12.767,36 Kms ...


Afficher Une année sympathique sur une carte plus grande

samedi 28 février 2009

N'Gor




9 au 15 février - N’Gor
Le « Bou » est parti de Saint-Louis aux aurores. Comme lui, je lève l’ancre. Direction Dakar en compagnie des 3 cousines de septante ans. Deux d’entre elles enchaînent sur 1 semaine au domaine de Nianing, ce qui me permet de revoir ce camping de luxe de la « petit côte » où j’avais passé quelques jours en famille en 1989, puis de retrouver l’embranchement de N’Gaparou où nous passions notre dimanche dans la paillote familiale. C’est dans un Dakar vide en ce dimanche que Françoise me dépose à deux pas du marché Kermel après avoir longé mon ancien collège. J’appelle François et Camille, un couple d’amis de Yaël qui habite depuis 1 an ½ sur la petite île de N’Gor : « Allô François, c’est Guillaume … Oh salut tonton, t’es où ? … Ben j’viens d’arriver à Dakar … Alors viens vite, y’a la khaïma qui t’attend au fond du jardin. T’arrives au village, tu descends sur la plage et là, tu demandes à Sidi de te traverser … OK, super, mais l’adresse, c’est quoi ? … L’adresse ??? (rires) … c’est « chez François et Camille » … Ah OK, j’arrive … Yes I ». L’arrivée à N’Gor est presque aussi excitante que mon arrivée à Podor. Comme il y a 8 jours, je jette mes sacs au fond d’une pirogue de pêcheur. Au soleil couchant, je traverse le bras de mer, le sourire aux lèvres, pour débarquer dans cette île sans voitures, d’une quarantaine de maisons reliées les unes aux autres par des petits chemins d’un mètre de large, et même moins si on soustrait les branches de bougainvillées violettes, orange ou blanches qui s’échappent des jardins. Une île de rochers que j’apercevais tous les jours en novembre 1986 du Méridien en face, à mon arrivée au Sénégal, mais sans jamais m’y être rendu. François & Camille y habitent une adorable cabane améliorée en bois blanc. A l’intérieur, une grande chambre, un coin bureau et un cellier. Attenante, la salle de bains et des WC de rêve. Ou plutôt des WC sur lesquels on rêve. Ils n’ont rien de particulièrement original, mais tout pour s’oublier, le n°250 de Surf Session sur les genoux, devant les combis de surf qui sèchent sur la tringle de la douche, les 4 planches alignées dans le vestibule et la vue sur la mer qui vient lécher le portail d’entrée. La cuisine est à l’extérieur, sous l’auvent qui abrite la grande table où se prennent tous les repas. Devant, le jardin en coquillages. Derrière, la tente maure qui fait office de chambre d’amis. L’ensemble forme un tout aussi simple, accueillant et serein que ses heureux occupants. François bosse comme prof d’histoire-géo au lycée des Maristes. Pas grand-chose à voir avec son ancien job (la relaxation avec des dauphins dans un hôtel de Papeete). Seul point commun : la possibilité d’aller surfer avant et après le boulot juste devant la maison. Camille enseigne le français à des enfants et adultes étrangers. A Papeete, elle vendait des pagnes et des colliers sur la plage. L’été, ils font la saison … au bord de la plage médocaine. Des gens bien. Qui se sont donné les moyens de vivre la vie dont ils rêvaient.
Je me laisse bercer par le rythme insulaire de ce havre de paix. Rien de tel pour se réveiller qu’1 heure ou 2 de surf. Suivies d’un bon gros petit-déj’, à surveiller les marées ou les oiseaux tisserand qui me grignotent la baguette de pain, avant de bouquiner sur la terrasse en écoutant RFI ou « ça me fait mal » d’Alpha Blondy. Après une assiette à « la boutique » ou « Chez Carla » , j’essaie de prendre en charge les repas du soir, inspiré par un très beau livre de Youssou N’Dour, « La cuisine sénégalaise de ma mère ». Je m’emploie à acheter des poissons frais à Ouakam, à faire du riz au lait, du jus de bissap avec les fleurs d'hibiscus séché que m'a apportées Baldé, le gardien du voisin, ou des keftas à la marocaine mais rien d’exceptionnel. J’ai tenté de sortir 2 fois ma botte spéciale, la langouste grillée, mais 2 fois j’ai échoué dans ma mission d’en trouver (la 1ère, je me suis laissé emporter par une discussion avec 2 touristes dans le taxi qui m’a amené bien trop loin, la 2nde fois, le vivier était fermé à mon arrivée). 5 jours à abuser de l’hospitalité de François & Camille, entre surf, cafés au lait, Tiken Jah Fakoly, petites courses pour acheter un Guerrouane gris ou du lait caillé, et gros dodos sous la khaïma. Tranquille.

lundi 23 février 2009

Saint-Louis




Saint-Louis - 6 et 7 février

Impossible de me séparer du "Bou". Même accosté à Saint-Louis, je ne m'éloigne jamais bien longtemps du navir pendant les 3 jours que je passe dans l'ancienne capitale de l'AOF. Je retourne à bord pour inviter Nicolas à décompresser à terre devant une bière, pour prendre le dernier thé avec Ansou ou pour me faire nourrir par Mika : il me prépare discrètement chacun de mes repas ! J'étais parti pour dormir à l'auberge de jeunesse, mais un étudiant me propose de partager sa chambre pour moitié-prix. J'accepte mais même si ça s'est bien passé, je ne pense pas que je le referai. Pas complètement serein à l'idée de laisser chez un inconnu toutes mes affaires. Surtout quand il me demande de tout payer d'avance, puis de lui avancer de l'argent ... Saint-Louis est plutôt une belle redécouverte. Petit, je me souviens y être venu au cours d'une après-midi dont la chaleur avait vidé les rues. Je suis surpris de dénombrer une tripotée d'hotels, de bars et de restaurants. Et beaucoup de toubabs. Un autre lieu hyper-animé est le port artisanal et le marché attenant. Un pêcheur lébou (les lébous sont une branche de l'ethnie wolof, les pêcheurs de la côte entre Dakar et Saint-Louis. C'est le tiers-état du pays, raillé pour son dialecte et suspecté d'avoir un cerveau de la taille de celui des poissons qu'ils attrapent) me raconte en détail les modalités de la pêche par ici. A la ligne, il faut partir 5 jours en mer, à 7 ou 8 entassés dans une petite pirogue pour pêcher requins et raies qui seront vendus en Afrique centrale ou en Asie. Il devient difficile de trouver soles, barracudas ou capitaines : la faute aux chalutiers Coréens qui raflent tout. Ou à l'Etat Sénégalais qui a vendu les licences pour 10 ans. Il reste aux pêcheurs qui s'entassent dans les taudis de Guet'N'Dar les grosses sardines, qui servaient autrefois à agrémenter les ragouts. Anesthésié par ces 5 jours de croisière, j'ai perdu mon rythme de routard et je dois me faire violence pour trouver la force de louer un VTT et me rendre par la plage au plus proche village Mauritanien. Je franchis la frontière, à nouveau en toute illégalité (mon visa mauritanien était à entrée simple) pour trouver un "boutiquier" Maure d’accord pour me changer mes ougyas en Francs CFA. C’est surprenant de retrouver la Mauritanie une semaine après l’avoir quittée. Si proche géographiquement et pourtant si différente des mœurs Sénégalais. Je me rends compte, alors que je me déchausse puis m’installe sur la natte d’un commerçant pour la cérémonie du thé ou en sortant les quelques mots d’hassanya qui me restent, que finalement je me suis fait à ce pays, du moins au mode de vie quotidien de ses habitants. Malgré la facilité que j’ai acquise à apprivoiser le Maure, il reste pour moi un personnage dont jamais je me sentirai familier, à la différence des Marocains ou de la plupart des Noirs. Je suis rentré dans ce pays avec beaucoup d’interrogations, j’en ressors empli de doutes. Moi qui ai bénéficié de leur hospitalité, je manque probablement de reconnaissance en écrivant que les Mauritaniens sont des gens orgueilleux, des nomades marqués par la dureté de leur existence désertique. Mais j’ai bien souvent ressenti le sentiment de supériorité qui les anime, notamment vis-à-vis des populations noires qui ont longtemps (et qui le sont encore à maints égards) leurs esclaves. 3 d’entre eux, dans la voiture qui m’amenait à Lougat, ont eu des mots dures pour décrire des rapports particuliers entre Mauritaniens « Arabo-Berbères » (les Bedayin) et « Négro-Africains » (dont le diminutif est « Négros » ! …) : selon eux, les Maures blancs ont souhaité, en 1989 (époque des troubles graves le long du fleuve-frontière Sénégal), « dénégrifier » le pays en spoliant leurs terres et leur bétail. Environ 100.000 Mauritaniens Noirs ont été chassés de l’autre coté du fleuve, ceux qui restaient subissant un « racisme passif », un « apartheid caché ». Il est en effet étonnant de constater que ce sont les populations noires qui savent cultiver, qui constituent le gros, pour ne pas dire l’exclusivité, des « masses laborieuses », alors qu’ils ne bénéficient d’aucune représentativité politique, économique et religieuse … A ce propos, je m’interroge : finalement, ne serait-ce pas l’islam qui serait le seul vecteur d’unité, le ciment qui permet le « vivre-ensemble minimal » entre ces populations ? Etonnant également de constater que ces Mauritaniens Noirs assimilent leurs anciens cousins Maures noirs (Haratin) aux Maures blancs dont ils ont assimilé la culture. Ces derniers, en troquant leur boubou coloré et leur crâne nu contre un draa et un chèche, ont rompu le lien du sang qui les liait à leurs ancêtres Sénégalais. Souvent, j’ai entendu des propos blessants, même entre Maures. Pas étonnant que ce peuple de nomades (donc individualistes ?) apparaisse ingouvernable : ce sont des équilibres forcément instables entre les quelques familles détenant les pouvoirs religieux, économiques ou militaires qui font et défont les coalitions politiques. Et s’ils se targuent que les coups d’Etat se déroulent sans effusion de sang, il ne faut pas se méprendre : la violence est omniprésente, mais sournoise, dans les rapports humains et sociaux. Ici plus qu’ailleurs, la vie est une dure lutte. Dans le désert, elle ne tient à presque rien.
Je suis malgré cela (ou grâce à ça, car ce n’est pas donné partout de constater de façon aussi apparente la nature des rapports sociaux) très satisfait de ces 3 semaines Mauritaniennes, pour deux raisons essentielles. Celle d’avoir ressenti, à mon corps défendant, ce qu’est véritablement le désert, immense et profond. Et pour le sentiment d’avoir gouté à l’expérience d’une aventure authentique, hors des sentiers battus, dans des coins où le rare tourisme n’a pas (encore ?) dénaturé, normalisé, affadi le mode de vie. Je n’ai ni l’expérience de René Caillé ou Mungo Park, ni le talent d’Amin Maalouf ou d’Amadou Hampaté Ba pour en rendre compte, mais à leur lecture, je réalise que j’ai moi aussi partagé ici le quotidien d’autochtones dans leurs habitudes ancestrales. Les tropiques ne sont pas encore complètement tristes.
Je quitte définitivement cette étrange culture Maure, à mi-chemin entre l’Afrique du Nord arabe et l’Afrique noire sans en constituer un simple syncrétisme, après avoir changé mes ougyas au taux honnête de 1000 UM pour 1900 FCFA. Après avoir zigzagué sur mon VTT entre les milliers de petits crabes qui envahissent la langue de Barbarie, je visite Saint-Louis en flânant au hasard de ses vestiges coloniaux. Je trouve que le charme opère toujours dans ces rues en damier. Quoiqu’en disent les conservateurs nostalgiques du « temps béni des colonies » : un grand reporter au Monde écrivait «Saint-Louis est une étape à éviter à tout prix, sauf si vous êtes un fieffé colonialiste à l’affût d’arguments prouvant que les Africains sont des jean-foutre incapables d’entretenir l’héritage colonial, de le faire fructifier », un autre auteur se demande si Saint-Louis a « renoncé à sa dignité de ville », a « renoncé ». Entre sabler et repeindre à l’identique un vieux balcon en fer forgé et manger à sa faim, cela ne surprendra que des Occidentaux peu au fait des réalités africaines que les Saint-Louisiens privilégient la seconde option. Une chose est sûre : l’influence européenne, positive quant à la rénovation architecturale (merci la coopération décentralisée), laisse ses traces sur les établissements commerciaux et sur le coût de la vie, particulièrement élevé, l'écrivain Cheikh Sow qualifiant ainsi la ville de "presque toubab" ("toubab" = Blanc. Ce mot serait originaire de l'arabe "toubib", qui signifie médecin).

jeudi 12 février 2009

Ici, l'ailleurs ...

29 janvier - Boghé

Mes bagages laissés en consigne chez mon restaurateur-logeur, je traverse Aleg pour camper la journée dans le cyber repéré hier pendant ma quête de lit. En T-shirt noir, jean pas clean, sandales et chèche, je me surprends à ne pas me penser en pays étranger. Non pas que je commence à me sentir familier de la Mauritanie, mais après avoir affronté une nuit dans un train ou sur le toit d’un pick-up, des journées dans le désert et tout ce qui s’ensuit niveau nourriture, hygiène et fatigue, je me sens immunisé, pour ne pas dire invincible. Rien à foutre d’envoyer chier un aubergiste qui se fout de ma gueule, aucune appréhension à discuter directement un pieu avec un habitant à minuit. J’ai furieusement envie de tracer ma route comme JE l’entends, le monde m’appartient. Je passe la journée devant l’écran à décharger, classer et trier mes photos, mettre à jour tant bien que mal mon blog, donner signe de vie et prendre des nouvelles de mon monde d’origine. C’est une question que je m’étais souvent posée avant de partir de France : quel degré de coupure j’observerai. Autant j’ai rompu totalement et sans nostalgie avec mon appart’ et mon boulot bordelais, autant j’ai vraiment besoin de garder un lien régulier avec mes proches comme avec ce qui se passe dans le monde. Parfois, je me dis que je pourrais, vu le temps dont je dispose et mes talents de caméléon, faire fi de mon statut de touriste et vivre une vie parallèle, ne serait-ce que pour quelques semaines, dans les coins où je passe. Mais nier ce fossé qui existera toujours entre l’autochtone et le touriste de passage est illusoire. Tout au plus, je corrige l’appellation de touriste dans la bouche de mes interlocuteurs pour préférer celle de voyageur. Je ne sais pas si c’est du à ma démarche tranquille ou à mon look passe-partout avec mes habits sombres et ma barbe de plusieurs jours, mais on me demande de plus en plus si je travaille ici. Gaël m’avait dit : « Toi, t’auras de problème nulle part, tu t’adaptes partout ». Pas faux. Et puis l’Afrique ne me fait pas peur : probable héritage de mon enfance sénégalaise, entretenu par quelques voyages plus récents, c’est un sentiment de familiarité qui me lie à ce continent. Je quitte le cyber et Aleg vers 19h pour retrouver Alexis, Romain et Linda dans une soirée débridée de Boghé.

30 janvier - Boghé

C’est clair et net : ça y est, je suis arrivé en Afrique noire. Plus un seul Maure blanc, des odeurs de poulet yassa, des boubous colorés, des femmes dans les rues … j’ai brutalement changé de culture, sans avoir franchi de poste de douane. Les Maures, blancs ou noirs, sont faits pour mener une vie nomade dans le désert avec leurs troupeaux. Le fleuve, c’est pour les Peuls noirs cultivateurs, les descendants des premiers esclaves enlevés par razzias sur l’autre rive. On part les rencontrer, à 50 Kms de là, dans un petit village dont Alexis s’est lié d’amitié avec le Maire. Qui nous reçoit royalement avec un déjeuner puis qui nous accompagne sur le bord d’un bras du fleuve. Sieste bucolique au bord de l’eau avant un aller-retour en pirogue. On croise une famille de phacochères à l’aller, une horde de singes au retour. On visite les jardins potagers en rentrant au village où nous attend un nouveau plat, puis on rentre tranquillement à Boghé. Rythme pépère, bonne ambiance, chouettes rencontres : journée sympa. Nouvelle soirée débridée : ça ne rime à rien mais on s’en fout.

31 janvier – Podor, Sénégal

La fleur au fusil, le sac sur le dos, je retrouve la route en me faisant déposer vers 9h30 à la sortie de Boghé par Alexis. Une double dose d’excitation me réchauffe le ventre : d’abord le challenge de rejoindre avant 20h Podor à 120 Kms de là et de l’autre côté du fleuve Sénégal, ensuite la perspective d’y embarquer sur le Bou el Mogdad pour une croisière de 5 jours qui me descendra à Saint-Louis. Je souris tout seul au bord de la piste en me disant que je suis vraiment en train de réaliser un voyage extraordinaire : après la poussière du désert, le luxe d’une croisière. Cela fait 2 mois et demi que je suis embarqué dans cette aventure et toujours aucun sentiment de lassitude ne m’envahit. Absolument pas blasé, je songe à tout ce qui m’attend encore : la carte de l’Afrique de l’ouest que je déplie souvent pour noircir les étapes de mon voyage comme pour imaginer les suivantes me fait rêver comme au premier soir, en sortant du Vieux Campeur début novembre. Une première voiture m’amène à Dar el Barka. Une seconde à Lougat. Il est 13h30, il commence à faire très chaud et c’est la fin de la route bitumée : il convient de faire une pause et d’aviser. A côté du marché de ce petit village, une belle maison avec 2 voitures garées : on me signale que c’est celle du maire et qu’il se prénomme Yacoub. Je m’en rapproche alors qu’un homme bien habillé en sort : « Bonjour Monsieur, vous ne seriez pas Yacoub, le maire de Lougat ? » Tout honoré de cette reconnaissance par un étranger, il ne peut que m’inviter à me reposer sous sa khaïma. (Qui a dit que j’étais habitué à faire de la lèche aux élus locaux ?). Un enfant m’apporte un thé, un autre un plat de riz que je partage avec un autre voyageur de passage, un certain Silèye Ba. Après une petite sieste à l’ombre de la tente, je reprends mes « baggots » au moment où une délégation de la Banque africaine de développement vient constater l’état d’avancement des projets qu’elle finance. Je déploie mes plus beaux atours de « jeune voyageur à la bonne gueule » : c’est gagné, le patron demande à son chauffeur de m’amener à Leigceiba, village Mauritanien le plus proche de Podor. Il ne me reste plus qu’à parcourir à pied à travers champs les 7 Kms qui me séparent du fleuve. Puis à le traverser. Chose qui aurait du m’inquiéter depuis longtemps mais qui me paraît une difficulté dérisoire : je trouve tellement originales ces retrouvailles avec le Sénégal et je suis si excité de toucher au but que je pourrais me jeter à l’eau et franchir la frontière à la nage. Aux innocents les mains pleines, aux voyageurs la bonne étoile : au bout de 10 minutes à longer la rive, j’aperçois une pirogue que barre une gamine d’environ 12 ans. Je la hèle, elle accoste, je jette mes bagages au fond du tronc de fromager creusé d’un bloc, elle commence à pagayer, je jubile. Un moment empli d’une charge esthétique intense. La forme de l’embarcation, la candeur de sa conductrice, le glissement sur l’eau, les couleurs au soleil tombant, le fleuve-frontière … Un pur instant. Posé le pied sur la berge sénégalaise, me voilà immigré clandestin. A cet endroit, pas de poste de douane pour officialiser ma sortie de Mauritanie et mon entrée sur le territoire Sénégalais. Clandestino … Illegal. Terriblement grisant. Je marche encore ½ heure avant de croiser dans les faubourgs de Podor ses premiers habitants. Est-ce parce que je souris encore bêtement ou parce qu’ils me reconnaissent 20 ans après que tous me saluent gentiment ? Toujours est-il que j’ai envie de taper dans la main de tous ces gamins qui m’interpellent d’un « toubab » que je traduis en un « Bon retour au pays, mec ! ». Parvenu à la première boutique, je sympathise avec >3 jeunes (dans mon état, je pourrais sympathiser avec Hitler) qui m’invitent à un concert ce soir puis me conduisent à l’embarcadère. Une trompette résonne dans la ville comme dans mes tripes : alors que j’atteins mon but, le Bou el Mogdad accoste sur le quai de Podor, Sénégal. Le Bou el Mogdad. Nietzsche écrivait qu’ « il faut une musique en soi pour faire danser le monde » ; un nom de bateau peut aussi faire l’affaire. Il y a 20 ans, j’avais vaguement entendu parler de lui. Il y a 10 ans, j’avais lu un article enchanteur sur ce navire mythique. Il y a une semaine, voici le mail que je recevais de la personne en charge des réservations : « Bonjour, Merci pour votre confirmation. Vous pouvez rejoindre le bateau à Podor samedi soir. Le directeur de croisière sera prévenu. Le bateau sera à quai donc pour l'embarquement. Le dîner est servi aux alentours de 20h00. Regina". Bien entendu, j'explose mon budget. Evidemment, c'est à l'opposé de l'esprit roots de mes précédentes semaines. Assurément, ce sera peuplé de vieux bidochons ventripotants. Mais je m'en fous. C'est MON voyage. Celui de toutes les folies. Et donc de ma première croisière. Voyager sur un bateau fait tripper pas mal de monde. Moi, cette perspective ne m'avait jamais fait fantasmer plus que ça. A part sur le Bou el Mogdad, à part sur le fleuve Sénégal. Il est encore plus beau que sur la plaquette que Régina m'a envoyée par mail. La classe intégrale. Il respire la majesté d'un vieux griot africain de la brousse et le charme raffiné du mobilier colonial. Au sous-sol, le salon. Au rez-de-chaussée, le resto. Aux 1er et 2ème, les cabines. Au 3ème, une vaste terrasse avec bar, transats et hamacs. A chaque niveau, des coursives extérieures qui permettent de se promener partout. Les passagers en transfert depuis dakar n'étant pas encore arrivés, je suis le premier à prendre possession de ma cabine. Exigüe mais tout confort : teck, moquette, moustiquaire, vasque ronde, ventilo. Après dîner, je me rends au concert : une soirée organisée par le Peace Corp. américain, une étrange organisation gouvernementale qui envoie des volontaires US - genre scouts - dans la brousse pour s'occuper de santé, d'alphabétisation ou de développement. Et souvent accusée d'être les espions au service des Etats-Unis. Les concerts sont en play-back et en wolof, mais c'est marrant de voir les jeunes faire des démos de dans au son des percus. J'y retrouve Nico, mon "Directeur de croisière". A 31 ans, il attaque sa 9ème année en Afrique. Après une jeunesse erratique à Cassis et sans le bac, il a fait barman, croupier de casino, gérant de discothèque, à Madagascar et au Sénégal. Les compétences développées en gestion d'équipe, en logistique et en langues lui permettent de faire sa 1ère saison sur le "Bou". Un peu bourru mais très cool. Il me tutoie d'entrée, alors je lui paye une bière (eh oui, on a quitté le Maroc et la Mauritanie !), au dancing de Podor (waouh ...) où on finit la soirée. ça commence bien, cette croisière : j'ai le boss dans la poche. ça me permettra de tout faire sur le bateau : me mettre des DVD tout seul allongé sur le canapé devant l'écran géant, prendre le kayak à loisir, et même pisser du 3ème ...



1, 2, 3, 4 et 5 février - Quelque part sur un bateau ...
Impossible de décrire la sensatio procurée par ces 5 jours à errer dans les méandres du fleuve Sénégal. Au mieux, je peux écrire qu'ils furent étrangers à toute notion de temps et de lieu. A quelques noeuds à l'heure, le rythme du bateau vous plonge dans une tranquilité permanente qui confine à l'état de coma. Pas besoin de montre : c'est le clapotis sur la coque qui fait office de berceuse, la cloche d'appel aux repas et l'aube à travers la moustiquaire de réveil. Descendre le fleuve Sénégal, c'est remonter le temps : en 1659, l'arrivée des Français à Saint-Louis; en 1744, l'installation des comptoirs de Dagana et Podor pour acheminer en Europe gomme arabique, arachide, or ou esclaves ; en1852, la reconquête militaire du fleuve par Faidherbe qui crée le régiment des tirailleurs Sénégalais ; en 1958, la chute de Saint-Louis comme capitale de l'AOF. Quant au lieu, à quoi bon savoir où l'on se trouve quand le soir venu, le "Bou" jette l'ancre au milieu du fleuve bordé de chaque côté par des ajoncs. Moi qui suis un immigré clandestin, je ne sais même pas dans quel pays je navigue : la frontière administrative passe-t-elle sur la rive nord comme la carte du sous-sol semble l'indiquer ? Peu importe : soy un clandestino qui divague à cheval sur les pointillés d'une frontière. Et quand je plonge du pont au soleil couchant, j'ignore si je me trouve dans l'Etat Sénégalais ou en République Islamique de Mauritanie quand j'atteinds la berge à la nage. A ce propos, une nouvelle anecdote comme il n'en arrive qu'en voyage : le 2nd soir, je m'en vais rejoindre en nageant le village Mauritanien tout proche. Une pirogue en part avec quelques passagers : je grimpe à bord ... à côté de Silèye Ba, celui-là même avec lequel j'avais partagé un plat de riz il y a 3 jours à 150 Kms de là chez le Maire de Lougat ! La conversation est impossible (il ne parle pas un mot de français) mais il semble aussi ému que moi de recroiser nos destins dans ce lieu improbable. Le Bou el Mogdad est intemporel. 3au temps béni des colonies" des années 1950, il acheminanit le courrier et les produits manufacturés de Saint-Louis aux comptoirs du fleuve jusqu'au Mali. Après l'indépendance, il a été affrêté par Nouvelles Frontières pour des croisières en Sierra Leone, Libéria puis le delta du Siné-Saloum Sénégalais. En 2005, tout Saint-Louis a retenu son souffle quand il a fallu refaire pivoter le vieux pont Faidherbe pour que le Bou reprenne ses croisières sur son fleuve d'origine. Son équipage semble lui aussi résister étrangement à l'épreuve du temps. Ansou a la cinquantaine passée. Fils de tirailleur Sénégalais ayant fait l'Indochine et l'Algérie, lui-même ancien parachutiste, il est le guide qui orchestre nos excursions quotidiennes à terre. Il est aussi à laise dans une conférence sur l'histoire de la dynastie des Almoravides, dans la biographie de Faidherbe que dans le nom latin des oiseaux rencontrés dans le Parc ornithologique du Djoudj. En français, anglais, espagnol ou portugais. Autodidacte, il possède une bibliothèque personnelle de 500 ouvrages sur l'histoire de l'Afrique. Avant dîner, il écoute les nouvelles de RFI Afrique l'oreille collée au poste de radio. La nuit tombée, on discute longuement au tour du thé. Bouba a 62 ans. Il gère le bar, nourrit le perroquet et fait la morale à tous les jeunes mousses du navire. La première fois qu'il y a mis les pieds, il avait 13 ans : c'était pour aider son père menuisier à en faire le mobilier. Quant à Baba Sar, sa biographie devrait être écrite par Robert Louis Stevenson. Cet homme de 86 ans qui ne sait ni lire, ni écrire ni parler français, est le capitaine du navire depuis 55 ans. Il est toujours seul, rarement visible et jamais je n'ai perçu le son de sa voix. Drapé dans une écharpe orange, on l'aperçoit fugitivement au hasard d'une coursive, comme si c'était son fantôme qui hantait déjà le "Bou" et qui planait sur la destinée de ce fleuve dont il connaît par coeur chaque recoin. Etre passager du Bou el Mogdad est un privilège. C'est embrasser le passé d'un fleuve qui a servi de tremplin à la colonisation européenne de toute l'Afrique de l'ouest, c'est partager furtivement l'épopée d'un navire et d'un équipage qui ne font qu'un. Tout le fleuve connaît le "Bou", seul bateau à y croiser à l'exception des pirogues de pêcheurs ou de passeurs. Avec amour, les enfants chantent son nom sur la berge. Avec respect, il répond aux villageois avec sa trompette, faute de quoi il déclenche leur courroux. J'ai du mal à penser que mes compagnons de croisière mesurent qu'ils ne sont pas simplement sur un bateau-croisière mais qu'ils naviguent sur un mythe flottant. Il y a là une population très hétéroclite : 3 cousines venues fêter ensemble leurs 70 ans, le 1er Conseiller de l'Ambassadeur de France au sénégal, un cinquantenaire alcollique et sa copine étudiante, 2 veuves ornithologues, un jeune ingénieur agronome Espagnol qui se demande ce qu'il fout là, des Belges qui ouvrent le bar dès 10h30, un ancien légionnaire insupportable, ... Je m'y étais préparé, à cotoyer de vieux Bidochons l'appareil photo en bandoulière et l'étiquette FRAM qui dépasse du sac à dos, faisant connaissance entre eux autour d'un whisky en se racontant leurs précédentes croisières sur le Nil ou dans les Caraïbes. Passé le toutefois inévitable choc de départ, je fais des rencontres somme toutes intéressantes : c'est amusant de voir les cousines se refaire une jeunesse, c'est instructif d'entendre le collaborateur de Jean-Christophe Ruffin évoquer les transformations du Sénégal, c'est rigolo de jouer au Trivial Pursuit avec l'alcoolique, c'est adéquat de visiter le Djoudj aux côtés des ornithologues, c'est émouvant d'entendre un cadre EDF m'avouer "depuis tout jeune, je rêve de faire ce que vous êtes en train de réaliser". Car bien sûr, je dénote un peu dans le paysage de cette clientèle qui ne voyage plus qu'en classe luxe. Celà me vaut de me faire inviter à l'apéro pour raconter mon périple ("Alors, il paraît que c'est vous l'aventurier qui descend à pied de Bordeaux ?") ou à la table de ceux qui ont déjà "fait l'Afrique". Les repas sont d'ailleurs succulents : couscous de mil, thiof farci, langoustes ... je reprends allègrement les Kgs perdus en Mauritanie. Les excursions sont honnêtes mais ne peuvent égaler la spontanéité et l'authenticité de celles que j'effectue en solo depuis 2 mois. Visites des comptoirs de Podor et Dagana, de la Compagnie sucrière sénégalaise, de la "folie du Baron" à Richard Toll, du Parc du Djoudj (exactement la même qu'il y a 20 ans, avec phaco, croco, boa en plus des pélicans, sternes, oies, bernaches, mouettes, grues et autres piafs emplumés). Mais les moments les plus magiques sont ceux passés à divaguer sur le "Bou". A discuter avec Mika, adorable cuisinier Saint-Louisien qui me garde toujours un peu des plats qu'il prépare pour l'équipage, qui me rappellent davantage ceux de mon enfance que les plats servis au restaurant. A bouquiner la nuit tombée seul dans le salon extérieur. A visionner "Coup de torchon" ou "Le peuple migrateur" sur l'écran géant du sous-sol. A piquer une tête dans le fleuve avant le petit-déj'. A prendre le kayak pour admirer le coucher du soleil en pagayant seul dans le Parc du Djoudj. A ne penser à rien, allongé dans le hamac sur le pont. A bavarder en anglais avec un pêcheur du Sierra Léone qui ramasse ses filets. A surprendre un groupe de femmes en pleine toilette dans le fleuve ... Tout sur ce bateau n'est que calme, luxe et volupté ... Pas de doute, l'ailleurs, c'est bien ici.

La vie est une dure lutte







23 janvier – Arrivée à N’Beika

Belle nuit de merde ! ça ne vaut peut-être pas celle de mai 2002 au Chili à 4300 m d’altitude au cours de laquelle j’avais souffert à la fois de mal d’altitude, du froid et du manque d’oxygène, mais ça s’en rapproche. Et là, pas d’infusion de feuille de coca. Seulement des sacs de ciment au milieu desquels je tente de me constituer un abri au vent qui s’est levé. En vain. J’ai beau avoir mis sur moi toutes mes couches possibles de vêtements et même mes sacs à dos sur moi, il y a toujours un courant d’air qui s’infiltre en bas du dos ou sur les chevilles. On s’est bien arrêté pour dîner et se reposer dans une cabane en bord de route, mais aucune idée du lieu ni de la durée. A 50 à l’heure sur la ligne droite, sans plus se soucier de Friends ou de langoustes, j’me vois me transformer en glaçon, à l’arrière d’un camion. Le pire, c’est qu’aux fréquents contrôles de police, je me cache comme un passager clandestin pour éviter d’être repéré et de devoir perdre du temps à montrer mes papiers, voire me faire réclamer un bakchich. Je passe la nuit à attendre le jour. Mais le jour, il fait nuit. Tempête de sable. On ne voit pas à 100m, le sable s’ajoute au ciment pour s’infiltrer sous mon chèche. Je parviens non sans mal à déplier ma carte Michelin : on n’est plus bien loin de N’Beika, ma destination finale. Un liseré vert sur ma carte indique qu’il s’agit d’une route pittoresque : il est vrai que le Tagant est, avec l’Adrar, la seule région où l’on observe un certain relief. Dans ce pays désespérément et platement désertique, 300m, c’est impressionnant. Quand je donnais à mes chameliers de l’Amatlich les altitudes des montagnes françaises, ils hallucinaient. Ils se demandaient même comment c’était possible qu’une montagne de sable atteigne 4800m, et comment des dromadaires pouvaient monter tout ça … On franchit en 1ère la passe d’Achtef. Le Routard indique que la vue d’en haut est à couper le souffle : c’est bien le cas, mais au sens propre, à cause du sable. Je suis débarqué comme un vulgaire sac de patates à la station service. Je remercie aussi vivement qu’ironiquement mon contact pour ce voyage inoubliable. Il est 13h dans ce village-rue où je me pose dans une salle qui fait office de gare routière, de resto et d’auberge. Je me servir des thés et tente de reprendre mes esprits. Qu’est-ce que je fous bien là ? Faut que je me calme et que je grignote 2-3 trucs, mais pas question de moisir ici. J’ai vu en passant une pancarte à l’entrée du village d’une auberge « Chez Maïté » : j’y vais, autant pour assouvir ma curiosité que pour me défouler. Bonne pioche. Maïté se révèle être Hussein, un ancien militaire barbu qui parle bien français et connaît parfaitement les environs. ça n’a d’auberge que le nom, vu que c’est la maison 2 pièces d’une famille très nombreuse mais ce sera toujours mieux qu’un camion de ciment, et surtout plus convivial. Les gamins m’apportent le thé puis un plat de riz. La sieste sur les coussins me fait un bien fou. En fin d’aprèm’, Hussein tient à m’amener voir la guelta (mare) à 1à Kms de là, au-dessus du village de Voumoulkouz. « Veut » car d’une part il n’y voit plus assez pour conduire (c’est donc son fils de 16 ans qui fait chauffeur !), et parce que d’autre part on tombe en panne d’essence au bout de 300 mètres. L’occasion de se faire inviter au thé dans le village en lisant Le Monde sur un sac de riz. On repart après 2 heures, mais sans regret : le site est vraiment très joli. On accède après une marche de 20 minutes à une grotte au pied d’une vasque surplombée d’une impressionnante falaise. On repart sous le regard d’un chacal et on regagne N’Beika sous le soleil qui baigne de ses dernières lueurs la vallée de la « Tamoult’N’Age » que je pars affronter en solitaire le lendemain. Car Hussein me l’a promis, je ne peux pas m’y perdre et les distances sont raisonnables. Il me dessine un rapide croquis avec un oued rectiligne, une dune à droite, une montagne au fond et les noms des 3 villages où me rendre. Adjugé : demain, je laisse mon gros sac ici et je pars pour 3 jours de marche visiter le coin : ça me fera les pieds.

24 janvier - Mechrah

Pas la peine de mettre mon réveil : la vie de la famille bourdonne autour de la pièce qui me sert de chambre mais qui fait habituellement office de salon, et cette vie s’y immisce de plus en plus fréquemment. Un gamin vient furtivement poser un pain à côté de mon oreiller, puis un autre vient me porter le premier verre de thé. OK, j’ai compris, je me lève. J’ai pas encore replié mon sac à viande que toute la marmaille (à moitié nue) est déjà là. J’ai vaguement cherché à reconstituer l’arbre généalogique de la famille mais je ne suis même pas sûr qu’Hussein lui-même sache qui est à qui : quand je lui ai demandé combien il avait d’enfants, il m’a répondu « à peu près 9 ». Il y a 2 femmes qui allaitent, ceux qui s’occupent des bébés ont à peine 7-8 ans, un gosse de 2 ans environ marche allègrement à 4 pattes sur le visage de son petit frère qui dort sur le sol à quelques centimètres du charbon de bois fumant, un autre frotte son nez plein de morve sur la couverture de mon Lonely Planet … Vers 10 heures, Hussein m’accompagne à l’oued, point de départ de mon treck et me confie à 2 femmes qui partent rejoindre leur khaïma à travers champs. Champs de culture de décrue : les céréales et niébés (haricots) poussent sur la terre craquelée qui était inondée lors de la dernière saison des pluies. Elles m’invitent à boire le thé sous leur tente maure. C’est toujours un plaisir de se déchausser puis de s’allonger sur les nattes en attendant les 3 verres de thé sous une légère brise qui soulève les tentures. Mais pas possible d’accepter la proposition qui m’est faite de déjeuner avec elles les niébés : j’ai à peine effectué 2 des 20 Kms prévus aujourd’hui. Je continue donc ma route en zigzagant gaiement entre parcelles cultivées, marigots et petits groupes de chèvres. J’ai sur moi mes 2 petits sacs à dos : 1 pour les vêtements l’autre pour l’eau et le peu de nourriture emportée (biscuits et dattes). Je traverse les 5 mètres d’oued sur un bac d’une dizaine de bidons noués ensemble que 3 gosses tirent d’une rive à l’autre à l’aide d’une corde. Plus j’avance et plus se font rares les cultures et les hommes. Bientôt, c’est au milieu d’épineux acacias que j’évolue, eux aussi de plus en plus rares. Vers 14h30, je m’arrête grignoter mes biscuits à l’ombre d’un grand arbre qui abritera également ma sieste. Je repars puis commence à me poser des questions quand au bout de 2 heures, je n’ai encore croisé âme qui vive. Plus une seule habitation, plus un seul champ. Et les arbres sont désormais trop épineux pour que j’y grimpe pour tenter d’apercevoir une dune ou une montagne qui m’aiderait à me repérer. C’est inquiétant comme dans ce genre de situation, on peut se comporter de façon irrationnelle. La logique aurait commandé que je fasse demi-tour ou que je mette cap à droite pour grimper sur la dune qui devait s’y trouver et me situer. Au lieu de cela, je continue tout droit dans la direction que je pense être la bonne. Foutue théorie de l’engagement. Là, j’avoue que la fatigue et la lassitude ont pris le pas sur le plaisir de la marche. Un berger m’indique enfin que je suis dans la bonne direction et la présence des chèvres est le signe qu’un village n’est pas loin. Il me faut quand même une bonne heure pour voir les premières cases et deux pour atteindre le centre du village de Mechrah. Après avoir tourné 2 épisodes de « Vis ma vie », je change d’émission pour improviser un épisode de « J’irai dormir chez vous ». C’est un lycéen de 20 ans, Sid Ahmed ould Ndiaye, croisé dans les ruelles sablonneuses du bled, qui m’accueille spontanément. Le zrig, le plat de pâtes puis le repos sous la khaïma furent tellement appréciés que j’accepte de faire ¾ d’heure de marche supplémentaire pour me rendre avec lui au mariage célébré à l’autre bout du village. Les festivités ont commencé hier et ne s’achèveront qu’après-demain. Un tir à la carabine déclenche à 22h les chants et les danses au son des perçus. Pas de quoi s’asseoir, manger ni boire, ni même s’éclairer. Simplement beaucoup de monde debout en cercle dans le sable qui applaudit en rythma les pas convulsés des rares danseurs qui s’aventurent au milieu. Tous les hommes (sauf moi) sont en boubou blanc. Devant la piste de danse, une khaïma à l’intérieur de laquelle sont assis, je l’imagine, les membres les plus proches des familles des mariés (que je n’ai même pas vu : lui est là mais elle n’y assiste pas). C’est assez spectaculaire mais un peu toujours pareil. Et assez fatigant de me retrouver encore debout dans le sable. Une fois parcourus les 3 Kms retour qui nous séparent de chez Sid Ahmed, j’estime à environ 30 le nombre de bornes avalées aujourd’hui. Bien content que mon hôte ait un petit matelas et même une couverture pour moi.

25 janvier - Ousseiniah

Comme d’hab’ dans ce pays, la première chose que je vois, que je sens et que j’entends en me levant, c’est le thé fumant. J’attends le 3ème pour m’extraire de mon sac à viande. Sid Ahmed me fait visiter les champs de culture autour du vaste lac qui borde le village. Ses abords sont magnifiques : des arbres majestueux, très verts, plongent leurs troncs tortueux dans une terre joliment craquelée. Une ambiance de sous-bois surprenante : pas d’ajoncs, pas d’herbes, seulement les rives du lac qui viennent lécher l’écorce. Il est temps de remercier chaleureusement mon logeur et de mettre le cap sur Ousseiniah. Le début est très agréable à flâner le long des jardins jusqu’à ce qu’un plateau m’incite à l’escalader pour en faire mon lieu de petit-déj’. Enfin une vision panoramique des alentours, qui confirme que le plan d’Hussein était bel et bien à considérer comme un croquis schématique. Pour aujourd’hui, ce croquis suffira : je m’enfonce dans une vallée d’environ 500 mètres de large. De mon promontoire, je distingue, au fond de la vallée sablonneuse tachetée d’acacias et de dromadaires, une tâche verte qui m’indique la destination à suivre. Je ne croiserai personne aujourd’hui si ce n’est quelques bergers dont un m’accompagne jusqu’à un arbre qui abrite ma sieste quotidienne après mes dattes quotidiennes. Se remettre à marcher seul sous le soleil au réveil demande une petite dose de courage. Je ne suis cependant plus bien loin de la tâche bleue-verte, mais j’opte pour le mauvais côté du lac : obligé de me frayer un passage entre roseaux, champs de niébés et bras du lac avant d’atteindre Ousseiniah. A l’heure de la sortie des classes : les élèves sont alignés dans la cour en train d’entonner l’hymne national en abaissant le drapeau mauritanien. Je me rapproche d’une nonchalance toute feinte : se faire accueillir par un instit’ est ce qui peut arriver de mieux ou en tout cas de plus sûr dans la brousse africaine. C’est souvent la personne la plus instruite et la plus francophone. A ce titre, sa fonction en fait un homme respecté, qui se fait un honneur d’accueillir les étrangers. Ce sont les 3 maîtres qui s’approchent de moi, évoquent en quelques mots d’un français trop châtié leur « mission pédagogique » » dans cet endroit où ils partagent une chambre dans laquelle ils m’invitent à prendre le thé, puis me doucher (au seau d’eau froide que des élèves sont allés chercher à dos d’âne à la source), à dîner puis à passer la nuit. De mémoire d’instit’, je suis le premier touriste à débarquer ici à pied.

26 janvier – Matmatah

Belle ballade matinale par le chemin qui serpente entre les palmiers à la source d’eau chaude qui surplombe le village et qui alimente le lac. Je quitte Ousseiniah vers 10h30 après que Yaya ait refusé les 1000 UM que je lui tends (« Je n’ai fais que mon devoir ») en les donnant au chauffeur de la voiture qui me dépose à l’embranchement de Matmatah. Je suis reposé, un léger voile de nuages tempère l’ardeur du soleil et une petite brise allège l’atmosphère. Quelques Kms plus tard, je remonte une vallée sablonneuse qui va en se rétrécissant. Des cuvettes d’eau apparaissent. Je viens d’arriver à Matmatah, lieu connu depuis Théodore Monod pour abriter des crocodiles préhistoriques, piégés là à l’époque de la désertification du Sahara. Je n’en vois pas mais j’entends des bruits bizarres pendant que je m’endors (d’un œil) en bas des gorges, après avoir partagé mes dernières dattes avec le berger qui m’avait accompagné depuis 1 heure pour me montrer le chemin. Se remettre à marcher seul, sous un ciel que les nuages et la brise ont quitté, avec plus rien à manger et presque plus rien à boire, en sachant qu’il reste environ 25 Kms d’ici N’Beika, demande une bonne dose d’inconscience. Je vise ce que je pense alors être la dune de départ, un point couleur sable à l’horizon. Je me surprends à marcher d’un rythme soutenu pendant plusieurs heures au milieu de vastes plaines d’euphorbe. Pas trop le choix, en même temps. Je m’écroule à la première khaïma venue. Cette fois, pas de chichi à faire semblant de refuser poliment l’hospitalité : j’avale d’un trait la calebasse de zrig et j’attends allongé sur les coussins les 3 verres de thé. J’aide le chef de famille à fixer sur son âne les bidons d’eau et je repars à ses côtés. Un peu plus loin, je me remplis, en bas d’un arbre, les poches de jujubes, ces petites boules acidulées que je dégustais à peu près à la même heure à la sortie de l’école franco-sénégalaise de Fann. il y a 20 ans. Les parcelles cultivées puis les bergers et enfin les khaïmas font leur apparition : ça y est, j’arrive à la maison. Mauvaise pioche : un gars m’informe que c’est Voumoulkouz dont je m’approche. N’Beika, c’est l’autre dune, l’autre vallée, de l’autre côté de l’oued. Parvenu en haut de la dune qui m’a induit en erreur, les couleurs sont splendides. La beauté de cette région du Tagant réside dans la diversité des
paysages : en quelques mètres, vous passez des champs de betteraves au bord de l’oued à la terre craquelée puis sablonneuse au pied d’un plateau en pierres de type volcanique. Mais je prends à peine le temps de photographier un berger au soleil couchant : j’ignore le temps de parcours restant et j’ai pas envie de rentrer à la lumière de ma frontale. Je presse le pas, mon sac à dos s’ouvre. Je réaliserai plus tard que mon sweat Guinness a dû choir quelques mètres en amont. Je saurai à mon retour si mes amis ouikenards ont lu mon blog, s’ils me ramènent de Dublin le 17 mars le même sweat de la boutique de l’aéroport. Je demande de l’eau à la première tente venue, mais même en y ajoutant un Micropur et en laissant reposer 1 heure dans la gourde, elle est toujours couleur marigot. C’est à la pénombre que j’atteins les jardins et c’est un titulaire de DEA d’organisation des entreprises reconverti en cultivateur de céréales (il n’avait pas de pistons) qui m’accompagne jusqu’au goudron. Ma joie de retrouver la maison d’Hussein est renforcée par la surprise de voir les enfants se jeter à mon cou comme si j’étais un oncle pas vu depuis longtemps. Je joue au foot avec eux derrière la maison puis on fait des bras de fer sur le sol du salon. 75 Kms à pied en 3 jours dans le désert du Tagant, en survivant grâce à l’hospitalité de ses habitants. ça, c’est fait ! Epuisé. Mais heureux

27 janvier – Tidjijka

Je retourne dans les jardins et les collines environnantes me balader 2 heures. Il faut se désintoxiquer en douceur. Après déjeuner, je reprends la route pour Tidjikja, à 3 heures de là, plein nord. A « La caravane du désert » sont descendus 6 Français et 4 Hongrois. Tous en 4x4. Les Hongrois participent au rallye Budapest-Bamako, ils en sont même les leaders actuels. Il n’y a d’ailleurs que cela qui les obnubile. Ils sont à 10.000 lieues de réaliser que leurs voitures détruisent l’herbe à chameaux ou que leur passage vide les stations services d’essence pour plusieurs jours. Et même qu’il existe d’autres religions dans le monde : ils proposent un verre d’alcool hongrois au gérant musulman de l’auberge. Les Français ne valent pas mieux : sur leur table trône sans pudeur pastis, vin rouge et whisky. Ils ont même emmené leurs crèmes Mont-Blanc. Et râlent parce que le service est un peu lent. J’ai honte d’être Européen.

28 janvier - Aleg

Pas très intéressante, Tidjikja. Je me promène dans les quelques rues ensablées du centre et dans la palmeraie mais rien de folichon. Il faut dire que je suis dans un coin du désert qui n’a pas eu la chance de figurer sur la carte des caravanes transsahariennes. Alors trouver une connexion internet ici, c’est chercher une épine d’acacia dans une botte d’herbe à chameaux. Faute de réseau filaire, je me retrouve, au bout d’une heure d’investigations qui me font rencontrer la moitié de la ville, dans le bureau du responsable de l’antenne régionale de Chinguitel, l’un des trois opérateurs mobiles du pays. Je sympathise avec lui, ce qui me vaut de me faire prêter son ordi pendant 2 bonnes heures, le seul ordi du coin à posséder une connexion par téléphone portable. On discute longuement de la situation politique de la Mauritanie, de l’économie locale et du non-décollage du tourisme ici. Moment cocasse quand il m’explique, alors qu’on nous sert le thé et que ça fait un long moment qu’il ne travaille plus vu que c’est moi qui ai son ordi, que les Mauritaniens sont des faignants et que la seule chose qui les intéresse, c’est d’avoir une bonne place dans un bureau pour boire le thé sans trop bosser … Plus rien à voir ici : je prends un taxi collectif pour Aleg, sentant l’appel du fleuve Sénégal où Alexis de Boghé peut m’héberger. J’ai rencontré Alexis la semaine dernière à Nouakchott au cours d’une soirée chez Aurélia et Linda, qui a également prévu de descendre ce week-end. Il est « minuit moins » (comprenez entre 23h31 et 23h59) quand le taxi s’immobilise dans la rue principale d’Aleg. C’est toujours très désarçonnant, un taximan Mauritanien : ça ne parle pas. Quand vous grimpez dans son véhicule, vous ne savez jamais si il part dans la foulée ou dans 2 heures, le temps d’avoir rempli sa voiture de clients, de faire le tour de la ville récupérer un canapé ou une chèvre pour la cousine et de trouver de l’essence de contrebande en bidons. Idem quand il s’arrête : soit c’est pour une pause prière de 5 minutes, soit pour un repos d’une heure. J’en ai pris mon parti : à chaque fois que je veux faire une certaine distance, je compte la journée. Un membre de la garde nationale qui s’ennuie au domicile du Gouverneur me sert de bodyguard, d’interprète et de guide alors que je suis parti chercher un lit pour la nuit mais les aubergistes sont trop gourmands. Pas question de surpayer un matelas pour quelques heures sous prétexte que je suis un touriste et qu’il est minuit. Je m’arrange donc avec un restaurateur du centre pour lui louer sa chambre 1500 UM la nuit (5 euros : c’est le prix que j’ai payé dans toutes les auberges du pays). Je retrouve mes collègues du taxi attablés autour d’un mouton grillé, la spécialité du coin qu’arborent tous les restos en pendant leurs carcasses devant leur établissement. Je songe aux 4 Français assassinés ici même il y a un an …

vendredi 6 février 2009

Friends à Nouakchott




20 janvier - Nouakchott

Aujourd'hui, j'ai décidé de me laisser vivre. Pas de départ pour de nouvelles aventures, rien de bien constructif au programme de la journée. Je reprends des forces. Aurélia, partie bosser, m'a laissé son ordi : je mets à jour mon blog et suit l'investiture d'Obama. A midi, Claude & Béatrice, les 2 Babos, me proposent un tour au port dans leur camionnette aménagée (par leurs soins, bien sûr). Originaires de la vallée d'Ossau, ils tiennent un refuge dans la Sierra de Guarra de Pâques à Toussaint, ce qui leur laisse 5 mois par an pour voyager. On retrouve "Alou le petit rasta" rencontré la veille, qui nous amène au port où les pêcheurs (Sénégalais pour la plupart) ramènent des bestioles impressionnantes des eaux parmi les plus poissoneuses au monde. On y achète des rougets qu'on cuisine à l'arrière du van et qu'on grille sur la plage. L'occasion pour le "cuisinier stagiaire" que je suis devenu d'apprendre à écailler et vider un poisson. Passage au retour par le marché Cinquième : on y trouve de tout, à chaque ilôt sa spécialité, des boubous maures soigneusement entassés par centaines au henné en passant par une multitude d'objets en plastique (il faut bien écouler les stocks de gadgets invendus de années 1980 en Europe). On est dans un quartier populaire : à part à la tête des belles boutiques, il n'y a que des Noirs ici. Et, à en juger par leurs traits etleurs vêtements, plutôt des Noirs de type Soudanais, les "négro-Africains" comme les appellent les Maures blancs. Le soir, le plan dîner-film au CCF se transforme en apéro prolongé avec de nouveaux friends de passage.



21 janvier - Nouakchott


Aujourd'hui, je me reprends en main. Je parviens enfin à trouver une méthodologie d'archivage de mes photos commune à mes cartes d'appareil photo, mon blog, Picasa, mes CD gravés et mes clés USB. Je passe chez le cordonnier (un gars posé au coin d'un trottoir avec du cirage, du fil, des aiguilles et un peu de colle) me faire réparer le bout de ma chaussure gauche : ça me coûte 5 minutes (sur son banc) et 200UM (0.65 euros).A côté, il y a une boutique de DVD équipée d'un salon de coiffure : je m'y fais raccourcir les cheveux ettailler la barbe pour 3 euros en regardant un film américain. Je déjeune un sandwich kefta chez une Marocaine dans la rue et je rencontre Sidaty, un contact d'Aurélia qui vient du Tagant, me dit quoi aller voir là-bas et me file les coordonnées d'un collègue à lui qui pourra m'y amener demain. Je passe l'aprèm' à faire les courses (une façon comme une autre de visiterune ville) : ce soir, c'estmoi qui fais la bouffe. Oui oui, vous avez bien lu :j'ai pris la responsabilité ce matin de m'engager à cuisiner pour 6 personnes. Après la décision de prendre 6 mois sabbathiques, c'est le second plus grand défi jamais lancé à moi-même. Je me souviens à peu près de la recette des langoustes de Dakhla : ça fait grand seigneur, non ? La mayo, je devrais y arriver. Et en dessert, des bananes en papillottes avec du chocolat fondu et de la glace à la vanille : pas trop dur, c'estla classe américaine et je l'avis déjà réussi chez Rafa à Madrid il y a quelques années. Le (faux) taxi qui m'amène au port doit s'acquitter de 2 pots-de-vin aux flics en trajet : comment voulez-vous qu'un pays se développe alors que la corruption estun état de fait généralisé et culturellement admis ? Au port, il m'arrive une aventure incroyable comme il n'en arrive qu'en voyage. A mon arrivée à Azougi, jk'avais dîné avecplusieurs Français dont Stéphane et Christelle. A mon retour de Chinguetti 5 jours plus tard alors que je finissais un pouletbraisé à la cantine d'Atar, je les avais retrouvé et on avait pris un café ensemble. 4 jours plus tard, c'est sur le port que je les retrouve ! Je quitte les lieux en leur compagnie et celle de 6 langoustes qui gigotent dans mon sac à dos . Ils m’offrent un Coca dans leur auberge et un paquet de chewing-gums que j’avais oublié 4 jours plus tôt à 500 Kms de là à Atar et qu’ils avaient conservé en se disant « Jamais 2 sans 3 ! ». Aux Galeries Tata, j’achète le chocolat pâtissier et la glace à la vanille, le caissier me fait cadeau des 60 UM qui me manquent. J’erre 1 heure dans Nouakchott avant de retrouver la maison (ici, pas de noms de rue et toutes les boutiques d’angle ont la même gueule) grâce a la Fiat rouge 64 d’Aurélia garée devant. 18h30, je me mets aux fourneaux. Je libère les langoustes qui se mettent à gambader sur le sol de la cuisine, suscitant les cris d’effroi de mes hôtes féminins. Je me sens l’âme d’un tortionnaire nazi en les plongeant vivantes dans le court-bouillon (les langoustes, pas mes hôtes féminins) après leur avoir arraché les antennes pour qu’elles logent dans la marmite. Sébastien m’aide à préparer le barbecue prêté par un voisin et Linda part acheter les bananes. A 20h30, le Gewurtz d’Aurélia est frais, la mayo est prise et les langoustes, pré-cuites au court-bouillon puis grillées au barbecue embaument déjà le salon. L’orgie peut commencer. Les gloussements de délectation sont à la hauteur des cris d’effroi poussés à la première vue des bestioles. Passée la deuxième fournée, il ne reste plus une goutte de mayo. Et là, je sers les bananes dégoulinant de chocolat fondu avec les boules de glace … J’ai assuré comme un dieu, c’est certain. Elles s’extasient. J’adore.

22 janvier – Nouakchott + ?

J’appelle comme convenu à 9h30 Mbarek Fall, le contact pour m’emmener dans le Tagant. Il ne partira que cet aprèm’. J’en profite pour aller visiter le Musée national, très intéressant. Le RDC est consacré à l’histoire géologique et humaine du pays (il faut bien un endroit pour exposer tous les bifaces trouvés par Théodore Monod) et ses villes historiques, entre influences des Almoravides et franges de l’Empire du Ghana. L’étage rassemble des objets de la vie nomade. Amusant de voir se côtoyer des éléments datant des grandes épopées transsahariennes avec d’autres à coté desquels j’ai passé plusieurs jours dans l’Adrar. L’évolution est si lente ici et le mode de vie nomade toujours si fortement ancré dans les mentalités que le voyage chez les « broussards » Mauritaniens s’apparente a une remontée dans le temps.Je mange un sandwich dans un snack, j’achète Le Monde et 2 quotidiens locaux puis il est temps de repartir pour de nouvelles aventures. Ces 3 jours à Nouakchott m’ont bien requinqué. Mon blog est à jour, mes photos sur le net, mon linge lavé (par Fatou, la bonne, pour 1500 UM) … En France, c’est à la campagne qu’on se ressource, au cours de mon voyage, c’est en ville que je reconstitue mes forces. J’en aurai bien besoin … D’abord, je poireaute 3 heures, le temps que Mbarek Fall finisse ses emplettes. Ensuite, faute de places en cabine, c’est sur le toit d’un camion à ciel ouvert, parmi des tiges de fer, des sacs de riz et des portants métalliques que je prends place en quittant à la nuit tombée les faubourgs de la capitale. Au début, c’est rigolo de voyager là-haut. Je traverse la ville comme le souverain pontife dans sa Papamobile. Mais comme la température décline avec le jour et que je me mets à calculer le temps de trajet, je commence à flipper …