Lundi 6 au mercredi 8 avril - Réo
Très belle surprise que la réussite de ce projet de micro-crédit initié il y a 2 ans lors de notre voyage de mai 2007 avec Bibi. J’avoue que j’avais de sérieux doutes. Une hasardeuse expérimentation in vivo de la théorie mise en pratique en Indonésie par le Nobel Mohammed Yunus, une insuffisante étude préalable du terrain, l’incertitude que notre offre corresponde à un besoin, l’impossibilité de mesurer les incidences macro … bref, j’avais laissé Bibi et Xavi piloter ce projet (mon rôle se limitant à la relecture du support de formation, à la rédaction de convention de partenariat et des statuts de notre association) et je comptais sur ce retour à Réo pour trouver une réponse à ces questions, bien intellectuelles tout compte fait. Dans les faits, j’ai trouvé une équipe de la CDN (la structure associative sur place qui aide depuis 30 ans les groupements féminins de la province : alphabétisation, formations, activités génératrices de revenus, ...) qui s’est parfaitement approprié le projet, des grandes feuilles sur lesquelles ils ont recopié chaque page de notre PowerPoint support de formation, 6 micro-crédits accordés en novembre 2008 pour 5 mois et entièrement remboursés à ce jour, et des groupements de femmes qui nous exposent leurs nouveaux besoins. Souvent, des achats de mil, niéré, maïs, karité pour leur transformation en beurre, tô, farine, … et leur revente sur le marché avec des bénéfices aux environs de 40%. Pour ceux que ça intéresse d’en savoir davantage, voire de participer, faites-le moi savoir.
Les visites chez 2 groupements de femme intéressés par l’accès à nos micro-crédits ont été épiques. La première surtout. Les 31 femmes du groupement d’Ekoulpoum nous attendaient dans une classe de l’école primaire du village réquisitionnée pour notre venue. A notre arrivée, toutes se sont levées et ont entonné un chant de bienvenue, avec les youyous, les balancements de hanches et les frappements dans les mains qui vont bien (les 5 Nassaras en bermuda Quechua alignés sur le banc installé sur l’estrade ont évité de croiser leurs regards à ce moment-là …). Un tiers d’entre elles avait 1 ou 2 gamins en bas âge sur les genoux, au sein ou au fond de la classe sur une natte. Leur Présidente et leur animatrice nous ont exposé leurs besoins, des achats d’arachides, de mil, de gombo ou de niéré. A la fin de la réunion, avant la danse de remerciements, l’une d’elles a exprimé une doléance particulière : elle s’est approché de Baud, baissant la tête, les bras en l’air, et lui a demandé de l’épouser et de l’amener avec lui en France … suscitant les rires communicatifs de toute l’assemblée. On apprendra à cette occasion qu’une Espagnole est venue en stage à la CDN pour bosser en partie sur la mise en place de notre projet de micro-crédit et qu’à l’occasion d’une réunion de formation avec ce groupement de femmes, elle a vu une salle de classe en ruines et a décidé de financer sa reconstruction avec la succession de son père, récemment décédé. La seconde visite, dans le Groupement de femmes du secteur 3 de Réo, nous donnera l’occasion de visiter une concession familiale et de goûter au dolo, la bière de mil germé. A la fin de notre séjour, une réception est donnée à la CDN : concert de percussions, danses de gamins (Baud : « Quand tu vois comment c’était minable, ce qu’on était capables de faire à leur âge à la kermesse de fin d’année à l’école primaire ») et une pièce de théâtre illustrant les contradictions entre le droit coutumier et le droit positif à l’occasion d’une succession. Les gamins se trémoussent au son des peaux martelées, le public interpelle les acteurs … on ne sait plus trop qui est figurant et qui est spectateur, une joyeuse cacophonie règne. C’est le bordel improvisé mais tout le monde se marre bien et au final, beaucoup de spontanéité dans les échanges. Je rédige un avenant à notre Convention de partenariat pour actualiser et prolonger cette fructueuse coopération, on donne notre feu vert pour une douzaine de nouveaux micro-crédits et on réalimente le compte sur lequel on finance à la CDN les frais de structure qu’on leur fait supporter. Au final, ma visite en Afrique n'aura donc pas été totalement égoïste.
A part le suivi de notre micro-crédit, Réo, c'est aussi : les petits-déj' à la cafèt' tenue par un certain Guillaume qui se souvient de ma venue en mai 2007, le "coup de la chaussette" pour rafraîchir les bouteilles d'eau Lafi, un foot en tong où les Blancs se font laminer, les mangues succulentes au réveil et les parties de tarot chez notre cuisinière de la place.

1 commentaire:
bonjour le voyageur
je fais une pause pour faire le curieux sur picassa le voyage est aussi pour ce qui le regarde superbe
ronan b
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