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Afficher Une année sympathique sur une carte plus grande

mercredi 15 avril 2009

Mopti - Djenné




22 mars - En route

11h07. La nuque est déjà trempée sur l'oreiller. Malgré le ventilo au-dessus de moi. Je me réveille en revoyant une image de Marlon Brando dans Apocalyse Now. Déjà bien trop tard pour espérer attraper un bus pour les 11 heures de trajet jusqu'à Djenné et y être pour le marché hebdomadaire du lundi. Pas grave : le déplorer serait renier la folle soirée d'hier. Je prends mangues, bananes et oranges à la petite vendeuse d'en face en guise de petit-déjeuner. Avant-hier, je m'étais dégusté un ananas entier sur un banc public. Hier, 2 papayes. Je profite du printemps malien pour me gaver de fruits frais dont j'ai manqué depuis quelques mois. Dernier tour en ville, avec Julien et Yolanda. Assiette de riz en sauce dans la gargotte d'une gare routière pour 200 FCFA (0,30 €) et gobelet de bissap pour 50 FCFA. Souvent, comme ici, il faut dire à la vendeuse pour combien d'argent tu en veux et c'est elle qui en déduit la quantité correspondante. Je décline la proposition d'un coupeur d'ongles ambulant. Un métier reconnaissable au son que font leurs ciseaux dans les rues de la ville. Je ne sais pas s'il y a de sot métier, mais des petits métiers, y'a que ça. Hier, j'ai discuté avec plusieurs chauffeurs de taxis : chaque jour, ils doivent 10.000 FCFA au propriétaire du véhicule et mettent pour autant d'essence. Ils bossent donc jusqu'à faire 25.000 FCFA de recettes. Soit un bénéfice quotidien de 7€, ce qui est déjà mieux qu'un instit' qui gagne environ 120 €/mois. Je me fais tirer le portrait au Polaroïd, je retire du liquide, je grave sur CD mes photos de Guinée et je profite de la buanderie catho pour faire tremper (je n'ose dire "laver") mes vêtements : les occupations traditionnelles d'un passage dans une capitale au cours d'un voyage africain avant de repartir en brousse. Ce que je fais en compagnie de Yolanda, qui profite de ne pas avoir de clients ni d'école (elle enseigne depuis quelques jours l'espagnol dans un collège privé) pour se changer les idées. Il est déjà 17h alors on se dit qu'on va faire étape à Ségou, située à 3-4 heures de là. Mais le bus ne vend que des places pour Djenné. Je serai donc finalement à Djenné pour le marché du lundi. J'entame "Ségou" de Maryse Condé pour compenser le zappage de cette ville. Une chanson de Dominique A dans le lecteur MP3 de Yolanda me fait le même double effet Kiss cool que le jour où je suis tombé sur une chanson des Têtes Raides à la radio ou quand j'écoute ma Playlist Deezer dans un bon cyber. D'abord une bonne dose de plaisir gratuit et immédiat. Puis une belle mise en perspective, la maison dans les oreilles et l'ailleurs dans les yeux.
Le trajet ? Comme d'hab' : transpiration, arrêts inexpliqués, froid, pause en pleine nuit, arrivée dans un état abruti.

Lundi 23 mars - Djenné, jour de marché

6 heures du mat', débarquement à l'embranchement pour Djenné. Café au lait au bord de la route en attendant le "bâché". L'attente est courte en ce jour de marché. Djenné. Ville mythique entourée par deux bras du Bani, un affluent du Niger. Epices, calebasses, bijoux, poteries, chèvres : les étals de ces denrées locales s'étalent bien au-delà de la place de la mosquée. Ce marché hyper-animé a, paraît-il, très peu changé depuis l'époque où les caravanes de dromadaires en provenance de Tombouctou venaient apporter du sel. Pas difficile en effet de se projeter 10 siècles en arrière tant l'architecture en banco est omniprésente et homogène. Ce qui a changé, c'est la possibilité pour les mécréants toubabs d'approcher la mosquée : je me souviens qu'il y a 20 ans, nous n'en avions eu qu'un furtif et coupable aperçu derrière les vitres du 4x4. Aujourd'hui, 3 auberges bordent le plus grand édifice en terre crue du monde, tel un immense château de sable hérissé de chevrons de bois servant à soutenir les échafaudages utilisés lors de son recrépissage annuel. Difficile de supporter bien longtemps l'animation bruyante et les interpellations intrusives des guides après une nuit sans véritable sommeil. Après la SCieste, je prends mes quartiers entre 5 marchands : une vendeuse de sachets congelés de jus de bissap (depuis 2 mois, je repère à 200 mètres la moindre glacière bleue), la marchande de fruits qui me ravitaile en papayes, oranges, bananes, mangues et citrons verts, la cuisinière qui me sert spaghettis, patates douces frites et poisson grillé, le cafetier qui touille énergiquement le lait concentré (trop) sucré au fond de mon gobelet en plastique de Nescafé, et un jeune bijoutier qui m'explique comment utiliser des alliages différents d'argent pour souder le corps de la bague de son extrémité où le prochain acquéreur logera des versets du Coran.
Je dîne avec un Belge qui bossait dans le mécénat social chez AXA avant qu'un projet professionnel dans un daara Sénégalais ne suscite une vocation personnelle. Un jeune douanier me demande un service que je ne peux pas refuser : lui acheter des préservatifs. En me tendant une boîte de 6, le pharmacien, s'inquiétant de la faible contenance ou faisant preuve d'humour raciste, me demande : "ça va, c'est pas trop petit ?" ...

Mardi 24 mars - Djenné

Hier en arrivant à l'hôtel, j'ai recroisé la Hollandaise rencontrée à Kédougou. Elle m'a dit qu'il lui arrivait de se lever dès 5h30 pour profiter de l'aube. Alors par réflexe puéril, ce matin, je me suis levé à 5h07. Belle connerie : t'y crois t'y crois pas, mais à 5h07, il fait nuit noire ...
Par contre, Djenné à l'aube, mystique puis domestique.
Mystique : les ombres des fidèles debout à 5h20 pour se rendre à la mosquée à la première prière du jour. L'appel du muezzin que j'entends seul assis par terre au milieu de la place déserte face à l'entrée de la mosquée. Les chants religieux qui s'échappent d'une maison. Les corps mal réveillés des talibés qui partent chez leur marabout préparer dans leur madrassa leur sourate du jour.
Domestique : Les nattes posées sous le auvent des habitations où finissent leur nuit ceux pour qui il n'y a plus de place à l'intérieur. La toilette qui s'effectue, toujours accroupi, à l'aide d'une théière en plastique multicolore. Les seaux que les plus jeunes ramènent chargés d'eau du Bani. Les feux de bois qui s'allument dans les cours des concessions et verront se succéder marmites et théières métalliques à longueur de journée.
Après une nouvelle SCieste, histoire de me remettre de ma connerie matinale, ballade autour des murs extérieurs de la ville dont le "v" est emporté par les premières pluies de l'hivernage, ce qui explique la densité de la construction insulaire. L'harmattan a quant à lui balayé l'animation et la luminosité matinales pour laisser place à l'impassibilité de l'atmosphère alanguie d'une ville africaine baignée dans sa torpeur.

Mercredi 25 mars - Arrivée à Mopti

Grasse mat'. Trois talibés mendiant leur nourriture se battent pour obtenir la peau de la papaye qui m'a servie de brunch. Etrangement, j'ai peu été confronté à la vue de la misère au cours de mon séjour africain. Souvent à la pauvreté, mais quand elle prend les atours de la modestie, elle n'est pas choquante. Yolanda me raconte qu'elle pleurait tous les jours de son premier voyage à la vue de ces enfants. Hier, elle n'a pas pu s'empêcher d'acheter des ballons de foot à 3 gamins des rues. Quand elle me raconte ça, je comprends pourquoi aujourd'hui, tout le monde l'appelle "Madame, ballon !". Puis ça devient "Madame crocodile" quand elle achète 1 croco en perles à une petite fille alors qu'on attendait le bac dans le taxi-brousse qui nous conduit aujourd'hui à Mopti. 4h30 de trajet sans trop de pannes, passées à observer. Les oreilles aurifères des femmes Peules qui concentrent là toute leur richesse, qu'elles se transmettent de mère en fille. Les chapeaux pointus des bergers qui coincent leur bâton sous l'armature métallique de la bâche. Le plat de tô, calé au centre de la roue de secours, que se partage un homme et sa fille.
Je suis surpris d'observer la végétation alentour, particulièrement touffue. Il paraît qu'il y a même des éléphants dans une réserve pas loin.
Il fait nuit à notre arrivée à Mopti, ville située au confluent du Bani et du Niger. Tant pis. Ou plutôt tant mieux pour le plaisir de la surprise demain matin. En attendant, c'est le grand luxe de l'hôtel "Y'a pas de problème". En dortoir, mais dans un établissement décoré avec goût, disposant d'une connexion internet, d'un bar sur le toit et d'une piscine suffisamment grande pour que mon apnée me permette d'en faire l'aller-retour. Le cul vissé sur la chaise longue, j'attends que la chaleur tombe et que le sommeil me ratrappe. Un article sur des aventuriers de l'Arctique au début du XXème et une Castel fraîche écourtent l'attente.

Jeudi 26 mars - Mopti, jour de marché

Des bergers Peuls guidant leur troupeau, des paniers emplis de poissons séchés, des pinasses alignées par dizaines, des couvertures qui sèchent sur les pelouses découvertes par le Bani à l'étiage ... et partout des embarcations de petite taille qui se croisent, se hèlent, se doublent ou s'entrechoquent comme dans un port Phénicien. Dès le réveil, un festival pour les yeux. En fond d'écran, les modestes cases Peules de l'autre côté de la rive, celle des troupeaux. Au second plan, les hèlements des piroguiers. Au premier plan, l'odeur du capitaine, poisson-roi du Bani, qui mijote dans les marmites. Autant d'éléments qui ne rentreront pas dans mon appareil photo, malgré le grand angle 28 mm. La luminosité est superbe, pas encore embrumée par l'harmattan qui charrie dans l'après-midi le sable du Sahara. Je comprends le surnom de Mopti, "la Venise du Mali".

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Hello Guiom!! alors "deja" rentré ? ou tjrs sur les routes africaines ? sympathique blog que je parcourerai plus en détails qd j'aurai accès à un pc digne de ce nom;)) suis a dakar depuis le 2 avril apres ptit détour par timbuktu (...) et route bamako & dakar... entre tamba et kaolack j'ai repensé à ton histoire de guinée et du chauffeur qui après moultes arrêts t'avait dit "maintenant on est un peu en panne"... sourire ca aide ici :))
j'ai débuté mes travaux au daara de malika et je compte bien prolonger un peu inchallah ! prévu de passer à n'deme la semaine prochaine sur la route de touba...
voici mon adresse email ngor_bobo@gmail.com
take care
cedric (from djenné)