sénégalaise. Je prends conscience du changement de pays avec le changement de climat, et donc le changement de rythme. Finies la brise atlantique tout comme la douceur des altitudes du Fouta Djalon : ici, si tu ne décolles pas avant 9h (l'idéal est de se réveiller très tôt, vers 6h : il fait déjà jour), tu te fais anéantir par la chaleur et il t'est impossible d'entreprendre le moindre effort avant la fin d'après-midi. Au-delà de 35°C, tes initiatives sont, par une alchimie implacable, irrémédiablement vouées à être dissoutes dans la torpeur humide généralisée. Humide car Bamako a enregistré ses premières pluies : d'abord une petite de 5 minutes le soir de mon arrivée, puis un violent et long orage le surlendemain au coucher du soleil. 3 jours à sillonner Bamako de long en large. Le Musée national, avec ses magnifiques masques dogons. Le marché des féticheurs, avec ses corps de perroquets et ses têtes de singes en décomposition. Les bords du canal avec ses clodos qui dorment dans les ordures. Également quelques visites utilitaristes : chez le coiffeur, à la Direction de l'immigration pour régulariser ma situation (ben oui, quand même !), chez le photographe en prévision de mon visa Burkinabé, à la recherche d'un distributeur qui fonctionne, d'une nouvelle carte mémoire pour mon appareil photo ... ou de l'agence de voyages pour réserver mon billet retour (ben oui, quand même - bis). Des kilomètres entrecoupés de jus de bissap ou de "Flag-ettes" (les bières Flag de 25 cl).
Adorables, les Bamakois. Mais aussi terriblement mélomanes. La ville bruisse de rumeurs sur des concerts de grands noms de la musique malienne : Toumani Diabaté, Salif Keita, Oumou Sangaré ... il est vrai que beaucoup possèdent leur QG ici et s'y oproduisent le week-end quand ils ne sont pas en tournée internationale. Comme ce ne sont à chaque fois que des rumeurs et qu'il n'y a pas de programme officiel, je suis allé faire un tour dans les clubs. A commencer par le mythique "Buffet de la gare" (sur le trajet de la non moins mythique ligne de chemin de fer du Sénégal au Niger) où se produisait le fameux Rail Band de Salif Keita et de tant d'autres. Puis au "Diplomate", mais l'orage a contraint Toumani Diabaté à annuler sa prestation. Alors j'ai bougé les autres backpackers de la Mission catholique pour partir à la recherche de la fièvre du samedi soir. Une bonne troupe. Julien, 27 ans, Parisien actuellement serveur à Bruxelles, qui vient de débarquer pour la première fois en Afrique et passe des heures à regarder avec ferveur sa carte Michelin d'Afrique de l'ouest en calculant comment il peut traverser le Mali, longer le Sénégal et partir à l'attaque du désert Mauritanien en 3 semaines. Marc, 29 ans, Californien Peace Corp basé à Atar ... que j'avais déjà croisé 2 mois auparavant sur place. Ce genre de hasard ne me surprend plus mais c'est bien pratique : je lui confie les photos de mes chameliers à leur remettre. Et Yolanda, une Catalane qui est venue au Mali il y a 2 ans et qui a tellement aimé qu'elle y a créé une agence de voyages informelle, accompagnant ses compatriotes en vacances. On part tous les 4 au "Djembé". Du bon son : un chanteur et une chanteuse se relaient, un guitariste électrique qui joue allongé dans son fauteuil et un percussionniste survolté. Mais pas très dansant, alors je convaincs les autres d'aller "en prendre une dernière" au Fida, un bar musical que j'avais repéré en arrivant. Et là, c'est chaud ! Très chaud ! On longe deux murs glauques en parpaing, on achète l'entrée à un Mohammed Ali avant de pénétrer dans un bar de pirates où il fait 50°C. Surprise : pas de disques, mais un orchestre. Les miss plus ou moins saï-saï chauffent la piste de leur coupé-décalé, les messieurs bombent leur torse ruisselant en se regardant danser, et les 4 toubabs dans leurs vêtements détrempés noient dans la Castel leur bonheur d'assister à une pure soirée de la jeunesse africaine urbaine. En 10 minutes sur la piste, j'ai du m'alléger de 2 litres. Un Black me fait : "Vous, les Blancs, là, vous êtes trop complexés. Y'a que quand vous avez un peu bu que vous arrêtez de danser comme des piquets" ! Chaud comme une baraque à frites de patates douces, je réussis à convaincre mes camarades de soirée de finir dans les bars de la rive droite du Niger. C'est un peu plus huppé : ça porte du D&G, des coiffures de rappeurs US et ça vient en scooter, mais le rythme est toujours là. Détrempés, lessivés mais heureux d'avoir répondu à l'appel des peaux martelées de la nuit malienne, je me couche alors que le muezzin appelle à la première prière du jour. Cassou Eré ("Bonne nuit" en bambara). Bamako, capitale de l'Afrique.

1 commentaire:

Camille a dit…

Oh mon Dieu ! j'adore cette musique ! MERCI
:)

Camille