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jeudi 16 avril 2009

Burkina - Back to sociability





Samedi 4 avril - Départ pour Ouagadougou

Journée de transition. A double titre.
D'abord le transit. De Kani-Kombolé à Koro avec le convoyeur de la BraMali qui transporte les caisses de Castel. A Koro, dernière grosse bourgade avant la frontière, c'est jour de marché. 5 heures d'attente : Nescafé, coiffeur, bissap, marché aux bestiaux autour de la mosquée, découverte du zoum-koum burkinabé, Amadou Hampâté Ba. De Koro à Ouahigouya en minibus. Piste de latérite, douane pointilleuse, batterie HS, débarbouillage collectif à la pompe d'eau. La nuit vient de tomber sur la gare routière de Ouahigouya, je commence à être lessivé du transport : je "coupe le ticket" pour Ouagadougou à la SOGEBAF, laisse mon sac à dos à la gare routière et m'éloigne pour dîner. Une demi-heure plus tard, on vient me chercher : le bus n'attend que moi pour décoller. Je savais bien qu'on ne laisserait pas un Blanc sur le carreau et qu'ils arriveraient facilement à me retrouver. Et même s'il ne me reste qu'un strapontin, ils se débrouillent pour me trouver un coussin.
Exit le Mali, bonjour le Burkina. Grand coup de chapeau au Mali : sa capitale excitante, ses villes historiques touojours envoûtantes, son fleuve époustouflant. Et ses habitants charmants. Au moment où j'écris ces lignes sur une énième page volante arachée à la fin de mon roman, assis sur un banc de Ouahigouya en attendant que se remplisse "doni doni" (petit à petit, en bambarra) le bus, un vieillard partage son pain avec les deux fils d'un trentenaire, une jeune femme me propose de piocher dans le sachet de viande qu'elle vient d'acheter pour ses enfants, et les 3 employés de la boutique où je pars me ravitailler en sachets d'eau purifiée à 50 FCFA me présentent leur plat collectif de riz en l'accompagnant d'un "Bismillâh" partageur.
Je reste épaté par les fortes différences (visibles à l'oeil nu : le teint de peau, les scarifications, les vêtements) et profondes méfiances entre ethnies (Aly voulait "marier une Peule" : son père s'y est opposé), comme de la faculté à les relativiser par le "cousinage à plaisanterie" et les nécessaires relations commerciales. Nettement plus authentique que ce que j'ai vu du Sénégal, et quand même mieux doté, donc plus pratique et moins fatigant, que la Guinée. C'est au Mali que j'ai trouvé l'image que je me faisais de l'Afrique Noire.
Transition. C'est le dernier jour de bonheur solitaire. Ce soir à Ouaga, je retrouve Xavi, Fred, Virginie (mes habituels compagnons d'Afrique) ainsi que Baud pour sa première sur ce continent. Bibi est aussi du voyage. Aux antipodes, certes, mais son statut actuel de voyageur et les échos que se renvoient nos blogs créent une complicité d'état. Ils m'avaient accompagné jusqu'à mon entrée en Afrique, ils viennent clôre à mes côtés cette parenthèse de rêve. Respect. A eux de me refamiliariser avec la vie à l'occidentale, de me resociabiliser. C'est pas gagné, à en juger par ma cohabitation de 2 semaines avec Yolanda. Quand, le 1er jour, celui de mon départ de Bamako, elle m'avait demandé timidement la possibilité de m'accompagner, j'avais pensé : 1- Elle connaît bien la région pour y amener régulièrement des touristes 2- Au moment de remplir les taxis brousses, ça fera toujours un siège de moins à occuper 3- ça me coûtera moins cher de partager un guide pour le Pays Dogon que de le faire seul ... Des raisons un tantinet matérialistes pour accepter de convoyer avec une jeune femme d'1m80 dont les expériences professionnelles de photographe, agence de voyage, barmaid et masseuse auraient pu justifier 10 fois que j'accepte avec d'autres mots que "OK, si tu veux". Le 2ème jour, elle m'avait dit gentiement : "Ecoute, c'est ton voyage alors si tu veux le continuer seul, dis-le moi y'a pas de problème". Le 3ème, elle m'avait fait poliement comprendre qu'en gros, j'étais plus sympa à Bamako. A partir du 4ème (le jour où je me suis levé à 5h pour visiter Djenné la nuit), elle a définitivement compris que j'étais plus intéressé par partager un "bote" ("pot commun" en espagnol) que par sa beauté. Le 5ème, j'ai opté sans concertation préalable pour le dortoir à l'hotel "Y'a pas de problème". Le 6ème, prenant acte de mon individualisme exacerbé, mais afin d'être d'une part moins taquinée par de jeunes Maliens et d'autre part de ne pas choquer en Pays Dogon, elle me demandait l'autorisation de nous dire mari et femme. "De acuerdo mi cielo ?". Ben ... "OK, si tu veux". Un mariage de raison, bien difficilement consummable sur les terrasses des auberges du Pays Dogon. Me v'là, marié avec Yolanda, j'me vois avec Yolande Moreau. Le 7ème, un gars me félicite : "pour la beauté de ta femme". Je lui réponds : j'y suis pour rien, t'as qu'à t'adresser à ses parents ". Le 8ème, 2 jeunes que nous avions rencontré la veille me demandent affolés "T'as perdu ta femme ?" je leur réponds que "c'est pas grave, j'en trouverai une autre". Au dernier jour de notre brève union, je réveillais le gentleman qui sommeille bien profondément en moi pour lui ofrir une bière : "Pour trinquer à notre divorce" lui dis-je en lui tendant une Castel même pas fraîche. Poor lonesome cowboy.

Dimanche 4 avril -

Lessivé par mon arrivée sur Ouaga hier soir. 3 heures à lutter contre une profonde envie de pisser. Et contre le sommeil : pour ne pas appuyer mon dos contre la porte arrière du minibus qui fermait mal. Si je m'assoupissais, je tombais. Je me suis vengé avec une visite du "room service" dans les chambres de Baud et de Xavi arrivés dans la soirée à l'auberge Song Tabaa du quartier Goughin où Xavi a ses habitudes. Au menu du petit-déj' : St-Patrick, match AB-BO, calendrier ouikenard, poids de Baud, littérature de voyage ... c'est bon, les bases sont retrouvées.

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